doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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écrire, c'est offir, partager, les mots sont malléables et impersonnels et chacun peut les prendre et en jouer
ci-dessous le texte d'origine
sur la grève,
elle semble si frêle, cristal d’ombre, immobile,
avec au fond des yeux des élans avortés d’étreintes aux mugissements martelés d’un océan de sueur
le dernier chalut a saisi le port, s’est porté vers la jetée comme essoufflé,
elle a vu ces hommes titubants déposer leur maigre récolte sur un quai transpirant d’embruns et de vent et se fondre aux brumes assoiffées du roulis de l’ivresse
elle s’avance vers ce ventre mouvant ne relève pas sa robe que l’écume acharnée vient lui souiller en flocons de bave et gifles salées,
elle tend le bras, voudrait saisir ces confins d’horizon pour y cueillir l’esquif qui ne veut pas rentrer, et le chant du ressac comme unique prière
l’arc jaune du phare se cogne au rideau d’éléments, confondus, éperdus, gouffre de tourmentes et sirènes déchues
elle s’avance à nouveau et les flots égoïstes se jouent de sa personne, bouclier de chair, récif de vivant, elle laisse ce grouillement lui mordre les entrailles
sur la grève
comme des cercles d’étoiles, cadeau de l’océan
la brume qui se lève
et l’horizon tout blanc
et puis un matin, une autre version du texte déposée dans la boite à commentaires, même trame mais les mots s'échappent et nous emmènent ailleurs
merci Merbel pour cette sensuelle variation
Rêve fluide
Dans son rêve,
elle semble si frêle, cristal d’ombre, immobile,
avec au fond des yeux des élans affirmés d’étreintes aux mugissements martelés d’un océan de sueur
le dernier homme a saisi son corps, s’est porté vers la jetée comme essoufflé,
elle a vu ces hommes titubants déposer leur lactance sur ses quais transpirant d’embruns et de vent et se fondre aux brumes assoiffées du roulis de l’ivresse
elle s’avance vers cette lame rigide et mouvante ne relève pas sa robe que l’écume acharnée vient lui souiller en flocons de bave et gifles salées,
elle tend le bras, voudrait saisir ces confins d’horizon pour y cueillir l’esquif qui ne veut pas rentrer, et le chant du ressac comme unique prière
la colonne flamboyante du phare se cogne au rideau de ses éléments, confondus, éperdus, gouffre de tourmentes et extases déchues
elle s’avance à nouveau et les flots égoïstes se jouent de sa personne, bouclier de chair, récif de vivant, elle laisse ce grouillement lui mordre les entrailles
Dans son rêve
comme des cercles d’étoiles, cadeau de l’océan
la brume qui se lève
et le soleil miroitant
c'est l'heure des analyses, du voyeurisme, le sang derrière l'écran, les constats et les déclarations, les opinions, les fanatismes, c'est l'heure de l'horreur,
et ça il faut le dénoncer
tout peuple qui souffre doit mériter compassion et aide
je veux juste à ma modeste façon rappeler que l'on ne peut laisser mourir les hommes, les femmes, les enfants quels qu'ils soient
Paix :
Nom féminin invariant en nombre
1 - situation d'un pays qui n'est pas en guerre
2 - fin d'une guerre
3 - accord, entente entre personnes qui ne sont pas en conflit ou qui se sont réconciliées
4 - absence de trouble social
5 - tranquillité physique d'une personne vivant dans le calme, dans un lieu calme
6 - quiétude morale, sérénité
7 - caractère calme d'un lieu, d'un moment
© Encyclopædia Universalis 2005, tous droits réservés
chez Kalima
