dimanche 13 avril 2036
diaphane ![]()
bienvenue dans ce no man's land
ce transit de la vie vers le coeur
dimanche 13 avril 2036 le balancement du fanal
au bout de la voie
auréole jaunâtre masquée de brume
ce quai est une morgue
peuplé de fantômes
de silhouettes confuses
claudicantes, courbées,
silencieuses
ils me reviennent ces visages
ces yeux mouillés
ces peaux laiteuses
ces mains crispées
désormais sur le vide
transit
couloir mémoriel
ils me reviennent ces visages
je baisse les yeux
ces ombres décharnées
sorties du passé
sorties de mon vivre
ai-je fais tant de mal
ai-je su aimer
ils me reviennent ces visages
toutes ces douleurs qui suintent
flaques éparses
piétinées, invisibles
un vent de purgatoire
ramène les souvenirs
les traîne jusqu’à la gorge
et tout au fond du ventre
le fanal s’est éteint
je devine leurs présences
ils s’approchent
et ce train qui ne vient pas
parfois plus envie de jouer avec les mots
juste envie de cracher
là à la face de ce monde sans nom pétri d’égoïsme
ils étaient deux cette année et d’autres les années précédentes
gamin de dix ans, enfants du sable, de la survie, peau noire brillante, épaisse
bouclier aux méchancetés du soleil et du froid
je les vois, les yeux brillants, scruter la ligne jaune de l’horizon
un nuage de fumée
des points colorés qui naissent, qui grossissent, qui foncent vers toi
mais barres toi ! !
tu ne sais pas ce qu’est cette horde de métal fumante, bruyante, inconsciente,
les yeux rivés au devant du capot et les caméras derrière
tu les vois, tu restes pétrifié,
et ils te passent dessus, et le choc est violent
pourquoi toujours ce rouge comme unique trace de l’homme
t’es parti, enfant pur si loin de nos absurdités,
t’es parti pour une course automobile
pour des intérêts financiers bien loin de la reconnaissance
encore plus de la compassion
un petit filet de sang dans les traces d’une roue de camion
mais le pire, c’est ce qu’on en dit
t’es pas mort le jour ou il fallait
c’était il y a vingt ans, Sabine, Balavoine,
la course, encore la mort
mais dans l’hélico le créateur de la course
celui qui, perdu, un jour au sein du désert
appellera sa course : les conquérants de l’inutile
et puis une voix populaire, écorchée et si tendre
un révolté lucide et tellement vrai
c’était il y a vingt ans
et là, l’objet des médias, la finale de la course de demain,
et l’hommage au chanteur
tu n’existes déjà plus, pourtant le vent n’a rien effacé au sable figé
l’illusion médiatisée de l’aventure avec de vrais victimes
images réalité
lui il voulait emmener les caméras au cœur des villages
construire
qu’au moins l’économie serve l’humanité !
il disait les mots du désespoir, de la justice
il a touché mon cœur
ce soir ils font la fête
je pleure vingt sept morts
sombres référence pour une course
onze morts civils, enfants…
et puis aussi celle de celui qui m’a dit :
et pourtant il faut vivre
ou survivre...
