doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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debout, les mains dans le vide
regarder les ruines, les lambeaux, les fragments que les flammes et fumées dévoreuses ont bien voulu nous laisser,
emmenés les traces, les œuvres créées, les images et le toucher, enlevés une nuit d’apocalypse de feu et d’eau, dans les halots des projecteurs et lances, l’âme et le bâti en volutes insoutenables
deux êtres partis déjà et leurs laissés non récoltés à temps maintenant en boue grise et puante
toutes ces déchirures agonisantes qui jonchent le sol
ces actes d’amour et de patience, de tourmentes et de rires
une neige fondue s’invite à ce banquet du diable, trop tard pour cacher ces débris éventrés vomissant de vapeur, peut-être les larmes du ciel, édredon sur destruction
et le lendemain, crachin verglacé
morceaux de papier qui volettent
meubles épars, fracassés
alors dans ce désert de souffrances, morcelé, anéanti
les pieds dans l’eau
j’erre, larmes figées de froid
ou êtes-vous mes aimés, mes créateurs ?
toi, ouvrier inventeur, cadre marginal qui ne joue pas le jeu
qui vole dans les airs, qui construit
et toi, écrivaine tellement imprégnée d’utopie
que le réel t’es trop dur, le cœur à fleur de peau
je porte, je ramasse, je sauve
de ce cloaque morne et accablant
à ce moment les idéaux, les théories, les concepts sont bien loin
il ne reste que l’être
face à lui même
ces relents nauséabonds de feu mouillé
ces pas qui piétinent les existences
des souvenirs naissants
et le froid de l’absence
c’est quand les yeux terrassés de sommeil peinent à se fermer quand les mains serrent l’oreiller faute de peau que la nuit est la nuit, c’est là que le poids du manque, du vécu prend sa valeur, ces dîners sous le feuillage, ces noëls émerveillés, ces blessures soignées
debout, les mains qui suintent de noir
les yeux tellement rouges si loin du bleu offert
vous comme jamais
même si ce jour toutes traces de votre présence se sont estompées
murs béants, poutres de suie, squelette rongé
les âmes déjà se faufilent au travers ces vestiges désormais éteints
envie de se coucher sur ce sol détrempé
au milieu des gravats
faire corps avec la terre, l’eau, le feu
admettre le tout
admettre que désormais
ne reste que la part du cœur, du souvenir
au milieu du magma quelques cahiers parcheminés, quelques outils
cendres et neiges qui se confondent
aube noire

ma belle
mon errance douce
toute en courbes
en voyages frémissants
en spasmes intérieurs
et si lumineux
mon onde mouvante
ton corps
tellement, tellement
ma perte
mon éclat, mon tout
donne encore
viens sur moi
fais moi l’amour
pendant qu’il en est temps
j’ai des cris
dans le ventre
tu partiras
je le sais
tous on part
c’est le temps qui décide
viens encore
enserres moi
c’est toi qui me porte
tous ces voyages
rochers, déchirés de vents
bouches humides sous la couette
les murs ton image
et là
tout ce blanc
ton vide
nous deux toujours
mais autre
ma belle
nous sommes tous
en errance
il y a d’autres temps
d’autres voyages
et les marques du souvenir
les draps sont fardeau
plus que la tête
le corps émerge
corps opprimé
de temps d’absence
j’avais peur dans le préau
il voulait me casser la gueule
j’me cachais derrière le muret des chiottes
on va l’butter le rebelle
reprendre le bus
pour une autre austérité
mais t’étais là…
il me tenait par les cheveux
prof de physique
l’escalier du bahut
et mon frère en face
- tu vois, tu seras jamais comme lui,
t’es trop nul
voué à l’échec, soudain
une marque sur les fesses
le début de la solitude
mais t’étais là…
ils se sont amusés
ces guignols uniformisés
ils m’ont rasé la moitié du crâne
et ont ri des heures
de ce demi visage
je servais la nation
je devais être un homme
prison militaire
pour refus de saluer
mais t’étais là…
et puis,
la peau aux fibres de la nuit
les tripes au bout des doigts
l’autre, l’amour
l’être qui strie le cœur
le ronge après l’avoir nourri
le façonne
tatoue les extases et les regards
l’éternel partir
fais le en mémoire, n’oublies rien
on sait bien la chute
mais t’étais là…
c’est l’image qui dirige
désormais
le sang sur l’écran ne nous atteint pas
la guerre comme fiction
pense à sauvegarder
n’importe de ce que t’as, on sait jamais
bouffer de la notion faisandée
relents de dogmes tachés
sur fond de tirs urbains
et d’humanisme voyeur
les dieux snipers
et les hommes orgueilleux
mais t’étais là…
j’éteins la lumière
j’vais me recroqueviller
au fond du drap
ça se bouscule là dedans
ça fout les boules et le vertige
et aussi la honte
même les moutons à compter
sont malades
ils sont ou tes yeux
dis ils sont ou ?
