dans l'armoire

sommes-nous ?

si tu ne hurles pas

personne ne croira

que tu as mal

 

 

 

 

 


quelques images

doucement ouvrir...

...l'espace de ce lieu,
de l'amour :
viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs :
la louve, Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent :
tout seul, matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades :
une rencontre, un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique :
lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe :
montségur, enfants du pire, jungle de sang,

entrez, vous êtes ici chez vous...


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Vendredi 25 novembre 2005
plus loin et qui résonnent au travers les couloirs vides et froids du prieuré, Pierre écoute les prières du soir que les moines chuchotent avant le sommeil
assis sur sa couche il n’a pas pu les rejoindre, l’âme est vive mais le corps agonise, ce corps mutilé de trop d’amour et de l’intolérance des hommes
en ce 2 avril 1142 la mort ne veut plus attendre celui dont les idées firent trembler Rome, celui dont l’amour défia les institutions
Pierre n’est pas las, il laisse la pensée et la passion fusionner en un ultime bouquet flamboyant, tout imprégné de souvenirs
Héloïse mon aimée, depuis si longtemps séparée et pourtant si proche, que deviens-tu dans ton couvent d’Argenteuil ? As-tu des nouvelles de notre fils Astrolabe ?
c’est l’heure ou le temps remonte des abysses du cœur ou le passé étend une toile de clarté aux yeux du fatigué comme un dernier spectacle, épilogue d’existence
 
Pierre se rappelle, elle était douce l’enfance près de Nantes, les nuits tout contre l’âtre à découvrir en lueurs rougeoyantes les premières pages de la connaissance, ses précepteurs prenaient plaisir devant une telle avidité d’études et Pierre doucement se bâtissait en philosophe
il prit la route et de landes en calvaires, de sentiers en voies pavées il arriva aux portes de la capitale
Héloïse ma douce savais-je à ce moment l’imminence de notre rencontre, pouvais-je imaginer les délices et les paysages qu’avec les courbes laiteuses de ta peau j’allais découvrir
Pierre ne savait pas que Paris l’attendait, ses longues nuits passées avec Platon et Aristote ou les doutes l’emportent sur l’acquis l’avaient transformé en apôtre de la scolastique
d’élève il devint professeur et ses maîtres s’inclinaient à terme pour lui laisser leur chaire
le mont Sainte Geneviève ou il professait devint un haut lieu du savoir, on se pressait de toutes régions de France et même l’archevêque de Paris venait s’instruire de sa dialectique
 
et puis un soir, là ou le crépuscule insuffle une torpeur reposante et nourricière on manda sa présence, Pierre se souvient du chanoine Fulbert et du besoin pressant et tenace qu’il avait de le prendre comme précepteur au service de sa nièce et Pierre accepta
Héloïse ma toute belle, ma tendre, peut-on nous condamner de délaisser le savoir de la science au profit de celui de l’amour, de préférer le touché de ton sein à celui du carton des livres ? notre alcôve est un temple, nous sommes nous même les prêtres et les sacrifiés, nous fouillons aux confins des voluptés l’invisible osmose et le matin naissant, nos corps transfuge rient devant les manuels refermés
mais la rue sait tout, les quelques lettrés tenant du savoir livrent au peuple leurs ragots mensongers et le sage succombe, il a trahi, il n’est plus l’icône écoutée, il n’est qu’un faible comme tous et soudain tout s’écroule
Pierre ma source, mon fort, il faut que je te dise, notre amour est porteur
le fruit peut-être de deux écorchés, marginaux au contexte
les rumeurs de la rue, Pierre s’en souvient, il remonte la lourde couverture de laine pour mieux s’isoler, se protéger, se préparer…, ou sont les ouvrages, ce chemin d’idées, cet aura si lumineuse dans ce siècle de ténèbres
Pierre fuit, il emmène Héloïse en Bretagne chez ses parents, il faut protéger cet embryon de vie face à la vindicte intellectuelle, on ne peut donc aimer et penser en même temps, ce racisme idéologique, exacerbé, que manipulent sournoisement les hommes de pouvoir et d’église
 