le coeur du Liban
la revue du Liban
c’était l’année 1968, petit banlieusard je traînais déjà mes rêveries au fond de la classe près de la fenêtre, la cour de récré ne mélangeait pas les gars et les filles et les livres étaient notre télévision
sur les murs fleurissaient d’étranges phrases :
l’imagination au pouvoir,
la dictature c’est ferme ta gueule, la démocratie c’est cause toujours !
la rue grondait, de la fac à l’usine comme un parfum d’utopie et le général balbutiait
cette année là Montand faisait de la bicyclette et Dutronc regardait Paris s’éveiller et puis de l’autre coté des mers, Joplin sortait son premier album, les Beatles un double blanc, les Moody blues rêvaient de nuit en satin blanc et les Rolling Stones enfin compositeur déposaient sur les platines une galette nommée Beggars Banquet
ce n’est que plus tard presque religieusement que je découvris le morceau phare du groupe, celui d’un meurtre à Altamont en 1969, celui qui accompagne leurs tournées depuis le début :
Sympathy for the Devil
S'il vous plaît, permettez-moi de me présenter
Je suis un homme riche et distingué
Ca fait bien longtemps que je rôde
J'ai volé l'âme et la foi à beaucoup d'hommes
Je rôdais déjà quand Jésus Christ a eu ses moments de doute et de douleur
Et je me suis assuré que Ponce Pilate se lavait les mains et scellait son destin
Enchanté de vous rencontrer, j'espère que vous savez qui je suis
Mais ce qui vous perturbe, c'est la nature de mon jeu
J'étais coincé à St Petersbourg quand j'ai vu que l'heure du changement était venu
J'ai tué le Tsar et ses ministres, Anastassia a hurlé en vain
J'ai conduit un tank et obtenu le grade de général pendant que la blitzkrieg faisait rage et que les corps puaient
Enchanté de vous rencontrer, j'espère que vous savez qui je suis
Mais ce qui vous perturbe, c'est la nature de mon jeu
J'ai observé ravi quand vos rois et vos reines
Se sont battus pendant dix décennies pour les Dieux qu'ils avaient fait
J'ai crié : "Qui a tué les Kennedy ?"
Alors qu'après tout, c'est vous et moi
S'il vous plaît, permettez-moi de me présenter
Je suis un homme riche et distingué
Je tendais des pièges aux troubadours
Qui ont été assassinés avant d'atteindre Bombay
Enchanté de vous rencontrer, j'espère que vous savez qui je suis
Mais ce qui vous perturbe, c'est la nature de mon jeu
De même que tous les policiers sont des criminels, tous les pêcheurs sont des saints
Et pile est face, appelez-moi simplement Lucifer
Car j'ai besoin d'une certaine modération
Donc si vous me rencontrez, soyez gentils
Soyez aimables, attentionnés, conduisez-vous bien
Servez-vous de l'éducation que vous avez reçue
Sinon je perdrai votre âme
Enchanté de vous rencontrer, j'espère que vous savez qui je suis
Mais ce qui vous perturbe, c'est la nature de mon jeu
on était bien loin de la chansonnette guimauve, les Stones par ce titre marquait le début de leur légende, celle d’enfants maudits, rebelles
les années sont passées et le Diable est resté, on dirait même qu’il fait de plus en plus d’adeptes, quand aux Stones, ils arrivent, 38 ans plus tard avec le même chant et le message est hélas toujours d’actualité
écoutez, regardez, la vidéo qui suit est sauvegarde d’une époque ou la liberté de dire et d’être existait encore
Vidéo extraite du Rock And Roll Circus / enregistré le 11 décembre 1968 / inédit jusqu’en 1996 / sortie DVD 2004 – montage graphique et remix sur cette version
Merci à Serge pour la traduction