tu vois
au miroir,
je mets ma main
sur le reflet
il me paraît tellement
plus vrai…
mais es-tu là ?s’attarder sur des êtres,
mais oui quand ils nous apprennent
nous font réfléchir
au delà des philosophies et du nombrilisme
mais de notre temps
et avec nos cœurs de maintenant
voilà
au début c’était un livre que j’avais lu, il s’appelle :
"Une fièvre impossible à négocier"
un constat, une révolte
grandir, dans un squat,
les rencontres, les peurs, les galères
pas très français, pas très friqués
«Le squat s'est fait vider, un matin. Les carreaux se sont effondrés, le GIGN est entré par les fenêtres, les portes, arme au poing. C'est très triste de se réveiller avec un revolver sur la tête et ses affaires déchiquetées, quand on a juste voulu fédérer des envies enroulées dans des duvets. Ce lieu commençait tout juste à être célèbre pour la réussite du mélange, l'ambiance.»
Lola, elle est de l’Est, ça se lit ça s’écoute, mais ce qu’elle voit et crie appartient à l’humanité, à ceux qui dénoncent ces voyages retours, ces femmes torturées, cet ordre répressif et violent, et puis le temps qui passe, l’enfance et l’adulte A quel âge Il y a plein de gens qui ont le même âge que moi L’avenir a pas de futur immédiat Tout ça s'additionne et ça m'divise moi
Il faut savoir comment faire quoi
Et qui savent pas comment faire quoi
Ce qui fait que l’âge c’est l’espace qui s’entasse
Et tôt ou tard faut savoir comment faire quoi
Lola elle dit l’horreur du viol, l’intolérance et la mort, la fragilité de l’homme, mais elle rêve aussi Lola et elle nous emmène
Je suis venue te proposer
De tout refaire
Au lieu de dire tellement de conneries
On ferait mieux de les faire
Je suis venue pour t'expliquer
Que le temps passera
Devant chez toi, voilà
Il ne te regardera pas autant que moi
voilà
on se voit
du canif
qui laisse son témoignage
sur la table d’école
à la révolte sourde et ce sang sur la chaussée
au conformisme
de ces révoltés devenus encravatés
de ces puissants étrangers
et du quotidien qui ronge
Lola elle a une voix
elle vous prend avec ce rythme
guitare, accordéon et chuchotements
cette émotion
qui fait la peau frémir
et l’œil lourd
je suis debout
je suis vivante
je reste debout devant ce qui me détruit
et je ne meurs pas
parce que
ce n’était que ma peur
cette idée dans ma tête
qui m’empêchait de me lever
ce n’était rien du tout
des ombres des fantômes
et les fantômes n’existent pas
Lola, elle me fait encore espérer
en l’homme
et tomber sous le sens
s’allonger dans le silence
grandir
à l’envers de rien
rien, rien…
café tiède,
lentilles de pain dérivantes sur fond noir
petites rigoles translucides qui serpentent au carreau
une aube sale et traînante
sur le divan un tricot écartelé, une écharpe en boule
un livre entrouvert
lavabo
peau blafarde
et des yeux trop rouges
au renvoi du miroir
filet de sang
à la gueule du robinet
crachat de dégoût
dilué au savon
ce silence de morgue
échos livides aux parois du logis
devenu prison
les gestes mécaniques
ranger le bol et le pain
éteindre la lumière, fermer la porte à clé
ne pas regarder
ce lit trop bien bordé

dehors ronronnements sourds
la cité s’ébroue
se retrouver aux autres, ne rien montrer
lassitude au fond du mouchoir
et refus étouffés
un sourire, un mot doux
un fragment de voix
une fleur entrouverte
chercher, attendre
juste un signal
maman, c’est toi la première qui m’a parlé d’Oscar, tu t’en rappelles toi, tu n’as pas les mêmes souvenirs que moi, c’était le maréchal-ferrant au village celui qui bichonnait les sabots de ces fiers animaux sans qui l’homme ne pouvait travailler
quand il passait au travers les rues, dressé sur sa monture, tu allais ramasser les crottes, c’était du bon humus pour la terre, tu l’admirais, nul dans le bourg n’avait son pareil pour apprivoiser les chevaux et il était fier de cette complicité avec la bête
tu l’aimais bien Oscar, tu l’as vu se marier avec Joséphine et t’as même connu les deux progénitures qu’ils ont eu
l’un est parti au loin, l’autre est restée au village