la nuit recouvre le prieuré, le silence a fait place aux murmures de la prière, Pierre caresse doucement le bois poli du chevet, des bribes d’images au fond des yeux
Héloïse ma mie, je dois retourner à Paris, reprendre mes cours, je serais prudent, prends soin de toi ma dulcinée, ma tendre, je t’aime, et je ne puis accepter ton refus de m’épouser, la philosophie serait-elle incompatible avec la passion ?
et les noces eurent lieu, en catimini au tréfonds d’une chapelle de campagne
amour maudit, rejeté, Fulbert au retour de Pierre prépare sa sordide vengeance
et puis cette nuit d’horreur, des hommes sont venus qui lièrent le corps de Pierre à même son lit et dans une débauche sanguine et douloureuse, ils émasculèrent le malheureux
la rumeur change et perd la mémoire, le martyre de Pierre transforma ses accusateurs et de nouveau le temps vint ou l’on écouta cette âme humiliée
Héloïse, ma pure, mon aube, j’ai élargi mon questionnement et cherche dans le creuset de la théologie d’autres réponses, d’autres logiques, et cette année de grâce 1121 ne présage rien de bon puisqu’ils me traduisent devant un concile à Soissons, et me forcent à brûler mes livres, mes raisonnements bousculant leur dogme
tu me manques mon aimée et je n’ose t’imaginer dans l’austérité d’un couvent
 
Pierre a froid, il sent le souffle glacé de l’au-delà le pénétrer doucement
d’errance en errance, de bourgs en bourgs, il va continuer cette quête insatiable de plus en plus humaine et platonique, distillant le fruit de ses douleurs et de ses craintes
mais la bien pensante hiérarchie s’acharne et ne tolère d’autres voies que celles qui la servent
Pierre est jugé comme hérétique et même le pape Innocent II se refuse à le voir, c’est l’époque ou les croisés piétinent Jérusalem ou tapis dans l’ombre de leurs prétoires, les inquisiteurs se préparent à semer un vent de supplices au sein de l’Europe
Héloïse, ma belle, je vais partir, quitter ces affres existentielles, trouver peut-être la sérénité et la plénitude, Héloïse mon unique notre amour vivra, au deçà du temps et des idées,
je t’aime, je t’aime…
vingt ans passèrent avant qu’Héloïse ne rejoigne l’autre coté, et la chronique raconte que portée au tombeau lorsque l’on ouvrit le cercueil, Pierre tendit les bras pour accueillir son amante
Jeudi 24 novembre 2005

rap

200 élus (élus de qui, pour quel programme ?) demandent une grande réflexion pour condamner les textes des groupes de rap qui seraient la cause des « émeutes en banlieue » et vont convoquer les grands groupes pour s’expliquer sur la teneur de leurs écrits, incitant d’après eux à la haine et la violence (source Europe 1 le 24/11/05)
c’est bien messieurs les encravatés, alors mettez en tôle : Jim Morrisson, Jagger, Brel, Ferré, Marley, Dylan, et tellement d’autres…et je ne parle pas des grands philosophes
non seulement vous n’avez aucune idée de la réalité mais vous voulez transformer votre microcosme en généralité
continuez, vous avez raison, vous êtes en train de construire la grande révolte, celle de tous les lucides, de toutes les couleurs (vos quotas à la con), et de tous ages
 
au travers vos pseudo amendements, quelle honte d’être gouverné d’une façon aussi primitive et décalée
non seulement vous ne nous donnez pas la parole mais vous voulez contrôler l’écriture, mais qui êtes vous, pour qui vous prenez vous ?
c'est vrai que chanter : "qu'un sang impur abreuve nos sillons" est beaucoup plus pacifique !
ami rappeur, rajuste ta casquette et prends ta plume, y’a du boulot !
Dimanche 20 novembre 2005
le flot ramène sur la grève sa bave moussante, avalée aux grains de sable ou disloquée sur la roche
et le vent parfois pousse cette écume jusqu’à la terre, petits paquets spongieux qui sèchent et se ternissent
ce ressac incessant qui martèle les jours et les nuits, ce grondement pathétique qui en appelle à l’homme et aux mystères des profondeurs, les gardiens de la côte le connaissent bien
ils gardent en secret les silhouettes confuses qui naissent des vagues, s’habillent d’embruns et disparaissent l’aube venue
en sommes-nous de ces marins aux visages de pierre, fragiles esquifs bâtis de temps et de souffle
et puis il y a le phare, son trait jaune qui balaye la cote qui dévoile furtivement d’étranges ombres, les gardiens du rivage le savent, parfois ils en rêvent, hantés de cette beauté diffuse et que désormais ils espèrent et attendent
 
