doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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nous progressions depuis deux jours déjà, le petits groupe serpentait au travers les sentes tentaculaires qui nous absorbaient et semblaient ne faire de nous que de minuscules parasites
la jungle suintait comme nos peaux sous l'étoffe collante, ne pas faiblir, continuer de marcher jusqu'au prochain village
de la forêt dense soudain nous débouchions sur un plateau arraché à la végétation, lisière de boue ou quelques femmes, sarong relevé au genoux repiquaient le riz
un semblant d'air dans cette moiteur à plus de quarante degrés et soixante dix pour cent d'humidité
notre périple nous faisait longer la frontière birmane pour arriver à la pointe nord de
pourquoi ce regard croisé, cette complicité dans la différence, Nong et moi, pourquoi cette main tendue alors qu'à bout de souffle, j'atteignais enfin le faîte de l'obstacle sous la puissance salvatrice de Nong
des saillies stratifiées, sculptées au flanc de la jungle, gorgées de vert clair ondoyant et puis l'opacité d'enlacements végétals percée de veines bleues fumantes
séparées de quelques heures de marche, des ethnies, des cultures, des croyances différentes et la moiteur oppressante d'une nature dominatrice et presque vierge
ce soir là, ma couverture à peine sèche, la terre m'était douce derrière ce rideau d'osier, sculpté de bambous et le coassement incessant des crapauds comme berceuse nocturne
Cham avait pris sa guitare au jour couchant, nous bivouaquions, fatigue, mékong (whisky local), harassés et les yeux emplis d'émerveillement, le charme s'étirait au ronronnement nourricier du fleuve et de ses eaux lourdes, cuivrées comme la terre, argile en suspens
- tu vois, je viens de l'autre coté de la frontière, je suis karen, je n'ai pas de pays,
alors que nous étions enfants de cette terre birmane, nous devons subir, nous battre pour nous défendre, nous réfugier, d'ailleurs vous dites Myanmar depuis que Than Shwe vous l'a ordonné
l'éclatement sourd des mortiers se renvoie au travers les arbres
j'ai dormi, le groin humide d'un petit porcelet noir comme cette nuit m'a réveillé plusieurs fois, un nouveau copain
des demi tiges comme office de gouttières amènent en rigoles un mince filet d'eau transparente, illusion de frais en cette aube de brume déjà lourde, marcher, cet édredon de formes enchevêtrées et ces gorges ruisselantes arrachées à la glaise, la main courante chancelle et le tronc est humide, dessous le bouillonnement tiède d'une rivière bondissante, peureux et enivrés nous continuons d'avancer, l'autre coté est tout près, enfin le bout de ce pont qui tremble comme ma peur,
ce soir nous ne serons ni chez les Yao, les Lahu ou les Akha, non, nous serons chez Cham et Nong, quelques réfugiés installés là au plus profond de l'anonyme, tribu d'exilés, courageuse et anxieuse, la boue, la jungle ils connaissent mais ils vivaient paisibles avant d'être reniés
Nong aidé de son apprenti guide fait rouler les légumes et le riz au creux du wok et au fond de la marmite, l'eau frissonnante de la rivière bien que pure ne nettoie pas mais englue, épaissit la peau et le cheveu, puisse le maillot être sec demain matin
- tu vois, je viens du nord est de
ses lianes d'encre qui lui glissent sur l'épaule et le muscle tendu et mes yeux baissés aux gouffres des siens, soudain porteur des horreurs et des erreurs de l'Occident, mais qui sommes-nous donc moralisateurs et aveugles quand nécessité ?
