doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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je la voyais dans la demi pénombre, son corps convulsé se tordre et ces plaintes longues et gutturales comme sorties du ventre de son âme parfois elle tâtonnait prenait le gobelet de plastique près d’elle et le trempait dans la casserole qui lui servait de fontaine et de crachoir, puis elle retombait lourdement, essayait de se couvrir en tirant les lambeaux de laine effilés qui lui servaient de couverture, c’était la nuit dehors toujours la nuit, le jour lui était un vague souvenir avant que les méandres bleutés de ses yeux n’éclatent en filets rougeoyants et n’aveuglent sa vue et son cœur, sur la planche posée sur deux briques et qui lui servait de bibliothèque je voyais les livres et les univers qui m’avaient fait me rapprocher d’elle, Ginsberg, Burroughs, Rimbaud, Watts, Gandhi, j’avance, je tâtonne, plus que deux piles, demain plus de musique, elle se crispe à nouveau, elle se cabre se tourne de moitié et sans même me deviner, elle vomit une bile cramoisie et cherche avec maladresse à ouvrir sa chemise comme pour happer le souffle nourricier qui la délivrera de cet asphyxie programmée, je rampe doucement, m’approche d’elle, attrape le petit magnéto et quelques cassettes et cherche sa main, dis tu m’entends, je suis là, je t’abandonne pas, tu m’entends ? à peine le ressac indigent d’une respiration en rade, je la voyais avant le venin, je la désirais, elle était lumière, plaisir, embruns de jouissance inondant mes errances, étoffe d’abandon au creux du vertige, plaisir encore, avant d’échouer aux abysses de ce squat comme cathédrale de souvenirs et prélude de linceul, je suis là, je te quitterai pas, un peu de bave moussante aux commissures des lèvres comme réponse ou sourire, avec peine je change la musique, tiens je te mets Janis je sais que tu l’aimes, tu lui ressembles tellement, j’ai froid dans ce corridor, ce putain de sas qui va te prendre je le sais et moi témoin amorphe et muet, je la voyais gravir ou descendre cet escalier de mort avec tous ces bouquets d’artifices perlés désormais comme horizon, je te vois encore nous battre avec la hargne du manque, piétiner tout l’amour, assoiffée de vide et de vite, je me penche vers toi, j’écarte le tissu, je veux ta peau même si elle ne frissonne plus, avec mon doigt je redessine tes aréoles, les imagine vibrantes et de soleil, j’y pose mes lèvres, tu bouges, tu as bougé, oui parle moi, ta bouche emmurée se tait juste un battement de paupières comme langage testamentaire, non me laisse pas, me laisse pas, j’ai senti ta main tenter l’ébauche d’une étreinte, d’un serment, j’ai senti aussi ce grand froid venir te prendre et m’arracher de moitié et là sur le plancher, cette seringue, cette cuillère, tes instruments de fuite…
musique : Janis Joplin / kozmic blues / in concert
tu vois Michel, aujourd’hui ça fait 20 ans
tu fais quoi là haut, dis ?
tu tapes le carton avec Desproges, Ferré, Jean Yanne, Devos, tu pleures sur notre devenu ou tu te marres comme un malade devant le policé et le conforme qu’on nous fait bouffer désormais
tu crois qu’ils te laisseraient encore parler les Sarko, Raoult, et autre Mariani ?
quand t’as vu que ça cramait dans les banlieues en novembre, karcher, racaille, lacrimos, matraque, tu le savais, tu l’avais dit, Montrouge c’est pas si loin
les flics tu les aimais pas, si tu savais maintenant, déjà à l’époque, tu les dénonçais :
Procès.
Des jeunes dans le collimateur. Un policier est jugé à Bobigny pour le meurtre d’un adolescent de 17 ans. Un officier de paix, je ne sais pas si le terme est exact, en tout cas on les appelle encore comme ça, comparaissait hier pour homicide involontaire, ça s’appelle. C’est-à-dire qu’on part du principe qu’un flic qu’a sorti son arme pour tirer sur un jeune qui court, a commis un homicide involontaire. Alors je voudrais savoir quand est-ce que ça devient volontaire, moi.