ce soir les gémissements du vent sont comme une mauvaise rumeur, les épousailles de la mer et  de l’homme, les veilleurs de houle tétanisés ne sont plus au secours du corps ballotté au reflet d’ambre, mais comme hypnotisés d'un regard, drole  de rêve
il y a le phare, soudain figé,
pieu démesuré de granit au rayon mort 
loin cette nuit des brassées liquides et résonnantes que l’horizon mouvante lui réserve
juste un cercle blanc, immobile 
entre la roche et la plage,
un visage terrassé par la lumière et quelque part,
issu du phare abandonné
quelqu’un qui marche aveugle et possédé
par daniel publié dans : poésie
Mercredi 16 novembre 2005
Samir est assis, il regarde la poussière soulevée par une légère brise et qui tournoie au milieu de la rue, cette terre ocre et rouge si peu fertile mais tellement convoitée
Samir a le cœur gros du haut de ses douze ans, Samir est triste et ne comprend pas
avant, de sa fenêtre il voyait les quelques oliviers que son père a planté et qui sont si lents à offrir leur récolte, il aimait le gris des feuilles se découper sur le bleu azur
et puis il y eut ce jour
de gros bulldozers sont arrivés et ont creusé comme une ligne monstrueuse,
une longue tranchée au travers l’horizon
Samir ne connaît pas la résolution 181 du 29 novembre 1947
les jours se sont écoulés, tout le village s’était rassemblé et avait crié sa colère mais rien ne changea et c’est alors que d’autres engins arrivèrent, ils semblaient traîner derrière eux une longue chenille de grands blocs de béton, couchés à terre un peu comme toutes ses ruines éventrées aux abords du village
le soir quand les militaires et les ouvriers étaient partis, Samir grimpait sur les pans de béton et allait voir ses oliviers tout imprégnés de poudre de ciment
Samir n’était pas né entre le 5 et 10 juin 1967
à l’école ses copains disaient qu’on allait couper le pays en deux que c’était pour plus de sécurité et que de toutes façons on avait pas le choix
les cailloux n’ont jamais vaincu les tanks
 
 
un matin, Samir n’est pas allé à l’école
il est resté assis toute la journée et entre deux larmes il a observé de grandes grues relever et poser les uns contre les autres les lourds éléments préfabriqués
et devant ses yeux ébahis il a vu disparaître sa parcelle d’oliviers
Samir ne sait pas les arrêtés du 9 et 20 juillet 2004
le soir venu, il erre le long de ce mur avec ses copains, toujours il se rappelle les crêtes jaunâtres du paysage et c’est le visage baissé, en silence qu’il franchit le check-point pour aller retrouver ses oliviers
 
(ce texte est dédié à Leila Shahid)
Lundi 14 novembre 2005

il y a cette brume laiteuse

là juste au bout du chemin

mur de ouate

comme une barrière abstraite

j’avance, je veux franchir l’obstacle

je veux l’autre coté

pourquoi tous ces territoires ?

te souviens-tu, ta première nudité

livré en pâture aux yeux de l’autre

outrepasser la pudeur

et s’offrir

il faut briser ses carcans

ces idéologies castratrices

la clôture qui ceinture ta maison

tenir la porte pour celui qui te suit

l’ouverture du cœur

aux travers les regards

 

je traverse la brume

écharpe blafarde

j’entrevois l’autre coté

des lignes sur des cartes

des caméras sur les façades

des murs de béton et de barbelés

des fusils pointés

et des beaux discours

te souviens-tu, ton premier voyage

découvrir, s’étonner

croire en l’immensité

rêver

 

au delà des frontières

nos paradoxes

par daniel publié dans : poésie
Dimanche 13 novembre 2005
J’écris pour toi c’est sur. Nous sommes tous identiques, avec nos petites misères, nos dérisoires certitudes, nos envies et nos chagrins. J’écris par amour, comme un don solitaire, une offre gratuite, un refuge, un rêve prolongé, sorte de jouissance narcissique peut-être mais tellement bienfaisante simplement de savoir que tes yeux me liront. Qu’importe le reste, sans me voir tu m’auras donné corps, tu continueras de me faire vivre.
 
J’écris comme on gerbe, comme on défèque, pour me libérer, pour évacuer toute cette désillusion, tout ce désespoir qui déborde de mon être, qui transpire, jaillit en flots perpétuels. J’écris l’oraison funèbre des amours défunts, disparus, j’écris peut-être pour marquer le refus d’accepter la mort, j’écris des mots comme pour remplacer les larmes. Et toi, toi, tu me lis, tu penses que c’est l’irrémédiable issue, mais sais-tu qu’aucun amour ne se ressemble, et que par définition il ne doit pas être voué au naufrage. Oui tu le sais certainement.
 