j'ai dormi encore cette nuit là aux vapeurs d'alcool de riz et de canabis, porté dans ma découverte par les voix de Cham et Nong et cette étrange sauterelle démesurée, posée sur une boite de coca qui nous paralyse et les fait se marrer
ce matin là, c'était le fleuve, unique énergie, porteuse et tourmentée, capricieuse mais reconnaissante, le quart de thé brûlant entre les mains, les flots arrogants sous les yeux, et quelques litchis comme croissant
le raft est tout de bambous, un mètre cinquante de large et cinq de long, on navigue à la perche et Nong se place devant, le courant est maître, un serpent alangui pendu à une branche observe immobile notre fébrilité, le tourment nous fait vaciller et soudain la chute
le tourbillon m'étouffe, je replis mes jambes et me laisse emporter, surtout ne pas heurter ces rochers orgueilleux qui défient le torrent et font les membres comme du cristal, j'émerge, mes poumons se soûle d'oxygène, le radeau virevolte, je m'y agrippe et la voix de Nong plus loin dans l'onde défaite
les enfants nous accueillent sur ce chemin de terre, j'évite une scolopendre torturée au fond d'une flaque verdâtre, jamais bienvenue aussi sincère, assis au fond de la case, le dessin, les gestes et les mimes comme unique langage, moi le farang (étranger) encore plus enfant que ceux curieux et sereins qui m'entourent
- tu vois mon pays s'appelle Kawthoolei mais qui le sait ? Il y avait une voix dans ce pays pour dire et crier, contre l'armée et l'étouffement, juste une autre idée, la démocratie comme vous dites, elle s'appelle Aung San Suu Kyi, vous lui avez même donné le prix Nobel de la paix, elle est toujours enfermée, et vouée à l'oubli
l'éclatement sourd des mortiers se renvoie au travers les arbres
bien sur j'ai dormi, fatigué et repu d'images et de mots avec comme dernière vision celle de Cham et Nong chahutant avec les enfants au fond de cette nuit ouverte
Nong ne m'aide plus, je suis dans ses pas désormais, baragouine quelques mots qui le font sourire et chante sa chanson préférée, nous savons cette escale furtive mais inoubliable
et voilà que débouchent, là, sur la crête émoussée de la dernière colline, ce triangle d'histoire si nimbé de beauté et trois frontières invisibles que viennent trancher rivière et fleuve
- tu vois, en face c'est mon pays, la rivière Mae Sai le sépare d'ici et en s'offrant au Mékong va longer le Laos
ils se sont regardés, je les ai vu, fiers,
fuir pour survivre et abandonner de l'autre coté, l'autre bout de sa chair en refusant le sang, le combat est perdu et la multi nationale qui abreuve le régime rend la lutte vaine et condamnée à l'échec
plus tard, j'ai repris mon passeport, et dans une timide étreinte, j'ai dit au revoir à Nong et Cham, mes deux guides...
plus sur les Karens
il est des espaces virtuels autres quelquefois
de ceux du conformisme
venez,
là c’est le retour au sensuel oublié
un supplément d’âme comme elle l’écrit
Aude à l’autre bout de l’océan
nous emmène aux rives du frisson, de l’interdit,
du tendre et de la volupté
avec Aude, c’est le vous
je l’imagine confidente intime
d’un roi de lune
et puis Aude à écrit ce texte
et j’ai eu envie de lui répondre
Que reste-t-il des déserts humides, des océans arides, des diamants perfides ?
Que reste-t-il des regards lourds de sensualité, des corps de luxure surexcités, des orgasmes prétendus partagés ?
Que reste-t-il dans l'ablation des illusions, dans l'éviction des conventions, à la conjonction de la purification ?
Que reste-t-il aux jouets innocents du courant, aux esclaves de l'Amour déflagrants, aux bannis de possession connivents ?
Que reste-t-il après l'anti-redéposition des rancoeurs, après la sublimation de l'essence des fleurs, après l'éblouissement extravagant du coeur ?
