doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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- entrez, asseyez-vous, oui, parlez-moi d’elle, comment l’avez-vous rencontré ?
- je ne l’ai pas rencontré, elle a toujours été là, avant que d’être envie et découverte elle était comme cocon, toile qui palpite, d’amour et de possession, elle était source, bouclier et habitat, main qui caresse et apaise, souffle susurré, matrice de cœur, étouffements de tendre, c’est de ce reflet là que soudain est née une autre image, c’est là qu’elle m’est apparue de nouveau, autre et nécessaire
- bien, vous transcendez la mère, ensuite ?
- j’ai toujours eu peur d’aller vers elle, je la trouvais toujours belle, mes mains aveugles effleurent comme un vent cette laitance tendue, serpents coquins au versant de la cuisse, je rougis, je baisse les yeux et me laisse apprendre, oui je crois que c’est toujours elle qui m’a appris, le meilleur comme le pire, tiens je me souviens, le meilleur, on va jouer, allez celui qui gagne sera heureux, j’ai perdu et je la vois qui me regarde, on va partager le gain, aussi je me souviens encore, descente et tourbillons, meubles éventrés, elle était penchée, petit blazer gris, jupe droite et mon trouble destructeur qu’elle déchire en silence, l’air de rien et ma main dans la sienne
- vous parlez d’elle avec beaucoup de véhémence…
- attendez, je me souviens toujours, elle court sous l’orage, la pluie nous perce, l’herbe glacée pénètre nos émois et les confond en plaisir, je la vois encore, elle ramasse une feuille égarée, espiègle au manuscrit et se met à la lire, sa détresse lovée à mes mots et nos manteaux de solitude
- mais elle justement, comment vous percevait-elle ?
- je la pense, je la sais quelquefois se nourrir d’un fragment de moi, je la voudrais avide mais vite repue, je la panse parfois, l’infuse de mon fluide si tiède soit-il, osmose qui palpite, émotions parasites, j’entrevois, je désire, je survole et cherche à me poser, je tremble et je pleure aussi mais toujours avec elle, je la suppose se terrer parfois aux creux de mes ignorances et balbutiements, je ne puis être c’est sur que par elle
- et après, elle, jusqu’ou ?
- elle, toujours, elle, tatouée, organe dans l’organe, elle qui me porte, le pire aussi, elle qui me regarde, acide, qui s’emporte des fois dans d’étranges orages, et puis qui me donne son crin et prolonge mon souffle aux fibres hérissées, je me souviens tellement, il en est de mon socle, de la brise qui efface, de ma main qui tâtonne et la cherche aux abyssales errances de ces nuits qui traînent et veulent en découdre, je l’aspire, lui mendie, l’écoute et lui cache parfois, je sais qu’elle sait, elle est là, tout prés, petite veilleuse si frêle et si ancrée
- mais qui est-elle vraiment ?
- elle est la veine hoquetante au tissu de ma peau, le ventre qui s’entrouvre aux larmes de la vie, le battement sourd d’un cœur qui mène à l’autre pas, l’abandon moite et suspendu des âmes apaisées,
elle est,…….l’amour
le soleil est là qui t'attend
si tu pouvais sourire encore
quand tes larmes seront séchées
les chagrins jouent avec les lois
et les lois jouent avec nos plaies
on aimerait te voir de retour
dans l'univers des survivants
ronge tes barreaux avec les dents
tes amis deviennent impatients
paroles / musique : thiéfaine
montage vidéo : nwardezir
voir aussi : noirs désirs
parce que les mots ou les dessins n’ont jamais tué personne
parce que démocratie n’est pas culte
parce qu’on ne muselle pas l’expression quand elle refuse l’excès
parce qu’on ne confond pas la politique avec la foi
parce que les dogmes n’engagent que ceux qui le désirent
parce que la tolérance devrait honorer toutes idéologies
parce que dire et dénoncer c’est préserver l’humain
parce que l’unique croyance devrait être l’amour…
dessins de Cabu - Charlie Hebdo du 08/02/2006
elle est inclinée, un léger balancement fait craquer la chaise
elle écrit à son fils
des écharpes de brume engluent ses yeux, trop de liquide ou de prises peut-être dans cet hôtel perdu au néon qui balance sous les coups du vent, c’est une vie qui défile, là au tout début, les couvertures de Jardins des Modes, Jours de France, Elle,
il est le temps du cordon, de la succession aux année soixante, et pourtant, elle sait l’image accrochée à chaque mouvement de l’aiguille, elle s’appelle Christa Päffgen, née en Allemagne en 1938 aux premières eaux de cette guerre qui allait accoucher l’horreur, elle va grandir sous les glorieuses, ces temps d’espoir et d’imagination, sa frimousse enjôleuse prélude au visage scarifié de l’âme d’une société qui se perd, Christa, poupée glacée, Chanel et tant d’autres lui laissent une poudre de succès, avant d’inspirer Andy elle était déjà star
elle écrit à son fils
elle lui dit ses larmes, ce destin comme un tourbillon,