Le samedi 10 juillet 1976 vers une heure du matin, les policiers de Saint-Denis sont appelés place du 8 mai 45, déjà c’est un nom de guerre, pour disperser une bande de jeunes gens qui avaient attaqué un autobus de la RATP, ce qui est très mal, il faut bien le dire. Bon. Sur les lieux, les policiers ne trouvent personne. Ils se dirigent alors, mécontents d’avoir trouvé personne sûrement, vers la place du Général Leclerc, un autre nom de guerre, où se trouve une fête foraine, et interpellent un groupe de huit adolescents.
Qu’est-ce que t’aurais fait toi, Robert Willard, qui n’est pas jeune gens de Saint-Denis la Plaine? Tu serais resté, toi ? Je ne le crois pas, je ne le crois pas. Ils affirmeront plus tard qu’ils ont pris peur parce qu’ils n’avaient pas sur eux leurs papiers d’identité. Moi, personnellement, Coluche ancien comédien, j’ai passé deux heures, c’est-à-dire le temps qu’il a fallu au mec pour écrire trois PV, parce que j’avais pas mes papiers. J’ai dû prouver que c’était moi Coluche, t’as qu’à voir que vraiment le mec il a pas la télé.
Ils s’enfuient donc et c’est le commencement de la poursuite.
« Au carrefour, explique à l’audience celui qui a tiré, j’ai fait des sommations pour intimider, j’ai sorti mon arme, j’ai tiré en l’air ». Donc le mec qu’est mort, à mon avis il était en l’air, ça arrive. Souvent quand tu cours, tu t’envoles, ça arrive souvent.
« J’ai rengainé en omettant de remettre le chien de mon pistolet en position neutre ». Ça y est, c’est nos amis les bêtes ! C’est la faute du chien. Sale bête, oh ! La sale bête ! J’ai vu les jeunes gens s’introduirent ? comment ? ah ! Non. J’ai vu les jeunes gens s’introduirent dans l’enceinte d’une école, j’ai à nouveau sorti mon arme, parce que dans une école, tout le monde sait ça : dès que vous entrez dans une école, si vous avez une arme sortez-là, on peut rencontrer n’importe qui.
« J’ai alors trébuché sur un petit grillage, c’est à ce moment que le coup est parti ». Mais faut jamais avoir vu un flic de sa vie pour croire ça !
La confusion des témoignages des policiers venus à la barre, hier, a accentué le malaise.
Attention : « moi j’ai été retardé au cours de la poursuite parce que j’avais perdu mon stylo a dit l’un d’eux ». Y en a un autre qu’a dit : « il a tiré la première fois en l’air mais j’étais trop loin pour le voir tirer ». « Et moi j’ai perdu mon képi », a assuré le troisième. C’est des maladroits, ces mecs-là. Le quatrième, c’est celui qui a tiré, lui il a perdu que son sang-froid, mais sans ça tout allait bien.
L’avocat général a réclamé deux ans de prison avec sursis pour l’homicide involontaire. Moi je dis que ce mec-là, il risque gros, le flic, là. Parce que, il est de Saint-Denis, si ça se trouve, ils vont le changer de commissariat, ils ont intérêt, à mon avis.
Si ça se trouve c’est un mec qui va se retrouver à Levallois et pour aller bosser, il aura deux changements !
et puis,
c’est dans moins d’un an, t’as pas connu la droite contre l’extrême au deuxième tour, un président élu à plus de 80% par un pays qui n’en veut pas, t’aurais même pas pu imaginer la chose et là à coups de psychoses médiatiques, ils remettent ça, ils se bouffent, leurs égos démesurés ayant oublié l’idéologie et le programme
Michel, tu fais quoi là haut, dis ?
tu nous plains, tu fermes les yeux pour pas voir ou t’écris la méga encyclopédie sur la comédie humaine ?