le crissement des chariots sur le gris du pavé
puis des errants livides sous l’ombre des ruelles
fuyards décharnées aux lisières des cités
corps putrides et fumants ramassés à la pelle
les greniers sont vides, contagieuse disette
des prêtres échevelés aux sermons insipides
et des rats affamés jusqu’au creux des assiettes
la peste noire s’étend jusqu’au fond des bastides
plus de riches ni de pauvres, disparus les enfants
on brûle les vivants pour éloigner la mort
la plaine est comme stérile, balayée par les vents
et chacun qui se terre condamné par le sort
d’autres temps, d’autres guerres ont façonné l’histoire
et voilà qu’à nouveau l’endémie récidive
nul besoin de tranchées pour la dame et son dard
la souffrance et l’horreur comme simple missive
les gaz et les bombes n’auront pas tué tant
que ce virus sournois qui s’attaque à la chair
le souffle disparaît dans d’horribles tourments
et dans l’œil vitreux la dernière lumière
un siècle s’achève qui emmène la planète
et l’humain qui s’affaire pour se changer la vie
la vérité peut-être au fond de l’éprouvette
toujours la même peur, perpétuelle comédie
le danger vient du ciel et de ceux qui voyagent
de la soute d’avion aux ailes du migrateur
que nos effrois profonds nous rendent encore plus sage
la raison simplement doit terrasser la peur
ils sont tous là, ils posent
depuis neuf ans ils ne viennent plus
mais là aujourd’hui ça fait dix ans
et les médias assoiffés ont relancé l’affaire
le premier président de gauche et en plus deux mandats
1981, le 10 mai, liesse, espoir
1984, début du déclin
ils parlent, ils argumentent, se souviennent
le 8 janvier 1996 l’homme s’éteignait
observez toujours le pouvoir amnésique du temps face à l’histoire
je voulais pas faire mon service militaire, j’attendais la gauche et c’est un mec de droite qui l’a supprimé contre l’opposition socialiste
quel héritage, j’comprends qu’ils ne venaient plus
moi j’ai vu ces années
j’ai vu la gauche se transformer en…
des chars contre des grévistes routiers, oui, la montée du FN avec en face des mecs qui s’appelaient «Harlem désir» j’invente pas c’est vrai, j’ai vu le premier attentat terroriste d’état jamais connu dans une république démocratique, on fait péter un bateau écologiste qui s’oppose aux essais nucléaires par un président qui osa déposer une rose sur la tombe de Jaurès ! les armes ça se vend demandez aux enfants
plus de mille ouvrages sur l’homme
et mes souvenirs à moi
radios libres, écrire cela paraît indécent, oui radios libres
la retraite a 60 ans même si je comprenais pas
le fête de la musique et l’Europe
ils sont là, ils posent
derrière eux la tombe d’un constructeur européen
mais ils ont oublié leur non, les traîtres
ce non purement électoraliste et bien loin des enjeux
dix ans que l’homme s’en est allé
que dirait-il ?
mais au fait, lui si sûr et hautain qui fut-il ?
un pote à Bousquet, jouets de Vichy
un homme tremblotant terré dans l’ombre en ce jour du 12 octobre 59 victime d’un faux attentat orchestré par lui même, le plus grand poseur de micros et d’atteintes à la liberté personnelle celui dont le palais ramassa le corps «suicidé» de François de Grossouvre,
celui qui déclarait n’être pas malade et pouvait mentir à un peuple avec un aplomb plus que déconcertant, et l’ombre de Bérégovoy au bord du chemin
ils sont tous là
même ceux qui l’ont nié
il leur reste la 5ème semaine de congé, la semaine de 39 heures, le RMI et l’IVG remboursé
oui il a fait ça
dix ans déjà que l’homme est parti
ce regain d’intérêt
peut-être dû à la morosité ambiante
à la déliquescence de l’aura politique
à une forme de vie et de société à jamais enfouie
aux manipulations encore plus fortes
au désespoir d’une idée de gauche
je retiendrais de l’homme sa plus honorable décision
elle date du 18 septembre 1981
et devrait entrer dans notre constitution cette année
l’abolition de la peine de mort
peut-être nous faudrait-il croire plus
aux forces de l'esprit ?
là devant toi,
cette page blanche
comme un miroir, le passé, le présent
allez craches, pour une fois, laisses aller
dis tout, gerbes ton silence
vomis tes peurs
qu’est-ce t’as à perdre ?