Alain, quelqu’un que j’avais rencontré deux ans auparavant à l’île de Ischia ou il jouait son premier rôle principal dans Plein Soleil et ou moi même m’étais montrée deux ou trois semaines trop tard pour tenir le rôle principal féminin. Toujours est-il qu’à cette occasion nous nous étions rencontrés pour la première fois. Alors je l’ai appelé au téléphone et nous avons passé cette soirée à nous balader en Masérati et on s’est fait arrêter par les flics trois fois cette nuit là pour excès de vitesse, peut-être avait-on bu un peu beaucoup ce soir là au Blue Angel Club. Avant que la nuit ne finisse, nous sommes allés chez moi et Alain est resté jusqu’à ce que les heures du matin soient finies et nous nous sommes dit au revoir. C’est peut-être bref comme description et bref ce le fut, ensuite nous ne nous sommes jamais revus…
tu as changé de nom, je ne le savais pas et même pas celui de ton père, qu’elle est loin cette année 62 et les premiers balbutiements d’Ari, déjà le destin les sépare, Nico transporte sa solitude, ses amours passagères et son envie créatrice, de Paris à New York, de Londres à Bourg
elle se balance et la chaise agonise
elle écrit à son fils
ce non père, Alain, et l’ombre de sa mère qui te recueille, ah oui le nom du non père, Delon,
et ces retrouvailles furtives, mimétisme naissant
égérie que Warhol ne dupliquera pas, l’usine a ses équivoques, comme elle, et puis, elle rencontre Philippe Garrel, derrière son objectif de fortune et dans ses affres lyriques, il la transcende, la fait déesse mais Nico sent déjà son chemin, un harmonium, des mots, un fixe, Cale lui tient la main, son compagnon Garrel signe le film de sa vie, univers onirique, la nudité du désert et la bave volcanique bref les rivages de l’âme humaine et il faut bien parler de cette voix monocorde, de ces accords répétitifs aux relents nostalgiques et lancinants
il est le temps du cordon, de la succession aux année soixante dix, elle ne voit plus l’image
il y a l’héroïne de Lou Reed et puis Nico,
ils veulent ton visage pour un magazine
ils veulent ma voix pour leurs craintes
je veux que les nouvelles du monde soient
une vérité autre en d’autres larmes
quelle blague un beau cadre
consumé en une simple flamme
elle écrit à son fils
la route, des palaces aux chambres de fortune, dans son sillage, un univers de rencontres et de souvenirs, Jim le lézard, Iggy l’iguane, et Gainsbourg épris d’amitié pour le petit Ari, et puis tant d’autres, la poudre lui dresse le frisson, l’entraîne encore vers la blessure et le carnet de poèmes sous la veste de cuir et si petites ses pupilles, Christa arpente les rues, des brumes blafardes londoniennes aux cafés parisiens, elle sillonne l’Europe, investie et marginale, des cathédrales aux MJC, toujours son harmonium, une basse, une batterie, oui, la cicatrice intérieure comme le film de Philippe, l’enfant grandit, des genoux de Warhol il est errant désormais, toujours pas de père, Nico squatte les rares amis au fil de ses tournées, le mot, le chant et puis l’après, il est le temps du cordon, et des années quatre vingt
elle sursaute, la chaise se fendille
elle écrit à son fils
ces moments arrachés, va chercher s’il te plait, il faut survivre, tous les deux réunis, réfugiés de cœur et puis octobre 87, dans les veines du fils les aguilles de la survie, partir,
Aujourd’hui est mon troisième jour ici et dans quelque instants je pars voir mon petit Ari à l’hôpital. Les soirs quand je rentre à l’appartement je me sens très optimiste mais triste de ne pas être avec toi, dans deux semaines tu pourras marcher à nouveau comme une personne vivante. Pour l’instant tu marches comme un robot somnambule, combinaison insolite. Mais ta mémoire est en grande forme car tu me dis que je ne cesse de me répéter, ce qui, à la vérité n’arrive pas souvent. Mon intention, mes bonnes intentions d’aller voir Alain sont quelques peu difficiles à réaliser, tenter d’entrer dans le mode de vie d’un étranger…
la mère et le fils se retrouvent encore, et cette voix gutturale presque, aux confins des tourments et de l’apaisement, Nico laisse ses écharpes de rêve au tissu des façades et des peaux, c’est en Allemagne ou elle gît désormais qu’elle donnera son dernier concert, Ari l’attend sous ce soleil si loin des limbes underground et des spasmes existentiels, un juillet 88 et puis, elle, chancelante sous ce chemin de soleil…
Mon esprit s’appelle Christa. Ma vie est Nico. Christa a fait Nico et maintenant elle est lasse d’elle même. Nico est allée au sommet de la vie et au fond. Ces deux lieux sont vides. Mais Nico ne veut pas non plus se trouver au milieu ou les gens se tournent le dos. Pour éviter ces lieux de malheur mieux vaut être nulle part et dériver. Telle est la conclusion à laquelle je suis arrivée.
musique :
- afraid / desertshore / Nico / 1970
photos :
- chelsea girl / Warhol – Morrissey / 1966
- chelsea girl / Nico / 1968
textes en gras :
- Nico / Cible mouvante / Pauvert
à lire :
- Nico / Cible mouvante / Pauvert
- Ari / L'amour n'oublie jamais / Pauvert
site : Nico


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