doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
--------------------


avance, vois cette terre d’odeur, capricieuse et sereine
elle se joue de toi
avance, sent comme elle te mange, les chevilles et l’âme,
l’humus,
en tapis d’existences oubliées
le foyer et son essence âcre de tourbe
elle essuie en silence le comptoir
tandis qu’une voix s’élève d’une banquette usée
son pote édenté laisse des serpents d’harmonica
pour flirter avec le timbre rauque
qui fait se taire même les plus remuants
comme un dernier souffle
ce chant testamentaire du tréfonds des révoltes
avance, vois ce ciel comédien qui fait l’horizon crâneuse
aux sentes traversées de troupeaux
avance, plisse les yeux aux éclats
des veines argentées vomies de la montagne,
le ciel,
en pénombres languissantes se couche sur la roche
les ocres crépusculaires tapis au fond de la chope
et des rides hilares qui dessinent d’autres monts
là, les brumes de la côte
et leurs chimères toutes accoudées au bar
avance vers l’ailleurs et laisse-toi disparaître
tous ces regards de nuit vont t’aider à renaître
une croix sur la plaine, tatouage de pierre
nimbée d’accords d’une harpe solitaire
abandonne aux presque morts
ces luttes ancestrales tapissées de sang
et d’étreintes fraternelles
l’épée et le fusil fondus au fond de l’âtre
la grève balayée d’embruns folkloriques
cette rousseur hérissée si tendre et sauvage
la terre,
en gardienne précieuse et impudique
et des vagues tueuses qui s’ébrouent et martèlent
qui façonnent le courage et puis aussi la peine
ce trèfle conquérant, porteur de mémoire
avance, regarde ces ruines ancestrales
peut-être portent-elles nos futurs stigmates
on façonne, on détruit et la glaise
silencieuse et témoin, recueille et panse nos plaies
sur l’aride ou le marécage
une cornemuse égarée égrène le fil du temps
avance vers l’ailleurs et laisse-toi disparaître
tous ces regards de nuit vont t’aider à renaître…

juste un peu te caresser
sentir aux reflets de nos naïfs étourdissements
ton tissu de chair qui frissonne et qui ment
qui voudrait s’abandonner
oh ma bouche à tes crevasses moites
mes iris percés et leur suave liqueur
laisse tes larmes d’aurore
et moi toutes mes ombres de peur
cet inconscient stérile aux apparats de ouate
juste t’effleurer
cheminer à tes courbes, ton abandon voilé
et puiser en ton toi ma substance à subsister
la sueur et ma langue découvreuse
crever la nuit, arrogants et saturés
je cueille la couleur éphémère
de luxures craintives et d’oublis salivaires
donne-moi tes seins
laisse-moi errer aux arches de tes cuisses
de ça je me console aux aveugles palpés
à ne pas oublier, ces râles à la criée
juste un peu te toucher
nos dedans apprivoisés, te boire, te sucer
chercher comme l’ultime refuge
deux ombres sur le mur
ma belle
donne-moi l’errance et la quête et ce goût de source
et encore et encore
et toujours…
musique : saez / clandestins / debbie
écoutez, c'est la suite...
s’il vous plaît
allez, prenez quatre minutes
ne tendez pas le bras pour effleurer la ramure
ne cherchez pas l’impensable
aux pupilles de l’autre,
humez l’haleine du voyageur
potion de continents
touillée aux ébullitions
d’un monde sans âme
la voix se fait cristal
et l’instrument soutien et trace
bon, vous êtes derrière le clavier
et l’écran,
fermez les yeux
s’il vous plait
juste pour être ensemble…
et rêver…
le site
Loreena Mc Kennitt / the mystic dream / Nights from the Alhambra / 2006
le samedi 8 septembre de cette année 2007, Jean François Bizot est mort
à l’heure ou le média tend la gueule pour qu’on le muselle,
ou le politiquement correct bave de toutes les bouches
le défricheur de l’underground et de la contre culture s’en va pour une autre route
je me souviens d’Actuel première mouture, ses récits déjantés, le cours de la barrette de shit et ses dessins à la Crumb, il s’agissait alors de n’être que soi même, libre et créatif, freaks, hippies, techno et prémices du rap pouvaient s’y exprimer et puis en pleine gloire, Actuel se saborde pour renaître d’une façon plus glacée mais toujours aussi libre et puis les almanachs, véritables voyages aux confins d'autres pensées
pas envie d’en écrire plus, les habitués de cet espace savent que l’ombre de l’homme revient souvent au travers mes mots…
la révolte lucide s’éteint doucement dans le silence tapageur d’un monde castré
t’as certainement rejoint Baudelaire, Hendrix, Kérouac…
merci Jean François, pour le rêve et l'autre culture
je sens la main balayer en semeuse aveugle cette ombre d’ouate
au travers le volet, l’écho du chargement des bennes sur le camion
et la main qui tâtonne
ici pas de bouteille de lait au seuil des portes
ou de bols de riz à des moines oranges au sourire béat
le compteur qui grésille
et la couche glacée de solitude
peut-être
la moiteur peureuse du fond des jungles aux abysses du drap
tous ces cris étouffés accrochés à la glaise
je tire la main vers l’appui potentiel
ici l’intemporel, l’édredon du fantasque
un chien aboie qui crève les murs de la métropole
toute cette brume
et la main qui cherche
des paquets de temps chutent des remparts
un soleil flasque déformé aux vitrines
et les naseaux fumants d’égouts nauséabonds
sur ces trottoirs liquides, reflets de nos boitements
j’aperçois l’insipide de nos leurres et manquements
ici le frissonnement des dermes effleurés
les promesses chuchotées et cet abandon furtif
qui fait de l’autre une nécessité
peut-être
toute cette brume
je fais la main qui touche, qui palpe l’élément
on est tous tellement les yeux crevés, aveuglés de nous même
un peu beaucoup passionnément
des écharpes lascives tissent leurs méandres
l’info comme des minutes qui observent l’enfoncement
et la main qui caresse, les bouches qui se touchent
accouché de l’étoffe, du cocon sensoriel
je me hisse vers le bruit
les regards formatés, les mots de circonstance
une peau de froideur s’enroule et puis m’enserre
ici l’indécent de l’être parallèle
toute cette brume
oui lave-moi, ôte toutes ces souillures
laisse-moi juste les rides
celles gravées en cicatrices d’argile et de silex, des sillons d’infortune
gynécée de labo aux graines mutilées
et celles du miroir comme l’unique escalier
peut-être
je tends la main, l’offre à l’étreinte et au recevoir,
et verse silencieux le café dans le bol

Moi je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches.
Léo Ferré


visiteurs se sont posés ici, merci