on est quoi,
tu crois pas que notre petit orgueil
est bien déplacé,
on bouffe, on pleure
oui c’est vrai
qu’on en est pas moins seul
t’as pas fait ce que t’as voulu
t’as pas voulu ce que t’as fait
c’est pas une excuse
tous ces remords, ces secrets qu’on dit jardin,
tous ces silences
tu dis, c’est la vie
fuyard échevelé aux spirales du temps
tout ce sac d’histoires
que tu portes
allez craches, pour une fois, laisses aller
ces amours incrustés
ces attentes, ces instants
ces yeux et ces peaux
et puis les vides
les absents éternels
les manques, les besoins
la pluie sur le marbre
ton iris au miroir
tu dis on a pas le choix
c’est le poids à porter
fonds de rêves déchus en filigrane
allez craches, pour une fois, laisses aller
toutes façons
tu sais bien que rien n’est parfait
ni toi ni l’autre
c’est pas une excuse
tu dis, je partirai un jour
puisse mon vécu
suffisant à transmettre
la lumière qui m’animait
fuyard immobile au figé du temps
soudain une abomination sans nom émerge du sol, elle se dresse avec des grondements qui font stopper les piètres survivants que nous sommes, de grosses boules de feu jaillissent de sa gueule grande ouverte et me projettent à terre, je vois Robur l’archer disparaître sous mes yeux tandis que la bête s’éloigne juste un petit salut à ceux qui ont parcouru ces pages, partagé les mots jetés, les images offertes et qui ont déposé leurs émotions, leurs réactions, leur présence
ce blog n’est juste qu’un appel à l’échange et à la réflexion, au rêve teinté de lucidité et puis aussi à l'aventure du coeur
merci à tous et restez près de moi
je nous souhaite une bonne route ensemble
les eaux séchées et leur dépôts insolites aux lisières des plages et des forêts touristiques, l’anonymat du paysan pakistanais qui a vu la montagne s’ouvrir mais jamais une caméra ni une boite de conserve
la main d’Ingrid qui chasse les mouches dans cette jungle hostile, elle qui n’a pas la chance d’être journaliste, le visage apeuré de Michael croupissant dans son enfer balinais, les yeux du soldat au travers la blessure et combien de milliers d’autres, anonymes, oubliés ?
je suis homme et désirerai être heureux de l’être
je porte le poids, de part ma nature humaine, des controverses, incohérences, illogismes de ceux de mon espèce et je dois m’en accommoder
milliard de cellules anarchiques qui se contournent, s’esquivent incapables de se fondre en un tissu homogène transcendées d’une drôle d’énergie, la survie
nous n’habitons pas la même maison, nous coexistons, imbibés d’égoïsme illusoire, de chimères que l’on érige en certitudes
celui les yeux vides qui fixe un invisible rêve, cette douleur omniprésente de l’enfermement, dans la maladie, derrière les murs ou sous la doctrine
il y a heureusement au fond des alcôves des bouches qui s’embrassent, des peaux qui se tendent, des chuchotements tièdes, il y a le rêve fondu en espoir, il y a l’amour et ce besoin latent d’utopies
pourtant
aujourd’hui l’homme a avancé l’horloge atomique universelle d’une seconde, le calcul mathématique n’ayant pas tenu compte des aléas du mouvement naturel
le jeu du vent au travers les rameaux, le cri du premier souffle, le vol éparpillé de l’oiseau sont bien loin d’une quantification toute rigoureuse soit-elle
restons modestes, conscients de la furtivité de l’instant et de notre pouvoir, cherchons à nous servir mutuellement, donnons nous les uns les autres
aimons nous
poussière d’homme
juste le petit claquement du balancier qui passe, gros cercle d’or qui hache le regard qui marque le rythme de la vie, de la mort, du temps qui s’écoule
et là, lumière bleutée de l’écran, lettres en blanc sur clavier noir, pénombre,
je n’ose ouvrir un album de photos, regarder une vidéo, revoir
moi j’ai grandi
non je n’en ai pas le besoin, des flots d’images, de mots, d’émotions qui reviennent, jaillissent, aveuglent le cœur dans un tourment nourricier mais si douloureux
toi, une fin d’été 44 avec ton père
la plaine fertile et calme, cette petite route qui serpente et ce camion aux couleurs de l’occupant, tu les as vu arriver, préparer dans leur courbe l’assaut meurtrier et le crachat sanglant des armes qui fait s’éclater la matière
ton père est descendu vers le camion immobile, la phrase qu’il a dite à son retour résonne aussi dans ma tête mais qu’as-tu pu penser au travers cette tôle éventrée, ces jets cramoisis comme tatouages d’existences
