doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
--------------------
aujourd’hui prison de Clairvaux
enfermés dans 9 m², la tête dans les chiottes
condamnés à perpétuité
ils sont 10 à ne plus vouloir survivre
l’inconnu d’une mort éventuelle ne peut qu’être mieux
que ce présent qu’ils dénoncent
cette torture quotidienne
d’humiliation, d’anéantissement
et tout ce que l’on ne sait pas…
oui il y a eu des victimes
mais en quoi annihiler l’autre peut les apaiser
et rendront-ils les souffrances endurées
aujourd’hui prison de Clairvaux
c’est la première fois sur la planète
10 détenus ont demandé
à mourir plutôt que d’endurer
cette vie de mur
parfois ce n’est plus justice
cela devient acharnement
j’ai honte
de cette perte d’humanité
de cet oubli de l’homme
douce sirène
enfant phosphore toute habillée d’abysses
ton vol transparent
en tournoiements confus
m’hypnotise et me charme
ton chant d'éventail
m’enveloppe me réchauffe
tes mots
petits cristaux fiévreux
d’âme et de caresses
m’ornent de faisceaux
d’illusions frissonnantes
petite nymphe
enfant bleutée toute engourdie de l’onde
ton ballet de dentelles
m’entraîne et me susurre
tes mots
perles d’être
méandres sucrés
se glissent en mon sein
me nourrissent et m’abreuvent
pansent mes fêlures
tendre fée
enfant laiteuse toute nimbée de lune
ton étreinte diffuse
me pare jusqu’aux confins
d’un voile de sourires
tes mots
battements de vie
sont des mains qui m’enserrent
me portent hors la nuit
me chuchotent l’infini
comme le chant des sirènes
là, le carnet, les notes
déjà dans les yeux
ce bateau, cet avion, cette route
y’a peut-être un ailleurs
cette boule bleue qui tourne
qui garde tant de richesses
tant de misères
et puis l’envol, le départ
les frontières des hommes
les caprices du climat
les assises du sol
![]()
soudain enfant
la peur du dire, du manger
paupières démesurées
découvertes !
quelle palette, quelles offrandes
cette boule
boursouflée
nous donne
ce désert
d’assèchement et de sable
de moiteur et de jungle
de silence et de glace
ces peaux
fines et blafardes
épaisses et cuivrées
tendres et blanches
douces et lunaires
ces horizons
mouvants et noirs
ralentis de vert
figés d’or
immobiles et gris
ces mouvements
de la pierre à la flamme
de l’épée au canon
de la chair à la science
du nécessaire à l’argent
![]()
là, le carnet, les notes
et dans les yeux
ces chemins, ces visages, ces bâtis
y’a peut-être un ailleurs
cette boule bleue qui tourne
qui garde tant de richesses
tant de misères
reste l’envol,
toujours…

je glisse,
change ma forme
et la transparence des pastels
qui me portent
m’imprègne et m’anime
je suis miroir
reflet de l’instant
et la pluie
qui me prend
me déposera plus forte
je glisse
suis source
scintillements de cascades

je suis ventre
mémoire
écharpe qui s’étire
de montagnes
en pistil
je glisse
me dépose à vos mains
vous emporte parfois
vous donne la vie

