doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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d’ou me venait ce trouble, cette fascination juvénile ? elle n’avait pas cette démarche chevaline, déhanchements anorexique et bouche figée

non, le pas est souple tout emprunt de grâce, l’ondulation transcende les courbes sous l’étoffe
et l’œil pétillant nimbe d’aura cette silhouette vaporeuse
derrière le rideau l’émotion du couturier, subjugué devant tant de beauté
oui de beauté
là, juste sous l’œil gauche, ce grain d’étoile que les modistes s’efforcent d’effacer, formater ce qui n’en a nul besoin bien au contraire et puis l’échancrure, la vague suggérée, tiédeur de velours, chemin de gorge au pôle du désir, le corps et le regard exultent
elle est belle, oui belle
avec une simple bicyclette elle va nous emmener ailleurs, nous offrir l’autre beauté, celle d’un cœur pur, d’un talent qui va naître sans pudeur sous nos yeux et s’affirmer dans la diversité et l’émotion, une âme forte et toujours cette timidité naïve, cette aspiration d’apprendre dans la modestie et l’humilité, elle dansera pour un gaulois, sera prostituée triste, femme abandonnée pleine d’errances, locataire révoltée et puis elle sera ondine
les planches résonnent de son jeu, le texte jaillit et couvre la salle, elle s’emporte, une enfant de tendresse qui envoute et séduit et nous laisse pantelant au rideau refermé
on a dit ses formes trop généreuses, elles ne sont que reflets de ce qui l’habite
ce trouble, oui je me souviens désormais, peut-être le filigrane d’un amour enfoui, certainement ou juste l’aspiration déifiée d’un rêve masculin…
non juste des limousines noires qui jettent quelques minutes, un homme, un femme, tous partis politique confondus, masques hypocrites d’émotions contenues bien tournés vers l’angle caméra, l’hommage à l’homme ne dure que trois jours et cette première journée n’est pas ouverte à ceux du peuple qui pleurent une personnalité unique, exemple sur bien des engagements, non, viennent aujourd’hui ceux du pouvoir, ceux qu’il a toujours voulu sensibiliser et qu’il a du combattre
au milieu de la pièce, un cercueil, une chaise, ils ont osé y poser la légion d’honneur qu’il a toujours refusé, blasphème, ils sont ministres sans mémoire, enflés de déréalité, combien de respect et d’action aux dépourvus dans votre ville monsieur, vous préférez payer, pas de pauvres dans mes rues,
le corps du désormais immobile, c’est celui d’un humaniste, d’un prêtre, d’un révolté juste, exhorté d’amour, et c’est aussi nous, au renvoi du miroir ou son reflet s’est tu,
et là, les encravatés sourds depuis plus de cinquante ans qui se singent, tellement rien et ignares du message offert, pitoyables de paraître sans même une éthique d’eux même
et puis le silence de l’église, il était abbé, mutisme aux relents d’inquisition, on torture plus mais on condamne toujours, monsieur le pape, vous ne dites rien de cet homme de foi et de son œuvre, oui c’est vrai, j’oubliais, il disait le mariage des prêtres, le port du préservatif et l’ordination des femmes, il a même connu la chair, c’est vrai que pendant qu’il cachait des juifs, vous donniez vos idéaux au service du nazisme, c’est vrai que lorsqu’il couchait dehors vous retrouviez vos draps de soie, engoncé dans votre mutisme vous souillez l’idée même de ce que vous revendiquez
il y aura foule demain, après demain, celle du cœur et du vivre et après il y aura silence, mais hélas, tous autant que vous êtes, il y aura de par nos actes et les vôtres toujours ce qu’il a refusé, l’exploitation de l’homme par l’homme, cette béance d’amour, avide, asséchée
sur sa tombe juste ces mots : il a essayé d’aimer
c'était il y a un an ou presque que j'ai écrit ce texte, l'abbé Pierre défendait une énième fois le droit au logement devant une assemblée nationale inerte et indifférente
aujourd'hui l'abbé Pierre est mort, et c'est une partie de l'humanité qui disparait...
t’écrire ?
vous écrire ?
