doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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et si on prenait le temps
toi et moi
viens, n’aies pas peur
laisses toi emporter
le voyage est si cours
et le temps si fragile
tu reviendras ?
musique : Bïa / J. Duino
filmé et monté en août 2002
ils mirent plus de deux siècles
sueurs écoulées, meurtrissures des paumes, le grincement des poulies, le souffle des bêtes,
les hommes et les voûtes arc-boutés soumis à la démesure du beau
la miche toute de poussière que l’on coupe et partage, le saindoux sur la mie, nourriture terrestre au repas du dépassement
l’œuvre s’élève de patience et de sang, de visions et d’efforts, d’ambition et de morts
sur le pavé, le copeau, la foi et la souffrance
je suis gargouille, je suis née du tourment de vos âmes
pierre arrachée à la terre ou vous vous nourrissez
je suis témoin de roche figé à vos devenirs
je vois vos bougies, vos lanternes, vos ampoules
les chevaux qui meurent et deviennent mécaniques
et pour régler vos guerres, vos armes démoniaques
balafres à l’édifice, de l’épée à la bombe
j’ai vu tant de vos folies
soutanes de torture et confessions forcées
chariots contaminés et bûchés de tourments
bonnets phrygiens hurlants
éclats de ma peau à vos marteaux assassins
le bourg s’est agrandi
et sa misère, ses commerces, son armée
comme devenus vos images
aux fortes nuits de pluie, je crache du rictus de ma gueule éternellement béante et muette au spectacle de votre démesure tendue vers le laid
laideur de fracas
j’ai vu vos bombes, brasiers de chairs et de cris,
écho des uniformes, visages inclinés maquillés de terreur
éclats de destructions et peuples déchirés
je vous ai vu bâtir l’impossible et puis brûler vos œuvres
vos mains tendues aux chimères d’idéaux
votre soif de l’unique et de l’instantané
vos affres illusoires
les hommes et les voûtes toujours arc-boutés soumis à leurs valeurs, au monde qu’ils ont fait
un vent de fin de nuit vient mordre ma matière
je noircis, je m’écaille aux gifles de vos acides
ils n’ont mis que deux siècles pour salir ma lumière
et me laisser pantelante, abîmée et lucide 
parfois,
mais vos yeux invisibles ne peuvent m’apercevoir
de granit je suis argile
je m’étire doucement, me relève
et je laisse entre mes lèvres de pierre
s’échapper l’appel de mon dépit
aux bras du temps
peintures : véronique groseil
(je dédie ce texte à ma mère)
courses à faire
- chocolat
(mon antidépresseur)
- eau minérale
(c’est frais et ça lave l’intérieur)
- pommes
(et oui, on reste humain)
- carottes
(glacées au sucre, c’est super)
- parfum
(ça conformise et masque le dégoût et la révolte)
- détartrant
(faute de nettoyer la cuvette politique, je ferais celle de mes chiottes)
- pain
(rien que pour le plaisir du partage)
- menthe fraîche
(pour mon thé et mes souvenirs de sable)
- whisky
(pour les nuits de blues)
- fraises
(parce que c’est bon et j’adore la couleur)
- mouchoirs en papier
(pour les larmes crépusculaires)
- presse
(pour savoir ou en est la cuvette politique et ceux qui la lèchent)
- croquettes pour ma Virgule
(plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien)
- lait
(le dernier produit encore blanc)
- sauce de soja
(pour mes souvenirs de jungle et de pagodes)
- 1984 de Georges Orwell
(le relire encore)
- assouplissant
(molécules de douceur en flacon)
- lessive
(laver le linge sale, c’est toujours d’actualité)
- encre violette
(ma plume est vide parfois)
- boites haricots verts et petits pois
(pour les restos du cœur)
- nettoyant lunettes
(des fois j’y vois plus rien)
- dentifrice
(pour le sourire hypocrite)
- bouquet de fleurs
(caresses colorées et reflets sur la table)
- débouche siphon
(pas pour la cuvette politique, c’est bouché depuis longtemps mais pour la mienne au cas ou)
bon je suis sur que j’en ai oublié, allez en route vers l'enfer…
28 septembre 2142
je m'appelle Voïdec Roukov, je suis le chroniqueur du sultan des Indes, je vous écris du ventre de l'éléphant, cette créature issue de l'imagination de savants fous au service du rêve
laissez-moi vous conter la quête éternelle de mon Maître, hanté depuis si longtemps par le visage de cette petite fille, nos errances dans le temps et l'espace
et puis cette retrouvaille furtive un soir de juin,
il y a un an
allez, reprenez vos yeux d'enfants, venez avec moi
quand la démesure devient enchantement...
compagnie : Royal de luxe musique : les Balayeurs du desert
filmé et monté en juin 2005
suite du texte « le mur »
Samir est debout, il longe le mur, scrute les graffitis qui l’habillent comme des cris silencieux en couleurs de révoltes
Samir a peur, toujours, il repense au père de son copain Elias, lambeaux épars, néant de mort, miettes palpitantes au noir du bitume, pourquoi ? il se rappelle les palabres des anciens et leurs discussions animées en ce mois de janvier, voter pour qui, pourquoi, sortirons-nous un jour de ce cloaque de violence et de guerre ?