corps ouverts
échancrés de pourpre
nuées de brume évanescentes
crachats de mort, vacarme
et cette boue
premier linceul
il se love, se terre
fuit ces regards
exorbités , figés
fracas d’absurde
débauches d’organes
ce fluide brûlant
qui s’échappe
qui le vide, le congédie
la plaine se calme
l’écho des râles
et l’odeur du sang
requiem funèbre
la nuit suce ses yeux
lui ôte la lumière
avant l’éblouissement
il flotte, dérive
autre frontière
que celle de hommes
et puis soudain
ce souffle chaud
caresses humides
haleine canine
dernière vision
et leurs substances de vie
offrandes partagées
au dégoût de l’humain
un soir, un clavier
et puis comme une tablée
silencieuse mais tellement criarde
les yeux ouverts
reflets bleus
tous ces mots, ces émotions
ces rencontres, ces découvertes
fils tissés
pétales de cœur
sur l’écran
au bout des doigts
merci à vous, invisibles compagnons
ce n’est pas d’une grande romancière dont je voudrais vous parler
non, plutôt de quelqu’un qui m’accompagne depuis si longtemps
vous savez lorsque le livre s’achève et que l’on traîne pour finir les dernières pages, dans l’appréhension du vide que laisse l’ouvrage une fois refermé
j’écris c’est mon immense consolation glacée
au fil de son œuvre sa présence s’est immiscée là dans un petit creux au fond de mon cœur
et souvent me reviennent des mots, des impressions décrites au délié de sa plume
Françoise est femme, mère, amante, soignante, sensuelle…
parlez d’un auteur, c’est blablater sur ses livres, ce sont de sempiternelles analyses lénifiantes voire trompeuses bien souvent et si loin de la sensibilité du cœur et de la perception
Françoise m’a pris la main alors que je ne l’ai jamais vu, j’ai serré ses livres contre mes yeux, jamais autant de partages ressentis
un jour mon fils devait lire à haute voix le texte de son choix, nous en avons parlé et je lui ai proposé les lignes suivantes, il m’a dit
- non y vont rigoler, mais je le sentais partant et face à sa classe, lui plutôt au fond, il a dit :
- c’est l’histoire d’une femme grosse, rejetée, seule et de son voisin qui va mourir plus vieux et tout aussi seul, il lui demande un dernier vœu
et il a lu :
montre-moi tes seins…
laisse-moi te regarder ! et Céline se découvre dans les yeux d’Anatolis. Elle voit couler ses larmes. M’accompagneras-tu Céline, m’accompagneras-tu ? Oseras-tu Céline ?
Alors elle sait lui donner le souffle des amantes au grand cœur…
Elle tient l’homme comme on tient l’enfant brûlant de fièvre Elle le tient au creux de son ventre. Elle le regarde mourir…Cavalière nue sans arme, sans monture, elle le hisse jusqu’à sa poitrine. Il cherche son sein comme un nouveau né trop tôt vieilli. Comme un enfant taciturne. L’amour qu’on vit n’est jamais celui qu’on attend. Elle lui récite les claires ténèbres. Le lait de l’absence…
et dans la classe, y’a personne qu’a rigolé et le débat qui a suivi était des plus prenants
un jour, j’ai écris un livre et je n’ai pu m’empêcher d’y emmener Françoise, elle étayait, éclairait mon récit, ses mots disaient tant de similitudes et tellement mieux et un soir devant le clavier, j’vous dis pas l’émotion, je lui ai envoyé quelques mots avec mon livre
je touche sa lettre en vous écrivant, il n’y a pas de secret, laissez-moi partager avec vous
je suis vraiment très touchée par votre livre, touchée aussi à l’idée de ces quelques phrases écrites il y a longtemps et dont vous parsemez le livre comme autant de cailloux blancs…
peut-être les mêmes cailloux blancs que ceux qu'elle m'aura laissé au fil de ses écrits
oui quelqu’un qui m’accompagne depuis si longtemps, lorsque mes pas font craquer les feuilles dans les allées, le délice des peaux, les souffrances de l’absence, le cri d’un enfant,
cet arbre que l’on étreint, le froid
écoutez, vous voulez ?
Ne te laisse pas voler la force d’aimer.
J’invente que tu existes pour ne pas mourir.
Comment les choses se minent-elles, comment le sable s’enfuit-il de nos pieds ?
le dernier livre de Françoise s’appelle : Se perdre avec les ombres
extrait de la quatrième de couv :
En m’éloignant de la maison j’aurais voulu effacer de ma mémoire l’amour et le sentiment maternel. Tout ce qui a gouverné ma vie, raflé mon temps. Oublier les jours, les années à aimer, écrire, veiller comme la sentinelle que je n’ai jamais cessé d’être. Comment retrouver la clé d’un royaume perdu ? Il suffit d’une chambre de hasard, de la flamme d’une chandelle, d’un chagrin vieux comme le monde. Ecrire devient le dernier refuge. Le dernier lien. Vieillir. Ecrire. C’est pareil. C’est ramasser le petit bois mort de la vie pour en faire un livre.
Mais le livre le plus lumineux, ne serait-ce pas celui dont on laisse les mots défiler et qu’on écrira jamais ?
oui quelqu’un qui m’accompagne, Françoise c’est le cri de l’amour avide, étouffé, du désir, déchu, c’est l’enfance ventouse, une odeur de confiture, le néon blafard d’un hôtel au fond d’une impasse
nous reviendrons la voir, d’accord ?
son œuvre est remplie, laissez-moi vous conseiller : L’or des chambres, Mortel azur, Le bout du compte, Le petit prince cannibale, La grosse, Se perdre avec les ombres,…
d’autres aussi sont tombés sous le charme, Pierre Perrin qui signe « Les caresses de l’absence » une rencontre toute vraie avec l’univers de Françoise et puis aussi Sabine Bourgois qui d’une lettre à l’auteur en fera un livre d’amour « une autre que moi »
un bisou
comme ça
à tous les enfants du monde
aux berceaux de dentelles
aux feuilles tissées
aux couvertures sales
à ceux de l’école
à ceux de la rue
et ceux qui triment
aux goûters de cinq heures
aux poubelles fouillées
à la main tendue
un bisou
comme ça
aux enfants de la guerre
aux jambes de béquilles
aux sans maman
ni papa
les sans refuge
et ceux perdus
arme au poing
prêts à tirer
un bisou
comme ça
aux enfants du "plaisir"
corps vendus
torturés
témoins tatoués
de l’horrible humain
un bisou
comme ça
à tous les enfants du monde
(cet écrit est une réaction au texte :
parmi les mots que je laisserai pour ceux dans la salle qui attendent,
oui c'est tabou,
c'est égo, dira-t-on mais c'est universel, faut bien en parler,
on est tous les mêmes
ces mots écrits, récités, en souvenir,
dernière présence
il y en a qui ressemblent exactement à ça : dernier souffle
merci luc
je parle tout seul
peut-être pour palier l’absence
je m’engueule, me sermonne
les mains dans l’évier
la vaisselle à finir
je parle tout seul
des fois même dans la rue
et les gens me regardent
drôles, compassionnels
je parle tout seul
gouttes blanchâtres
à rêver un amour
assis, animal
revers de porcelaine
je parle tout seul
je crois à des choses
pouvez même pas savoir
même si c’est pas vrai
c’est bon quand même
je parle tout seul
et suis pas toujours d’accord
avec moi même
ce que j’espère
des qui disent que c’est impensable
c’est de l’amour
partout
de l’amour
je parle tout seul
les mains aux dossiers
le boss qui observe
la banque avide
l’épicier soupçonneux
je parle tout seul
le matin au miroir
la peau qui craquelle
et le bras dans la nuit
qui se tend et tâtonne
je parle tout seul
l’autre qui s’endort
aux vagues de coton
le corps qu’on replie
comme un besoin foetal



visiteurs se sont posés ici, merci