tant de vivre et de luttes dans ce destin hors du commun
le tu pour commencer
celui du gamin de 19 ans, issu d’une famille aisée et qui devant notaire donne la totalité de son héritage à des œuvres de charité
c’est la même année que tu entreras chez les Capucin, toi qui disait à cette époque : on me disait beau gosse, peut-être même un peu mondain, pourtant demain je serai moine
le 14 août 1938 tu deviens prêtre et pars prêcher à Grenoble
et puis la guerre, le fracas des bombes, l’oppression de l’occupant et te voilà mobilisé comme sous-officier, l’homme de cœur devient guerrier, résistant actif

1941, le lendemain de la rafle du Vel’ d’Hiv, tu accueilles des juifs et les emmènes en zone libre, puis tu apprendras à faire de faux papiers pour eux et pour ceux qui refusent le STO, et tu les feras passer en Suisse avant de rejoindre le maquis
devenu clandestin, ta lutte devient celle de l’espoir et c’est là que tu va changer de nom
le Christ disait : tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église
tu deviens Pierre, l’abbé Pierre
en mai 43, dans les Pyrénées, le claquement des bottes gammées s’arrête devant toi, mais il ne te faudra que quelques jours pour t’évader et rejoindre en juin le général de Gaulle à Alger
résister, toujours mais ta vie n’est peut-être faite que de cela
la guerre finie, tu deviens député jusqu’en 1951
parlons-en, car nombre d’élus d’aujourd’hui pourraient prendre exemple
après t’être battu, tu déposes en 1949 un projet de loi visant à reconnaître l’objection de conscience et surtout tu commences ton combat pour les sans logement par la construction souvent illégale d’habitats pour les errants
c’est peut-être Georges, ce malheureux déshérité et sans abri que tu héberges qui va déclencher chez toi la création du plus grand mouvement de solidarité jamais entrepris
le principe est simple : récupérer des objets et matériaux et les revendre pour construire
Emmaüs (du nom du village ou l’on revît le Christ après sa mort) c’est à dire un toit aux pauvres, l’essentiel avec la nourriture
et puis je dis vous,
hiver 54, ce bébé mort, votre appel comme celui du général, mais pas de guerre, juste des corps qui se figent dans son propre pays, c’est de ce jour qu’est né Coluche, le seul hélas avec vous l’abbé
j’ai peur pour l’avenir
en 81 ils vous ont donné la légion d’honneur au titre des droits de l’homme, Emmaüs n’a plus de frontières, votre combat ne pouvait que grandir et toujours chez vous ce sens de l’homme qui fait fi des adversaires et assènent un droit tellement élémentaire
même sans foi on a envie de dire, mon père
vous participez à la création de la banque alimentaire de France, vous créez la fondation abbé Pierre pour le logement des Défavorisés, vous jeûnez au cœur de la capitale pour sauver les déboutés du droit d’asile, vous dites dans vos livres l’espoir de tellement d’autres, sans dogme, sans tabou, l’homme et l’application de sa différence
aujourd’hui vous êtes allé à l’assemblée nationale, vous défendiez une loi (SRU) qu’on voulait transformer, celle de l’obligation à toutes villes d’avoir 20% de « logements sociaux »,
quelle honte d’en arriver à se battre pour que des hommes vivent le minimum face au paraître et à l’économie,
quelqu'un pousse votre fauteuil et vous tend le micro
la honte aussi d’une assemblée nationale vide, les caméras télé étant parties, la honte de voir un homme fatigué au destin marqué et personne ni politique ni peuple alors qu’il œuvre certainement pour une éthique si fragile, essentielle et tellement menacée,
l’homme,
l’homme…
vivre c'est apprendre à aimer
ce texte est dédié à Henri Grouès dit l'abbé Pierre
elle avait attendu la nuit, la clôture qui ceinturait l’usine était cassée juste derrière l’entrepôt, elle l’enjamba et là sous une bruine froide et silencieuse, immobile, elle sentit le sel sur ses joues se confondre à la pluie
le grand parking était désert, crevé de cercles jaunes que laissaient choir les mats d’éclairage, pas une voiture, fini le temps du ronronnement des ateliers et le va et vient des camions de livraison accostés au quai comme d’étranges navires intemporels
doucement, dans la pénombre des façades, elle a contourné les deux grands bâtiments de fabrication pour atteindre le local d’entretien
elle s’appelle Léone, parole de ch’ti, le père crachait des lambeaux de poumons à chaque toux, trente années de mine, de poussière noire et de lutte, et si c’était pas le fond c’était l’étoffe, le textile, fallait bien faire un choix et nourrir le petit monde
Léone, elle avait connu le métier, celui à tisser, chuchotements des rouages, araignées de laine, la pendule et l’ouvrage au creux des mains,