et puis toi, toujours la guerre, fuir sous les bombardements, évacuer comme ils dirent, sur la banquette arrière dans les rues de cette ville transpercées de flammes et d’explosions
soudain des corps, là sur la route à peine éclairée, ton père qui descend, avance, regarde sous ce silence transpercé de fracas et reviens à demi apaisé en vous montrant les pans délabrés encore fumants d’un magasin d’habillement et ses mannequins éparpillés
moi j’ai grandi et j’ai vu
je me souviens quand ils t’ont viré de la boite ou tu travaillais parce que tu avais refusé de témoigner contre un collègue, le soir je te voyais dévorer les livres et repartir, de la mécanique tu passais à l'électronique
métro, boulot, dodo t’as connu ça mais t’as gravi l’escalier avec ténacité et philosophie
et puis toi qui veillait qui gérait, cette patience à nous écouter et ce désir de transmettre, ces pulsions un peu vives et ce cœur dévorant, ma première lectrice toute d’excès et de raffinement, tous tes rêves à fleur de peau
ce soir le balancier fait un drôle de bruit ce n’est plus la lune ou le soleil que l’on aperçoit au travers la meurtrière de verre de l’horloge mais comme un cœur qui bat si fragile dans son mouvement si prompt à s’arrêter
moi j’ai grandi et j’ai vu avec vous
les livres ouverts, les voyages, comme des nomades la tente à monter et démonter,
le goût de la pierre et de son histoire, l’envie de savoir, de découvrir, la caresse sur la peau, l’immobilisme patient et sage, le courage oui, puis les yeux levés à distinguer les satellites des étoiles, les livres d’école et la fessée, une aile d’avion en ombre sur l’horizon, la tribune de l’histoire et le veau marengo et puis les larmes aussi qui torturent et façonnent
ce soir vous n’êtes plus de corps, on nous a arraché et ce doit être ainsi c’est ce qu’on nous apprend, vous êtes partis, encore tant à donner
ce soir je suis orphelin
la pendule est là qui me rappelle
moi j’ai grandi et je suis fier d’être de vous
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voyages immobiles
pétrir les nuées,
ce jus d’humain
écarlate et bleu parfois
aux stries asséchées,
des paradoxes d’histoire
font les aubes béates,
se pencher au miroir tremblotant,
s’y voir et plonger la main
à tâtons y cueillir l’amour
viens,
il traine ici des relents de soufre,
ces nuits d’uniformes
de cagoules et de coups,
palper les vides,
filets d’égoïsme, d’ignorance,
gris et encore cramoisis,
villages bombardés,
vos crachats meurtriers font les différences,
aux arrières cours,
les limousines et costumes veillent,
cravates au fond des banques,
transis mais toujours à l’affut,
retrouver la rue,
le droit de dire, de se préserver…
viens,
on va se faire des baisers,
se toucher et frémir,
se plonger en iris,
dire caresses et mots,
faut surmonter comme excrément peut-être,
leur héritage,
leurs protocoles et tabous,
et si les gestes sont mêmes,
les échéances dévoreuses et lénifiantes,
ne laissent en germes
que déserts et murs,
sur la vitre,
méandres de pluie,
ta peau aux confins d’étoffe,
survivance éphémère et fragile,
faire avec l’instant…
viens
traversons ensemble
la courbe de brume et ces vagues d’illusions,
dans leur coupe, le sang du sacrifice
tout comme la bombe dans l’autobus,
l’âme a perdu son âme,
à l’ombre de l’édifice, pèlerins affamés,
englués de certitudes,
croix, croissant, étoile,
la mitraillette aux portes du temple,
et des voiles de drapeaux et d’armures,
derniers battements de cœur,
mais restent les légiférants, ,
et nous courbés, boucliers d’égoïsme,
muets et tremblotant,
voila quelquefois des mains qui se serrent,
les bouches fumantes des sillons chuchotent,
aux reflets aveugles des cités,
je suis à genou ?
peut-être avec toi,
juste au nom de l’humain…
viens
ne pas se perdre au fond des jungles,
aux chauds effrois du désert,
aux spasmes du fleuve, tourmenté et haletant,
chercher le parasite au tréfonds du poil,
ces sourires édentés,
de sagesse, d’aride et de moussons,
les peaux se touchent, se mêlent,
engluées,
débris de marécages, forêts tatouées au bitume,
filets qui suintent, dépouillés de frémissements,
glaces orphelines et mourantes,
on tend même plus la main
pour dire au secours, pour connaître l’autre,
des bruits de sirène et de moteurs,
si loin de l’ocre cloaque des eaux nourricières,
aussi ces marbrures vérolées qui veinent l’argile,
me penche vers l'onde et m'y abreuve...
nous sommes debout ?
votre présence