"Je veux être le candidat des minorités. Et les minorités ajoutées les unes aux autres, ça fait quoi ? Je vous le donne en mille Emile !. Ca fait la majorité !"
si tu savais Michel comme elles grandissent les minorités sans parler de celles qu’on expulse au sortir des écoles
allez, je lève mon verre vers le ciel « à la tienne enfoiré ! »
tous des pantins...
textes et photo empruntés ici
esquif ballotté aux rages écumantes,
fuir cette humanité avide et dévorante,
rien à dire parce que les mots sont vains,
mais dire quand même, y'a peut-être encore quelqu'un !
là bas au deçà du trait mordoré d'un horizon mouvant,
une île oui il le faut, toute d'amour, loin des tourments...
c’est un préfabriqué en banlieue de Kampala, ces pièces vides, synthétiques, aux couleurs sans couleurs, et c’est pourtant là, doucement, avec des peaux d’autres couleurs que l’éclat tente d’atteindre d’autres pupilles, l’éclat aux déchirures d’une balle ou celui d’un œil attentif ou aimant qui veut que la vie triomphe, loin des herbes rouges et fumantes,
- allez, dessine-moi un arbre, tiens, regarde je t’en fais un
il y a chez l’enfant un égarement tatoué au fond de l’être, il reste immobile, les yeux baissés, fixés vers on ne sait quelle horreur
- Kilama, dessine moi un arbre, s’il te plait…
je l’ai vu derrière mon écran de bienséance
l’enfant, certainement plus adulte que nous a treize ans
et lentement sans effacer ces plaies de douleurs et d’incompréhension, lentement, Kilama va parler, va laisser couler un sang d’une autre couleur, celui du silence soumis, terrassé, et du cri, du hurlement aux prises à l’impensable et l’inadmissible
ce jour là, l’enfant a neuf ans et dans son village la vie est difficile mais douce encore, et puis les rebelles sont arrivés, ils ont violé, tué, tué son père
ils l’ont emmené
Kilama, il est beau, ce visage aux couleurs brunes veinées d’ébène, ces yeux baignés d’albâtre, ces volcans de peau, témoins irrémédiables de violences subies
il a marché, longtemps, ils l’ont frappé pour qu’il continue d’avancer, ils l’ont gardé si longtemps, et là, un matin alors que du bout des doigts il raclait le fond de son bol, ils sont venus le chercher
- aujourd’hui tu vas nous prouver que tu es avec nous, on t’a nourri, protégé, à toi de nous montrer ton merci, tu dois être combattant aujourd’hui, tu es soldat, pour la cause
Kilama ne comprend rien, ne sait même plus si il a peur, ballotté au fond du 4X4 sous la crosse de la mitrailleuse, il observe le visage de ses hommes déjà perdus dans leurs excès à venir, et figé, porté de force, battu, toujours avancer, il revit le cauchemar qui le hante
ils entrent, habitat de misère, la mère, le bébé, tirent sur le petit et blessent sciemment la mère, ils sont cinq, se regardent, soudain le silence, non ils sont six
- eh Kilama, t’es des nôtres, viens ici, regarde-la, c’est une traître, allez fais ton devoir !
l’enfant a onze ans, que comprend-il lorsque hébété, mécanique, il prend la machette que le rebelle lui tend, il tremble, voudrait tellement être à mille lieux d’ici et de maintenant, maman ce pourrait être toi, avec ce sang qui coule, ce regard muet qui hurle et implore la vie
- allez, allez, tue-la, ou c’est toi qu’on tue !
par trois fois…
avec tremblements et lenteur, l’arbre naît sur la feuille, un arbre flou, presque transparent, aux branches de porcelaine et la cime voûtée, mais un arbre, tout à l’heure il est allé voir son copain, lui aussi, les rebelles, les frappes et l’indicible, un jour il leur a refusé, défi illusoire et naïf à la conscience humaine, ils lui ont coupé le nez, les oreilles et les doigts
je l’ai vu derrière mon écran de bienséance
Kilama, il est beau avec ses mots si simples qui nous giflent de sagesse et d’humilité et cette braise de mémoire cachée sous les paupières

ce texte est dédié à Kilama
plus de 10 000 enfants enlevés en Ouganda
près de 300 000 « enfants – soldats » dans plus de 30 pays, aujourd’hui
et la honte pour nous tous
et puis voir ici
musique : Petit / Bernard Lavilliers
photo : P. Colleu
... écrire
laisser une trace
avant que la nuit
nous efface...

même seul
et à personne
laissez-moi dire encore :
je t'aime
Ou l'amour est le plus aveugle, c'est quand le bandeau tombe de ses yeux.
En amour, il n'y a pas de plus affreux désastre que la mort de l'imagination.
George Meredith
oui, dire encore
je t'aime


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