Je n’ose imaginer tes yeux. Les mots défilent qui sont caresses ou couteaux, l’histoire n’est que répétition. De toutes façons à quoi bon écrire, on sait tout cela. On sait ? Alors j’arrache des bribes de temps, je m’octroie la nécessité, et je prends ma plume. Acte solitaire peut-être mais quête désespérée vers l’autre. Message furtif comme le rayon jaune qui balaie la mer.
Je te donne présence, entité tapie et qui veille, je t’invente et te fais vie. Et toi, tes yeux accrochés à l’écrit, tu m’inventes à ton tour et tu me fais renaître. Tu vois, ce qui fait la qualité de cette forme de perception, c’est qu’il faut aller au devant, les mots ne se dévoilent pas si facilement.
Ne nous arrêtons pas, reste avec moi !
 
J’écris tu vois par narcissisme, égoïsme, pour te retrouver encore. J’écris pour tisser un lien fictif entre toi et moi, pour te faire l’amour par mots interposés. J’écris comme dernier recours à la vie, un ultimatum avant le définitif départ. Et je te prends comme témoin, comme spectateur, voyeur complice. J’étale sur mes joues ces méandres salés, nourrir cette peau asséchée par le temps et la douleur. Les mots sont gouttes de lave qui transpercent les tripes et ravivent autant qu’ils emportent les sentiments désormais offerts au vide. J’écris pour nous rendre hommage, pour que l’anonyme sache que l’on existe et que l’on est unique.
J’écris pour laisser couler cet amour débordant qui n’en finira pas de jaillir. Il y a ceux qui parlent aux morts comme s’ils étaient vivants et il y a ceux qui parlent aux vivants comme aux morts, tout simplement parce qu’ils ne sont plus là, même vivant.
Tu comprends le besoin et les bienfaits de l’écriture ?
 
J’écris encore, toujours, et j’espère que tu ne m’as pas quitté. Les mots sont bave qui glissent au bord des lèvres, ils sont gouttes de spermes qui jaillissent en retrouvailles virtuelles, ils sont hurlements qui crèvent l’indifférence. Les mots sont obéissants et amis, ils sont ce que l’on veut bien laisser. J’écris pour défendre l’unique vérité qui devrait être évidence aux yeux du troupeau : aimer.
J’écris.
Simplement un songe livré à l’inconnu et au devenir. 
Mardi 8 novembre 2005
bien calé devant la caméra et face à un journaliste complaisant qui se garde bien de poser les bonnes questions, le ministre annonce : nous allons instaurer le couvre-feu !
la banlieue muselée, renfort de flics arrogants (ils sont fatigués, les pauvres) et comme mesure d’urgence l’abaissement de l’apprentissage de 16 à 14 ans
bien, comme ça le petit jeune sera encore plus marginalisé en culture générale
mais monsieur le ministre, vous n’avez pas dit que depuis 2 ans vous avez baissé les subventions aux associations de quartier, c’est vrai qu’il faut de l’argent pour remplir les prisons, celles là même qui nous ramènent par la cour de justice européenne aux statuts d’un pays du tiers monde
monsieur le ministre êtes-vous amnésique ?
qui dans les années 60 a fait venir ce flux migratoire pour reconstruire le pays ?
les trente foireuses !
petits élus encravatés séduits par des architectes urbanistes qui vendent leurs cages à lapins comme des petits gâteaux sur l’étal du boulanger
ou sont-ils ceux qui construisirent ces immondes clapiers, les entend-on ? Vivent-ils dedans ?
ceci n’est pas un discours démagogique, j’ai moi aussi vécu dans la zone
la zone ! ZEP, ZUP t’en veux encore ?
j’ai vu les zones franches s’installer. On y ouvre une succursale pour être exonéré mais on fait travailler les gens d’ailleurs
j’ai connu les flics de proximité qui taillaient une bavette avec les mecs du coin, qui savaient ou se trouvaient les mosquées et n’y jetaient pas de grenade mais un politicard arrogant d’un des quartiers les plus huppés de la capitale les a enlevé : ce n’est pas le rôle d’un policier de jouer au basket avec les jeunes a t-il dit, la répression est plus salutaire ?
j’ai quitté la zone et dans le village ou j’ai habité, un jour on est venu me voir pour signer une pétition contre un maghrébin qui désirait faire construire
le borgne doit se réjouir, que d’eau à son moulin !
le racisme, vous l’avez créé depuis vos forteresses imprenables de pseudo représentants du peuple, avides de pouvoir et immunisés face à la justice tellement imbus de vos personnes et tellement éloignés face aux vrais problèmes du quotidien
mais qui doit-on intégrer ?
 