la nuit, je le sais
ils murmurent
ils ne sont pas l’homme singé
apparat de comédie
miroir d’ornement
non,
ils ont fait la route avec moi
au fond de mon sac
et de mon cœur

ils vivent ici
dans mon antre
ils portent leurs histoires
les traces de mains
de ceux qui les conçurent
la nuit, je le sais
ils susurrent

dialecte du fond des jungles
incantations divinatoires
reflets chantants au marbre des canaux
mélopées douces au creux des temples
fragment d’être et de croire
parfois, je le sens
ils me sourient

ils ne sont pas stuc, bois poli, argile, pierre, métal
non
juste peau d’hommes
visages du monde
porteurs d’âme

la nuit, je le sais
ils m’appellentje fermerai tes yeux
au champ des assoiffés, j’irai tordre la terre
et elle te reniera
les fleurs de pluie que je détrousserai
suffiront pour avorter les flammes
je fermerai tes yeux
puisque se furent les miens
de nos reflets brisés
je détruirai les liens
momie clouée aux échos de chagrin
je fermerai tes yeux
fulgurance du demain
et puis main retrouvée aux sources du lactée
j’irai crier l’étoile
et elle te reniera
je fermerai tes yeux
aux aboiements hirsutes
et glauques des humains
je ferai taire l’onde mièvre des matins
et leurs mots voletants papillons d’incertain
viendront choir en nos corps
loin de tout, loin de rien
je fermerai tes yeux
puisque se furent les miens
je nous enfermerai au dedans de nos ruines
petites perles de sang
desséchées, confondues
au temps blême qui passe
nous resterons statue
je fermerai tes yeux
je n’ai plus rien à voir
à voir et à aimer
ombre de l’ombre, j’attendrai par dépit
qu’on vienne me renier
la ville suintait, des coulées de lumière ocre serpentaient sur les façades, les pétunias, corolles flétries ne flirtaient plus avec les géraniums, un tapis prématuré de feuilles desséchées nappait les trottoirs ou tourbillonnait follement aux passages des véhicules
le temps paressait, des paquets de silhouettes silencieuses se dissolvaient mollement aux arcs des bâtis et toujours ces effluves d’égout et de pollen
je marchais, observateur et absent, je savais ce poids aux épaules et au ventre autre que celui de cette moiteur estivale
avais-je un but, un désir blotti au creux de mon errance ?
une mouette rieuse perchée sur le gris brûlant d’une gouttière me guettait, observatrice et absente, je la sentais complice presque compassionnelle, j’ai souri, j’ai chuchoté
aux pavés de la ruelle qui menait au parc, de gros scarabées bleus filaient aux entrelacs de pierre, de lourds papiers gras frissonnaient comme d’étranges draps au caniveau, un fruit éventré s’offrait, agonisant aux essaims affamés
je marchais sans même l’écho de mes pas, je sentais ce temps comme figé ne jamais desserrer son étreinte dansante, observateur et absent
j’ai trouvé un banc et m’y suis assis que pouvais-je faire d’autre ?
j’inventais une bruine, un crépuscule clairet, le jus éclaté d’une framboise aux hérissements papillaires, la marque d’un baiser en taches luisantes sur l’onde de chair
- fiches le camp, bonne à rien, tu nous fais honte
les stridences hystériques et possessives d’une mère par erreur, l’approbation béate et soumise d’un père par erreur, une petite fille sortie de derrière le bouquet de spirées et de tamaris est allée s’asseoir, visage baissé et poings serrés sur un autre banc
les ramures se refusaient à transmettre ce ressac d’affligeante violence, une libellule ou une fée a traversé mes yeux de son vol éthylique et s’est posée discrète face à l’enfant, observatrice et absente , complice presque compassionnelle
une mèche furibonde s’est collée à sa joue, engluée de sueur et de larmes et puis de refus et de promesses, celles enfantines à ne jamais être identique au géniteur
je me suis levé, me suis approché, me suis assis au bout du banc, au bout d’une vie, au bout de cette détresse que j’aurais voulu arracher aux épaules trop jeunes et fragiles de ce cocon si mal ouvert aux dérisions mauvaises des semblants d’hommes
moi aussi le sel sous les cils, libellule, mouette rieuse ou êtes-vous ?
des frissons de banquise comme oripeaux dermiques, j’ai senti l’aura de son regard me traverser, se poser, chercher mon âme, crier en souffles muets, croire encore, complice presque compassionnelle
une brise peureuse arrache la mèche au chagrin et à la peur et nous ôte à tous deux un peu de lourd et de subi, un crapaud brise en ondulations alanguies l’éclat lisse du lac
là, sur ce banc de silence, portés, transcendants aux spirales cramoisies
nous deux, observateurs et absentsje suis souvent surpris à la lecture de certains blogs, d’y déceler une idéologie de la liberté d’expression mais d’y voir « fleurir » parallèlement le logo du copyright et la publicité, pour je suppose avoir un signe de reconnaissance et de revenus face à ces créations
mais ne sommes-nous pas éphémères et notre besoin d’expression n’a-t-il d’autres raisons d’être que celles d’être vu et partagé ?
connais-t-on l’auteur des fresques khmers d’Angkor ou des figurines Massaï sorties de la glaise ? et puis que l’on soit Michel-Ange, Einstein, Luther King, Spielberg, Lautréamont ou un simple bloggeur anonyme, notre dessein n’est-il pas de servir l’humanité ? si modestement soit-il…
Malraux, Hossein, Savary voulaient faire descendre l’art dans la rue, gratuitement sans élitisme ni droit d’auteur, juste pour ouvrir ou garder un temps soit peu de conscience universelle…
c’est dans cet esprit de culture/ propriété de chacun que je fais le lien entre ces artistes de rues et notre écran d’ordinateur, puisse cette petite promenade vous surprendre et vous plaire

