elle referme doucement l’album de photos, après tout elle est toute seule et peut laisser
couler ses larmes, son époux, ses enfants, le temps qui défile insolent et sournois, ils sont grands maintenant, ta société d’amour au bout du pavé est devenue le système du chacun pour soi,
l’individualisme en exergue, le thé est froid et trop tôt pour le porto alors il faut y aller, dompter la honte, piétiner une vie, faire abstraction des progénitures suceuses devenues amnésiques,
sur le trottoir des frissons de vide, faut continuer de vivre, elle sert son sac de cuir lépreux, comme une main désirée et si absente,
- bonjour madame, elle tend sa vie au bout de ce maigre dossier et d’une main d’écorce qui
tremble, attend le verdict, ce sera deux paquets de nouilles, une boite d’haricots verts, un tube de dentifrice et des yaourts, au détour de la rue, elle entend en écho l’éloge tardif et suranné
d’un fond de radio débitant l’action des bénévoles et des associations,
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des gerbes d’argiles l’ont recouvert ce jour là, il a hurlé au fond de son lit de boue et
en serrant sa main à poser un baiser souillé sur l’anneau, il y en avait qui gueulaient : - j’veux pas crever ! et c’est là qu’il s’est mis à courir, boire et laver ce bouillonnement de
sang au poignet, dans le regard de l’enfant la compassion et l’horreur, elle qui lave ces béances cramoisies, et lui sourit, petit soldat, la bague est là au fond du coffret, les années font
briller l’éclat de l’illusoire, elle a refusé au lierre le droit de ronger le marbre de son homme, à son doigt le cercle gravé de nos intérims et sa dernière richesse,
- bonjour madame, elle tend sa vie au bout de ce bijou survivant, verra-t-elle que le
métal respire et porte le sang et les âmes de nos mémoires ? sur la pierre austère et le narcissisme architectural au service du pouvoir, elle lit : « crédit municipal », ne
plus dire « mont-de-piété », le mot est trop fort et l’objet même d’or et de sueurs n’a plus de valeur, elle plie doucement ces deux billets d’insulte, l’air froid des artères bruyantes
de la ville effacera ses larmes,
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- mais qu’est-ce que je fais là, j’en peux plus, ils tournent autour de moi, ont voulu me
violer, j’l’ai dit, gueulé aux matons, m’ont même vu pleurer, j’ai fais le con, d’accord, alors j’ai plus le droit à l’espoir, la reconstruction, mon délit vous sert si minime soit-il au vu de
vos sombres transactions, sanglantes poignées de main, j’en peux plus derrière ces murs et ces abrutis absous d’intelligence, et ce sont vos codes et paravent, votre justice, ministres de strass
et pacotilles qui envoient à vos murs bavant de pourriture des âmes ébranlées à vos legs, …,
j’vous baise la gueule, vos foyers, vos couloirs de papier, ils vont sortir ces deux
bourreaux de cellule, j’aurai quinze minutes pour le drap, le radiateur et la liberté même si c’est pas la votre,
- bonjour madame, il tend sa vie au bout de l’étoffe déchirée, parle seul à ses brumes et
la silhouette faucheuse, maîtresse dévoreuse et obligée, d’autres vierges refuges, s’il vous plait emmenez-moi, rien ne peut être pire, le nœud serré au robinet, le dernier souffle, je ne vous
hais même pas,
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plus loin derrière le mur de verre qui empêche la stridence des réacteurs et les effluves
lourdes de kérosène, ses mains liées, respiration avide derrière son masque de laine, ils le poussent, le tirent sous l’œil choqué de voyageurs en transit, tellement d’ombres et de fuites et puis
d’heures d’attente, de frissons de froid et de peur, raté, case départ, l’humanisme, l’ambition, non, l’espoir de survie, piétiné, ignoré même, le cri se meurt au fond du couloir, les yeux se
vident d’éclat, il est aux aguets et se doit de se taire, il l’appelait madame, il savait qu’il la retrouverait, de faim ou de jugement guirlande, condamné d’office avec pour seul délit d’être
parti, de croire en l’homme et d’autres horizons, loin des couleurs et dogmes, il lui disait : - tu seras gentille, prends-moi vite, les sentiers de boue qui veinent, ce tissu de tôles, de
canaux vomissants et cette chaleur de roche ne seront plus miens, le regard vide des geôliers, poignés derrière le dos, ligotées d’acier,
- bonjour madame, il tend sa désolation, les doigts tremblent, il sait tellement la
moiteur du mal-être, retour à l’enfer sous l’œil inquisiteur de ceux qui ont toujours suivi le pouvoir même sous l’occupant, amnésiques et démunis de cœur, il sait la douleur continuer encore
comme l’envie de fuir,
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ce soir c’est l’année qui meurt, dans ce métro désert de sueurs moites et d’effluves de
parfums éventrés, d’huiles brulées, il s’étire, il ne sait l’heure fatidique de l’année nouvelle, une bande certainement liée d’amitié braille et titube se raccrochant aux carreaux froids et
sales du tunnel, une seule l’a vu, même un drôle de regard, comme elle était belle, il rêve et sa main caresse et tâtonne un vide, humble désir et silence convenu, l’écho de la rue et l’afflux
soudain de demi errants le font se plier, vouloir se faire ombre, il tousse et crache discrètement derrière le mur encore un, son bouclier de carton lui fait honte, toutes façons trop tard, le
froid n’ankylose pas que les membres, voilà qu’on le piétine,
- bonjour madame, je suis le plus rien, si souvent invisible, il ne tend rien, reste figé
tout courbé, au bout des doigts une vie qui chancelle, une barbe qui gratte avant les flammes, y’a quelqu’un ? si seul à ne même plus en crever, vous avez encore des paillettes dans les
cheveux, je sens mauvais,
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- tu sais, j’ai juste allumé la lumière, simplement regarder avec les yeux de la liberté,
égalité et fraternité, aux bords des fleuves des ombres inanimées ballotées aux flux des fiertés,
Pa, Ma, je vous aime, vous êtes trop loin… ……….
votre présence