« c’est l’incendie, le grand incendie »
noir désir
Jeudi 3 novembre 2005

psy

Avant peut-être, …
…camisole déchirée et comme des grognements, morceaux de pulsions éructés, les ongles usés sur la pierre. L’autre se penche vers la lucarne de verre, ses mains certainement serrées au fond des poches de sa blouse blanche, comme une bête peureuse lance son défi, le signe dérisoire de sa puissance et de sa soumission.
Tout est blanc, sauf les yeux de celui recourbé au fond de la cellule, injectés de refus et de haine, d’incompréhension, des yeux d’ailleurs.
Le cortège des observateurs s’éloigne, juste les pas ralentis de ceux qui peuvent encore marcher, transpercés parfois du hurlement d’un autre errant. Ils doivent statuer sur le devenir de tel patient, patient, le mot qu’il faut. Qu’ont-ils pu faire pour être condamnés au silence et à la solitude ? Des doigts qui fouillent l’obscur, l’inavoué, l’impalpable.
Comme des cœurs déchirés, la lèpre qui colle et fait se dessécher l’existence.
Ils ne m’ont pas reconnu, m’ont-ils vu ?
Je suis patient, tapi aux frontières de ce qu’ils me laissent, j’attends de ne plus les voir, parfois l’éclair de leur chair sanglante sur les barreaux, lambeaux palpitants de leur égoïsme nécrosé, ultime vestige de leur aberration, triste vengeance.
Une nuit j’ai aperçu le ciel et ses points brillants. Ce doit être le vide là haut, comme en bas mais en plus beau et silencieux. Souvent je m’allonge sur le béton, je dessine avec ma langue des cercles de bave, et je reste béat m’imaginant baigné dans l’onde noire d’un lac, avec ses lignes concentriques comme complices et preuves de mon souffle.
Ils vont revenir, je le sais, ils me souilleront encore de leurs regards, me jugeront encore, m’enfonceront encore plus dans le méat de leurs institutions et de leur dégénérescence.
Qui suis-je, pour qu’ils s’acharnent ainsi à m’ôter le fluide qui me nourrit ?
Qui sont-ils pour m’interdire d’être ce que je suis ? Ils me couperont les doigts si je continue à écrire.
J’ai eu l’audace, explosion de violence, le pourpre d’un visage éclaté, taches brunes éparses, des cris qui ont fait taire et sourire ceux qui les poussent d’habitude, des pas de course dans les couloirs, halètements et fuite.
La peur a basculé et s’est offerte, envahissante et tenace, rampante et cruelle comme un juste retour des choses.
Camisole déchirée, plus de grognement, rien que des ronds de salive sur le sol et du sang tout autour.
Mercredi 2 novembre 2005
et vous là !
vous en avez marre de cette racaille politique ?
soyez patients,
il vous reste encore quelques mois
et vous pourrez sortir vos karcher
pour nettoyer tout ça !
Mercredi 2 novembre 2005
écriture anonyme
narcissisme illusoire
les doigts courent sur le clavier
la pâleur bleutée de l’écran renvoie le rêve d’être lu, de partager,
de se croire certainement moins seul
combien de lambdas égarés traversent leurs nuits avec ce cri silencieux,
ce besoin effréné de s’offrir sans pudeur, d’espérer un hypothétique lecteur
trop plein de lassitude, trop plein de manque
alors on livre au réseau un peu d’humanité, un peu d’intime
on attend une voile sur le pourpre brumeux de l’horizon
on s’invente d’autres reflets au gris délavé du miroir
et les mots s’inscrivent comme les notes tristes d’un requiem finissant
ce journal électronique devient compagnon, thérapie, confessionnal
qu’importe l’issue, l’acte au fond est essentiel
celui d’arracher au quotidien la léthargie ambiante
d’hurler à l’innommable son besoin de vivre
se donner à soi-même la preuve d’exister
et les nuits s’égrènent
sablier trop étroit ou la poudre jaunâtre ne glisserait plus
silence figé
les mots sont écumes qui meurent sur les touches
des relents de passé confondus au présent
les yeux plongés jusqu’au fond de l’écran
baiser chimérique aux caprices du temps
 
l’aube va renaître, le masque est à coté
celui que l’on va mettre pour tenter d’avancer

le temps

Novembre 2005
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