tiens voilà Elias justement, assis tous les deux, ils regardent le portrait déchiré du vieux lion, ce sourire de diplomate aux yeux de combattant, Samir ne sait pas la différence entre le Fatah et le Hamas, il sent la haine monter en même temps que le désespoir mais l’un ne va pas sans l’autre et les vieux disent qu’il faut en finir,
Samir ne sait pas qui sont les Frères musulmans ni même qui est Mahmoud Abbas
on a voté aussi de l’autre coté du mur, Sharon le guerrier fatigué désormais silencieux remplacé par Ehoud Olmert au sein d’un parti qui se veut plus centriste
Samir connaît-il le Likoud et Kadima, sait-il leurs différences ? sait-il ce que c’est que le partage unilatéral ?
avec Elias ils sont allés voir les oliviers de son père, au check-point on les connaît et on les laisse passer, deux gamins de douze ans, les pieds qui traînent dans la poussière
à l’hôpital, il paraît que ça va mal, il n’y a plus d’argent pour payer les médecins et acheter les médicaments, on dit que les autres pays ne veulent plus les aider à cause du Hamas
au loin la voix de l’imam qui semble traverser le mur
cet étrange mur de lamentations, d’incompréhension
Samir caresse le tronc de l’olivier, partagera-t-il un jour ce fruit d’amour avec le voisin ?
ce texte est dédié au Rabbin Michel Serfati
(pour son action au sein des banlieues et son bus de l’Amitié Judéo-Musulmane)
du code noir (Colbert 1625) ou l’homme est classé comme «meuble», au 27 avril 1848 ou l’abolition française de l’esclavage est déclarée (dans les colonies), de la pseudo repentance à l’hypocrisie d’aujourd’hui, il n’en reste pas moins que le plus grand génocide de l’histoire humaine fut celui des noirs
juste une phrase
pourquoi suis-je si belle ?
parce que mon maître me lave
Paul Eluard / Capital de la douleur / Les petits justes / II
musique : Armstrong / Claude Nougaro
aujourd’hui, journée internationale pour la liberté de la presse
63 journalistes et 5 collaborateurs des médias ont été tués en 2005, on recense aussi 807 interpellations et 1 300 agressions ou menaces dont ont été victimes les reporters de par le monde (source : R.S.F.)
plus de morts en un an que vingt ans de Vietnam, d’Afrique, d’Afghanistan, ou de Koweit
et puis l’atteinte discrète, celle des démocraties, sournoise et répressive
aujourd’hui, journée de la liberté de la presse
on vire Karl Zéro et son émission : le vrai journal
visible en clair, pertinente et impertinente
l’avant dernier restant de la liberté d’expression
à quand les guignols à l’échafaud ?
on remplace le sourire incisif aux lunettes noires et chaussures jaunes par la plastique policée format TF1 de Laurence Ferrari, je n’ai rien contre la journaliste, je subis béat et figé la lente dégradation du non conforme, ces interdictions, ces formatages vers la pensée unique, c’est peut-être pour le tutoiement ou les questions dérangeantes qu’ils te virent Karl mais c’est certainement pas pour une éthique de la pluralité et de la liberté
pour un si petit texte je l’ai écrit souvent liberté, vous trouvez pas ?
comme une douce mélopée
ta voix m’insuffle le tendre et l’attendre
ils se penchent sur toi
austères et mécaniques
tellement absents à tes souffrances
ils vont t’ouvrir le ventre
c’est ta vie contre la mienne
ils te le répètent sans cesse
dans ce couloir monacal
au blanc macabre
comme devin aux affres du monde
je ne veux pas la lumière
si chaud, si bien au creux de tes entrailles
si près de ton cœur
dix jours de retard
je n’ai plus de visage ne suis que forme
ils me cacheront à toi
et te laisseront pantelante et avide
comme un cri de rage
ta voix m’offre la voie
errant désabusé, bouffi d’artificiel
égoïste et perdu
et ta main tendue
qui m’extirpe du cloaque
je crains toujours la lumière
attiré tellement
aux abysses de l’illusion
je sens ton cœur
et tes peurs au travers mon cœur
je t’aime et ne te le dis pas
les mots, les tiens, les miens
substitués au langage
on se cachera tous deux
torturés et si vides
comme un chant susurré
ta voix me nourrit
tu as donné la vie
et moi j’ai tué
je puise en ta main et tes yeux
cet amour salvateur
je m’agrippe à ce cordon de chair
notre cordon, celui du sang et de l’amour
celui de mon besoin et de mon manque
de toi
ou est la lumière ?
c’est toi, toujours, pour toujours
ce café aux prémices d’aurore
et nos bras confondus
toujours cachés, toujours
ou donc est cette chaleur limpide ?
comme une ode partagée
ma voix comme prélude
ils se penchent sur toi
à l’affût de ton souffle
cette balafre à ton ventre
ma signature de tourments
tu ne me vois plus
tu perds la lumière
tu vas me quitter
je peux bien serrer ta main
et te dire des mille «je t’aime»
ta substance de vie
s’éloigne et s’estompe
je te perds
et me perds avec
mon socle, mon refuge
ils t’ont ouvert le ventre
pour me laisser naître
c’était un deux Mai
et c’est la première fois
que j’ai pas mon baiser
à Maman


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