Il ne reste rien, à peine le clapotis lointain de la réminiscence du duo céleste des Soupirants transis.
il reste ce que nous sommes nous mêmes,
même pas marionnettes car qui tiendrait les fils,
des corps nihilistes terrassés de peur et imbus d'eux même pour mieux pallier au manque,
il reste des diamants blancs qui glissent sur l'émail au lieu d'être bu, ces dermes érectiles tendus comme des tambours,
il reste l'illusion de barrières abattues si loin des frissons pudiques, avant signe d'extase
même qui reste encore m'aime peut-être ?
des rêves évanouis, latents, chevauchées molles et pitoyables parfois
le soupirant s’est tu, les râles dissipés ont filé depuis,
l'ablation des illusions...
reste le soupir mais c'est déjà trop tard
oui, transis
allez rencontrer Aude, le plaisir est essence pourquoi le cacher ?
penchés, assis sur la berge
et le fleuve qui coule
allons plus loin mon frère
au delà des plaies et des jungles terrassées
serres ma main, on le fera ce voyage
au fond du verre tout un paysage
allez on marie nos maux
colorez l’uniforme
quoi frérot je sais que c’est impossible
c’est bien le fond de l’être qui importe
allez on se donne tous les droits
nos droits
la lèche de l’angoisse, la fellation politique
on s’en tape
enfin les mots, les vrais
accessibles et humains si loin des images
et des chiffres
on paraphrase, on métaphore
et on fait caca
la berge est une peau
et le fleuve un afflux
et je vois
ces gonflements qui crient
ces tourbillons qui se figent
et la mémoire des aubes
on ne sait pas, on ne sait jamais
l’histoire et la science
acquis oubliés et vécus dirigés
au bout des mots
y’a t-il toujours la main qui relève du trottoir
l’oreille comme puits de détresse
le souffle qui fait montrer les jambes
et se jouer des incendies
les yeux écarquillés, repus et fatigués
et l’horreur plein ta gueule
ma bouche qui t’embrasse
ça gronde aux flancs des limites
les flots s’emplissent
gourmands et destructeurs
faut bien croire à quelque chose
il y a la peau, la couleur
et quelque soit,
l’éternelle solitude
c’est toi c’est moi
et la mémoire des aubes
ma sœur, mon frère de paix
on pose les armes
penchés, assis sur la berge
et l’onde qui tournoie
nous renvoie et se moque
au creux du nombre
nos âmes si fragiles
y’a t-il toujours la main qui panse
bisous au creux d’oreille
toutes ces haleines mélangées
et ta voix, la nôtre avec ces mots
onguents et placebo
viens frangine
loin des filaments ternes
charriés de sang
les beuglements du fleuve
comme des chants d’impuissance
allez compagnon blafard
ma main plaquée à tes lèvres
surtout ne pas vomir
cette bile d’écœurement
qui fait crever la terre
allez on se donne tous les droits
nos droits
ceux que les goules de la morale
ont sucé en nos chairs
viens
un jour peut-être on sera foule
on piétinera la haine
et nos poings fleuris
partageront la lumière…
s'il vous plait, écoutez
écoutez vraiment
on devient ce qu'on nous montre au lieu d'être ce que l'on est
changez le monde commence par se changer soi même
entre les lignes / keny arkana / Entre Ciment et Belles Etoiles
tu vois j'suis là à traîner mes cinquante balais
entre bonjour m'sieur l'directeur et ça va chérie
mes pas sur l'asphalte me ramènent à la rue
celle ou j'ai dormi moi aussi
j'ai pas connu soixante huit
mais j'ai pris les fruits, j'ai voulu croire en un monde meilleur
ça ressemble un peu au terrible message que tu nous laisses
dans ce film qui accompagne ton CD
un autre monde est possible
t'es pas comme les autres
dans le bonus on te voit pas
juste des visages des deux hémisphères
qui constatent et dénoncent la misère
j't'écris keny, tu liras peut-être même jamais
et qu'importe
ta présence me nourrit, me réconforte
au fond de la galère
une survivance de lucidité
cette fraîcheur loin du soumis
et de tous ces égoïsmes
t'es de Marseille ou Lille, qu'importe
au fond du sang les racines argentines
le triste savoir de la lutte
et l'enfance aux murs d'la ZUP
tu vois keny, j'suis là à traîner mes cinquante balais
et c'est toi qui me donne espoir en l'avenir,
celui que vous allez façonner
au socle chancelant
qu'on vous aura légué
merci keny, d'être et d'écrire
écoutez son album « entre ciment et belle étoile »,
il vous apprivoise
le rap c'est pas que du rap
les arrangements servent les mots
un piano, un violon, des murmures d'accordéon
et cet humanisme
de tendre et de révolte
voilà,
garder les yeux ouverts
et dénoncer toujours quand il le faut
j't'embrasse Keny
La rage du peuple,
Ok, on a la rage mais c'est pas celle qui fait baver
Demande à Fabe, la vie claque, comme nos semelles sur les pavés
La rage de voir nos buts entravés, de vivre en travers
La rage gravée depuis bien loin en arrière,
La rage d'avoir grandi trop vite,
Quand des adultes te volent ton enfance
Pah ! Imagine un mur et un bolide
La rage, car impossible est cette paix tant voulue,
La rage de voir autant de CRS armés dans nos rues,
La rage de voir ce putain de monde s'autodétruire
Et que ce soit toujours des innocents au centre des tirs,
La rage, car c'est l'homme qui a créé chaque mur
S'est barricadé de béton aurait-il peur de la nature ?