elle s’appelait Micheline, elle s’est mariée et a eu deux enfants
et puis la vie, le temps, ont brisé leur couple, Oscar a occupé la maison en face de Micheline et Joséphine est venue rejoindre sa fille
en campagne c’était comme ça, on abandonne pas la matrone et Oscar a vécu en face, de l’autre coté de la rue, juste une annexe de la grange ou il s’était aménagé un couchoir et une cuisine, ces hommes là vivaient de rien
et Micheline s’est mariée à son tour, elle a eu ses enfants
et un jour, tu n’étais plus là maman et moi j’étais pas encore voisin, le mari de Micheline s’est pendu, dans la grange, pour d'obscures raisons, là, juste à coté du taudis d’Oscar
et lui le patriarche, il a rien dit, il disait jamais rien, tout seul avec son bâtard de chien malade à sentir l’age lui enlever la sève qui l’avait toujours nourri
et puis moi, je suis devenu voisin, j’ai construit ma maison à coté de Micheline et d’Oscar même que son chien à Oscar il me faisait toujours la fête, il m’aimait bien je crois
j’ai connu les enfants de Micheline, un gars, une fille
la fille, elle est partie s’installer ailleurs quand elle a trouvé son homme et le fils il est resté au foyer maternel et lui aussi un jour il a ramené sa petite amie
alors Micheline, elle a dit, attends on va agrandir la maison d’Oscar comme ça tu pourras l’habiter avec ta fiancée
et on a fait venir les maçons, on a rien demandé à Oscar et on s’est implanté chez lui
et moi le soir quand je rentrais du boulot, je m’arrêtais pour discuter avec lui et caresser son chien et je le voyais bien, diminuer de jour en jour, me raconter qu’il n’était plus dans sa maison qu’il ne savait plus bien pourquoi il était encore là puisqu’on ne le voyait plus
son modeste lavabo avait été transformé en salle de bain et quand il y allait, il ramassait des culottes et des serviettes périodiques,
à table on mangeait sans se soucier de sa présence mais on savait bien lui laisser les tâches pénibles, rentrer le bois, ramasser les feuilles, abreuver l’âtre ou bien retourner la terre dans le potager
et puis un soir, j’ai pas vu Oscar ni son chien et Micheline sa fille est venue me voir à la tombée de la nuit, elle ne pleurait pas mais semblait affectée
Oscar, il s’était pendu lui aussi à la même poutre de la grange
et cinq jours plus tard son chien mourrait de faim devant sa tombe
depuis je suis parti, je ne mets plus les pieds dans ce village maudit
on peut tuer à petit feu, sans haine
juste avec de l’indifférence
puisse ce texte lui rendre hommage et perpétuer sa mémoireles sophoras dansaient sur l’onde frissonnante du fleuve
la moiteur faisait luire les peaux
et les guirlandes colorées des échoppes nocturnes
donnaient aux visages des reflets nacrés
sur le banc, je restais muet à contempler les grands stupas
posés sur les flancs oppressés de verdure des collines environnantes
c’est sur, Bouddha avait posé un doigt sur moi en cet instant de plénitude et de détachement
- tu veux un massage ?
elle était là, furtive dans l’ombre, agenouillée près du banc,
féline et sensuelle
ses cheveux d’encre comme des lianes inondant ses épaules
devant mon silence, elle vint s’asseoir près de moi
et sans mot dire glissa sa main en la mienne
deux enfants, deux cultures, deux solitudes
- tu es « farang » (1), n’est-ce pas et moi je suis Karen, je viens de la frontière birmane, je me suis sauvée quand mon père a voulu me vendre, je ne veux pas finir dans un go-go bar sous les yeux malsains de quelques américains ou allemands gorgés de whisky
je la regardais, ému, troublé,
elle paraissait si fragile et pourtant si forte de tant de souffrances et de pauvreté,
fuir la guérilla, fuir le marché des corps, fuir les heures infinies, dos courbé engluée de boue à repiquer le riz ou porter le bois
- viens !
je la suivis sans question, sans curiosité comme confiant
près du marché nous avons mangé un peu de riz gluant et quelques poissons séchés
de ce fourmillement nocturne s’échappaient des effluves d’épices et d’encens
mais pourquoi ces regards froissés à son encontre ?