elle était là devant la porte, tant d’années, tant d’âme déposée, ce geste tellement fait, soudain comme un délit, on était loin des braseros, des regards complices tout emplis de peur et d’espoir qu’ils savaient mort-né, le matin devant l’armoire de fer et ces deux portes manteaux, des regards comme un couperet au travers les mots, chacun sa merde, mais là le même vaisseau, le même naufrage, elle entre, traverse le vestiaire et arrive aux chaînes, oui, on dit comme ça, comme une étrange armée, figée, les machines, handicapées, sans hommes pour les animer, cimetière de métal sans mémoire, sans conscience
elle revoit le contremaître, sa peur, son humanisme muselé, la première réunion avec le grand patron, il est des impératifs économiques qui exigent pour la survie de l’entreprise des mesures contraignantes et indépendantes de notre volonté
elle s’est approchée de son métier, elle n’a jamais voulu dire machine, elle était oiseau blessé, muette et timide, la main glisse sur ce battement d’acier désormais sevré,
Léone, elle connaissait l’outil, l’avait vu évoluer, la machine va asservir l’homme et la voilà maintenant pliée, agenouillée devant cette dépouille d’acier qui ne la nourrit plus, l’avoir combattu comme pressentiment, et là aux échos de sanglots, plus de tissus roulés pour amortir le cri, vous comprenez la conjoncture rend nos coûts trop élevés, il nous faut faire face à la concurrence, soyez surs que nous ferons tout ce qu’il est possible
elle s’est relevée doucement, ces fantômes trapus, ces allées grises, terrassée, abandonnée soudain pauvre elle est partie, courbée comme les machines, drôles de stèles pour un triste cimetière
Léone en revenant s’est accrochée à la clôture et s’est retournée cinq fois…
soudain c’est l’être qui se meut, balancements, picotements, frissons et le rire, ce recul, cette analyse, le voyage commence, qu’elles en seront les frontières, souffles courts, halètement, allaitement aussi, l’air comme le lait nourricier et ce va et vient, la chaise qui craque, qui grince comme les dents qui restent, et ces volutes d’horizon dissipées, des bribes de mélopées au fond de la boite derrière les yeux, ceux là même qui pétillent de l’instant, du furtif jouisseur, ceux là qui s’enfoncent, volontaires et sereins, lucides et placides sans Muzo, putain ça caille, oh oui un pavé sauce roquefort, non si loin des illusions du derme, juste au centre de l’orifice, qui donne encore des aubes aux tentures mordorées, qui lèche encore, qui suce ? crevée la larve rampante, muette la douleur derrière le chariot, gouttes froides de solitude bien pensantes à vos miroirs de sang, alors la fuite comme argument, l’ultime beuglement de l’humain, têtes baissées sur nos jouissances sèches, attends le pourpre viens pas tout de suite, fait froid ici, et puis tellement de discours à en vomir à laisser sur les murs nos restants de filets de vie, balancements, encore, frissons d’enfoncements forcés jusqu’à l’asphyxie jusqu’à ferme ta gueule, j’ai vu quelqu’un ? cherche les ponts, les langages, la fibre, celle du tambour, de la peau, frappée, caressée, le souffle, toujours, avant l’être de s’éteindre,…
depuis quand le commencement ?
il faisait noir
soudain le mouvement, soudain le murmure
l’ébauche distordue, spasmes d’évolution
emportée, entraînée
opaque horizon
crevée soudain de lumière
je jaillis
vomissement de terre
purifiée de roche
hystérique, transparente
les mots font ce qu’ils veulent
je suis éclat tourbillonnant
soudain confondue, anonyme
et ce flot grandissant
serpent de bave
qui chuchote et dévale
veines fragiles,
et cette peau de planète laminée, finissante
aux gueules des gouffres, au profond des gorges
effigies d’ombre qui obstruent et façonnent
parfois l’accalmie
je suis au tout
cellule palpitante d’un être sans visage
le reflet de l’onde soudain reposée
les berges sont vertes et paissent
les nourricières
je glisse au vent caresse
mes reflets comme baisers
pourquoi soudain l’arrêt, l’atrophie de l’obstacle
c’est l’homme insatisfait, qui oblige et mutile
au bout de la chute
des vallées desséchées, un torrent renaissant
il faut tout recréer, du ruisseau à l’étang
et me voilà complice d’un nouvel affluent
les mots font ce qu’ils veulent
je suis miroir frisson
vos visages en exergue
je glisse, m’étale, recouvre toutes les terres
fleuve condamnée à n’être qu’une mer
au fond de l’étamine
plus rien que l’asphyxie
le flux qui contamine
et l’enfant démuni
déjà le sel s’immisce et c’est l’immensité
les mots font ce qu'ils veulent
si petite que je sois
il me faut bien l’avouer
après tout c’est mon droit
que d’être transportée
je rejoindrai bientôt
ces écharpes cotonneuses
qui font le ciel de gris de brumes vaporeuses
et habillent vos âmes en volutes chagrin
pour finir silencieuse
en édredon crachin


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