La rage, car il a oublié qu'il en faisait partie,
Désharmonies profondes mais dans quel monde
La rage d'être autant balafrée par les piquants des normes,
Et puis la rage, ouais la rage, d'avoir la rage depuis qu'on est môme
Parce qu'on a la rage
On restera debout quoiqu'il arrive
La rage !
D'aller jusqu'au bout et de là où veut bien nous mener la vie
Parce qu'on a la rage
On ne pourra plus se taire ni s'asseoir,
Dorénavant on se tiendra prêts, parce qu'on a la rage, le c?ur et la foi
Parce qu'on a la rage
On restera debout quoiqu'il arrive
La rage !
D'aller jusqu'au bout et de là où veut bien nous mener la vie
Parce qu'on a la rage
Rien ne pourra plus nous arrêter,
Insoumis, sage, marginal, humaniste ou révolté
La rage, parce qu'on choisit rien et qu'on subit tout le temps
Et vu que leurs choix sont bancals et bah tout équilibre fout le camp
La rage car l'irréparable s'entasse depuis un bout de temps
La rage, car qu'est-ce qu'on attend pour se mettre debout et foutre le boucan ?!
La rage, c'est tout ce qu'ils nous laissent, t'façon, tout c'qui nous reste,
La rage, car combien des nôtres finiront par retourner leur veste
La rage de vivre et de vivre l'instant présent
De choisir son futur, libre et sans leur grille d'oppression
La rage, car c'est la merde et que ce monde y adhère
Et parce que tous leurs champs OGM stérilisent la terre ?
La rage pour qu'un jour l'engrenage soit brisé
La rage, car trop lisent " Vérité " sur leur écran télévisé
La rage car ce monde ne nous correspond pas ;
Nous nourrissent de faux rêves pour placer leurs remparts
La rage car ce monde ne nous correspond pas
Où Babylone s'engraisse pendant qu'on crève en bas !
La rage d'y croire et de faire en sorte que ça bouge
La rage d'un Chirac, d'un Sharon, d'un Tony Blair ou d'un Bush
La rage car ce monde voit rouge mais de grisaille s'entoure
Et parce qu'ils n'entendent jamais les cris lorsque le sang coule
La rage, car c'est le pire que nous frôlons
La rage, car l'Occident n'a toujours pas ôté sa tenue de colon
La rage, car le mal tape sans cesse trop
Et que ne sont plus mis au goût du jour tant de grands savoirs ancestraux
La rage, trop de mensonges et de secrets gardés
L'élite de nos états, riche de vérité pouvant changer l'humanité
La rage, car ils ne veulent pas que ça change hein
Préférant garder leurs pouvoirs et nous manipuler comme leurs engins
La rage, parce qu'on croit aux anges
Et qu'on a choisi de marcher avec eux
La rage, parce que mes propos dérangent
Vois aux quatre coins du globe, la rage du peuple en ébullition
La rage, ouais la rage, ou l'essence de
le site de keny arkana


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