j’ai repris mon sac à l’auberge et je me suis laissé entraîné
un touk-touk (2) nous a emmené à la périphérie de la ville loin du bruit et du béton
là ou l’eau remplace la route, ou le bambou et l’osier font office d’habitat
là ou la misère s’étend et prolifère
- je m’appelle Sao
elle semblait flotter, elle sautait de ponts en passerelles alors que j’essayais en vain de traverser ces obstacles liquides avec la peur au ventre de tomber dans cette eau croupissante et nauséabonde
la nuit était trouée de halots troubles dégagés par les bougies ou lampes à pétrole, et ce dédale de planches branlantes nous amène enfin chez elle

trois mètres carrés, sur des pilotis vacillants, les murs en osier tressé fins comme des parchemins et le coassement incessant des crapauds
elle s’est agenouillée, m’a offert l’unique couverture qu’elle avait et là jusqu’aux prémices de cette aube mordorée nous avons parlé, chuchoté, rêvé
l’échancrure de sa chemise laissait deviner la courbe brune de ses seins et une de ses jambes dépassait de son sarong tout de couleurs
oui elle était belle avec au fond des yeux cette tristesse fataliste de ceux qui ont vu et subi tant de combats
Sao, j’ai partagé quelques jours dans ce cloaque de misère et pourtant si plein d’enseignements, de leçons de vie, j’ai croqué la mangue au petit matin, t’ai vu te laver dans cette eau trouble et soigner ta peau de cette poudre blanche sensée te guérir, je t’ai vu m’offrir tout, c’était rien, tu n’avais rien, tes robes accrochées dans cette case aux relents de marécages et d’encens, les voisins aux yeux plein de gentillesse et de reconnaissance m’offrir une écrevisse vivante dont je ne savais quoi faire, un étranger sans appareil photo, juste un carnet et un magnéto
souvent quand la chaleur commençait à s’étirer nous buvions un thé en croquant d’étranges galettes brunes
le matin et le soir aussi, tu t’agenouillais derrière moi et me peignais les cheveux longuement
aucune femme ne me l’avait fait
mais pourquoi ces regards froissés à son encontre ?
un soir, une vieille toute de cuivre ridée aux stries épidermiques de sourires innées m’a bradé un dragon de cordes enchevêtrées et rigides
je t’ai regardé, j’ai dit je vais l’appeler Sao, comme toi, doux et fragile mais avec tant de défenses, de crocs hérissés et de frissons tendus
oui tu étais deux
mon désir de te regarder, mon admiration platonique étaient tellement au-delà
ce soir là est venu, il fallait que je reparte, la dernière nuit à l’hôtel, me laver ôter de ma peau cette poisseur surannée
- viens
l’eau crépite derrière le rideau de plastique et c’est elle qui a peur, qui lâche ma main, il n’est plus le ronronnement raisonnant des crapauds, nous deux assis à contempler les ombres tremblantes de la foret sur l’onde glauque et figée
et puis le temps du désir
la découverte, le refus volontaire et partagé
toi, douce, tendre et attentive, c’est ton mélange d’homme et de femme qui te rends si parfaite qui me fait n’avoir jamais été aussi bien
on se regarde, on se sourit, on s’embrasse toute la beauté impossible de nous deux aux abysses de nos yeux
tu m’as brossé les cheveux ce dernier matin, tu as même voulu porter mon sac,
les vitres du train ont pleuré, elles sont toutes marbrées, une dernière fois qui défile, la jungle, les rizières, ces maisons de paille qui surplombent ces grands miroirs d’eau
je serre mon dragon de laine, je t’emmène Sao, on ne meurt pas chez toi on se réincarne, je te retrouverai
j’ai effacé de l’histoire mes flashes de mékong (3) et tes tubes de colle éventrées, j’ai enlevé mes tremblements et tes poumons qui saignent, j’ai gardé le goût des ananas et de tes lèvres, de ta main dans mes cheveux et la mienne aux vagues de tes hanches
le fleuve continuera de couler sous les sophoras
et l’image d’un banc sur la berge qui ondule
porte le souvenir, le temps et des pétales de cœur…
(1) français
(2) tricycle motorisé faisant office de taxi
(3) whisky local
comme un enfant
je dessinais sur la buée du carreau
des visages
des soleils
et je riais des yeux de l’autre
au travers la vitre
comme un grand
je laissais des mots
sur le blanc de l’écran
des mots noirs, des mots bleus
et j’exultais
des traces numériques
que m’offrait l’autre
et promeneur
à mon tour
j’allais me nourrir de dessins ,
de mots
des mots noirs, des mots bleus
de rêves offerts
bouquets de cœur
aujourd’hui
sur cette toile invisible
tissée de tellement d’appels
de partages anonymes
un fil semble se détacher
j’aimais tellement m’y accrocher
y puiser du beau
du simple, de la quiétude
merci, Viviane
pour ces heures à te lire
à me perdre
dans les limbes
de tes errances poétiques
L’étranger
- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
- Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis ?
- Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
- Ta patrie ?
- J’ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté ?
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L’or ?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages !
Charles Baudelaire




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