Du fond de cette caverne qui fascine, les artistes anonymes, effacés de Lascaux nous invitent à nous souvenir d’un temps ou les êtres humains ne se voulurent de supériorité que sur la mort.
G. Bataille 
Rien ne nous empêche de dire que, comparée à la réalité, l’apparence de l’art est illusoire ; mais l’on peut dire avec autant de raison que ce que nous appelons réalité est une illusion plus forte, une apparence plus trompeuse que l’apparence de l’art. Hegel

L'Art est long et le Temps est court. Baudelaire

L'oeuvre d'art naît du renoncement de l'intelligence à raisonner le concret. Camus

L'art est toujours le résultat d'une contrainte.Croire qu'il sélève d'autant plus haut qu'il est plus libre, c'est croire que ce qui retient le cerf-volant de monter, c'est la corde. Gide

Au fait, tout cela est inutile. La grande affaire est de vivre, de vivre par l'imagination et la poitrine, de savoir, de jouer. L'art est un jeu. Tant pis pour celui qui s'en fait un devoir. Max Jacob

toutes ces œuvres sont issues d’un lieu de liberté d’expression ou l’espace est à tout le monde et la créativité encore tolérée
merci à tous ces créateurs
(la Briqueterie / Amiens)
9 juin 1969
les Rolling Stones expulse Brian Jones du groupe, guitariste et fondateur
3 juillet 1969
Brian Jones meurt,
5 juillet 1969
Londres, Hyde Park, Mick Jagger s'avance un livre de Percy Shelley à la main et devant quelques 500 000 présents, se met à lire :
Silence, silence
Il n'est pas mort, il ne dort pas
Il s'est réveillé du songe de la vie
C'est nous, qui perdus dans des visions orageuses
Menons contre des fantômes une lutte stérile
Et, dans une transe maladive, frappons du couteau de nos esprits
Des riens invulnérables
Nous pourrissons tels des cadavres en un charnier
La terreur et le chagrin nous bouleversent
Et nous consument jour après jour
Espérances glacées fourmillant tels des vers dans nos chairs
L'Etre unique perdure, la multitude ne fait que passer
La lumière du ciel pour toujours luira
L'ombre terrestre s'envolera
La vie, tel un dôme multicolore
Teinte l'éclat blafard de l'éternité
Jusqu'à ce que la mort la réduise en miettes
Meurs
Et si tu dois rejoindre ce à quoi tu aspires
Suis le cours de tout ce qui fuit
10 juillet 1969
inhumation de Brian Jones
Percy Bysshe Shelley / poète / (1792-1822)
Brian Jones / guitariste / (1942-1969)
Portrait de Shelley / Curran / 1819
à voir : the Stones in the park


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