dans l'armoire

sommes-nous ?

si tu ne hurles pas

personne ne croira

que tu as mal

 

 

 

 

 


quelques images

doucement ouvrir...

...l'espace de ce lieu,
de l'amour :
viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs :
la louve, Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent :
tout seul, matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades :
une rencontre, un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique :
lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe :
montségur, enfants du pire, jungle de sang,

entrez, vous êtes ici chez vous...


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Samedi 31 décembre 2005

juste le petit claquement du balancier qui passe, gros cercle d’or qui hache le regard qui marque le rythme de la vie, de la mort, du temps qui s’écoule
et là, lumière bleutée de l’écran, lettres en blanc sur clavier noir, pénombre,
je n’ose ouvrir un album de photos, regarder une vidéo, revoir
moi j’ai grandi
non je n’en ai pas le besoin, des flots d’images, de mots, d’émotions qui reviennent, jaillissent, aveuglent le cœur dans un tourment nourricier mais si douloureux
toi, une fin d’été 44 avec ton père
la plaine fertile et calme, cette petite route qui serpente et ce camion aux couleurs de l’occupant, tu les as vu arriver, préparer dans leur courbe l’assaut meurtrier et le crachat sanglant des armes qui fait s’éclater la matière
ton père est descendu vers le camion immobile, la phrase qu’il a dite à son retour résonne aussi dans ma tête mais qu’as-tu pu penser au travers cette tôle éventrée, ces jets cramoisis comme tatouages d’existences
et puis toi, toujours la guerre, fuir sous les bombardements, évacuer comme ils dirent, sur la banquette arrière dans les rues de cette ville transpercées de flammes et d’explosions
soudain des corps, là sur la route à peine éclairée, ton père qui descend, avance, regarde sous ce silence transpercé de fracas et reviens à demi apaisé en vous montrant les pans délabrés encore fumants d’un magasin d’habillement et ses mannequins éparpillés
moi j’ai grandi et j’ai vu
je me souviens quand ils t’ont viré de la boite ou tu travaillais parce que tu avais refusé de témoigner contre un collègue, le soir je te voyais dévorer les livres et repartir, de la mécanique tu passais à l'électronique
métro, boulot, dodo t’as connu ça mais t’as gravi l’escalier avec ténacité et philosophie
et puis toi qui veillait qui gérait, cette patience à nous écouter et ce désir de transmettre, ces pulsions un peu vives et ce cœur dévorant, ma première lectrice toute d’excès et de raffinement, tous tes rêves à fleur de peau
ce soir le balancier fait un drôle de bruit ce n’est plus la lune ou le soleil que l’on aperçoit au travers la meurtrière de verre de l’horloge mais comme un cœur qui bat si fragile dans son mouvement si prompt à s’arrêter
moi j’ai grandi et j’ai vu avec vous

les livres ouverts, les voyages, comme des nomades la tente à monter et démonter,

le goût de la pierre et de son histoire, l’envie de savoir, de découvrir, la caresse sur la peau, l’immobilisme patient et sage, le courage oui, puis les yeux levés à distinguer les satellites des étoiles, les livres d’école et la fessée, une aile d’avion en ombre sur l’horizon, la tribune de l’histoire et le veau marengo et puis les larmes aussi qui torturent et façonnent
ce soir vous n’êtes plus de corps, on nous a arraché et ce doit être ainsi c’est ce qu’on nous apprend, vous êtes partis, encore tant à donner

ce soir je suis orphelin
la pendule est là qui me rappelle
moi j’ai grandi et je suis fier d’être de vous

Dimanche 18 décembre 2005
tu marches
déluge de néons
tous ces gens qui s’affairent,
visages teintés, couleurs troubles
flamboyances illusoires, artifices passagers
débauches pécuniaires
la rue déborde
troupeau triste, fièvre et envie
on appelle ça fête
tu traînes dans la mouvance
papier cadeau, ruban doré
palettes qui gerbent
l’indécence nourricière
enfants perdus
les yeux gavés, trop plein de désirs
comme un peuple
aveugle et muet
qui s’abreuve de furtif, d’illusoire
délices éphémères
tu marches
comme tant d’autres
loin des arrières salles
loin des impasses, des poubelles fouillées
des cartons comme literie
des soupes tièdes en offrande
les pupilles écarlates
des témoins étrangers
le froid qui gerce
l’ivresse molle des affamés
et la pisse sur les murs
tu marches
avec l’ombre des absents
mots susurrées
échos tamisés, paroles invisibles
gens de mémoire
fragments de cœur aux aléas du temps
bribes d’amour qui coulent
et sèchent
au fil des caniveaux
piétinement de la masse
flux incessant, aveugle
tu marches
vois-tu vraiment
ce qui t’entoure ?
par daniel publié dans : poésie
Vendredi 9 décembre 2005
il en va des peuples comme des individus, quand ce n’est pas l’indifférence qui prime ce sont des réactions molles ressenties comme obligatoires ou l’hypocrisie diplomatique se donne bonne conscience
dans notre pays, insulter un ministre entraîne trois mois de prison, mais que dire alors d’un chef d’état dont les propos sont la négation totale d’un peuple ?
M. Mahmoud Ahmadinejad est président de l’Iran, mais il est aussi quelqu’un de dangereux
le 26 octobre 2005, il déclarait : « il faut rayer l’état d’Israël de la carte »
quelques communiqués gouvernementaux américains, européens dénoncèrent sans grande vigueur ces propos inadmissibles, et l’histoire oublie vite
et puis voilà que M. Ahmadinejad récidive, deux mois après, sur le site sacré de la Mecque
je cite : « que l’Allemagne et l’Autriche donnent deux ou trois de leurs provinces et le problème sera réglé à la racine…Israël est une tumeur…Certains pays européens insistent pour dire que Hitler a tué des millions de juifs dans des fours bien que nous n’acceptions pas cette affirmation, si elle était vraie nous poserions la question suivante aux européens : le meurtre de juifs innocents par Hitler constitue-t-il la raison de leur soutien aux occupants de Jérusalem ? »
 
M. le Président qui croyez-vous servir dans vos propos outranciers, l’islam, la cause palestinienne, votre propre peuple ?  à moins que vous ne vouliez donner des arguments aux américains et incendier le moyen orient ?
que vous combattiez le sionisme au sens politique du terme vous en avez le droit mais renier un peuple ! avez-vous lu Herzl, Balfour ? on pourrait croire que votre seule culture se limiterait à « Mein kampf », vous citez tellement son auteur !
 
quelques dépêches tombent sur les écrans de presse, une fois encore, ministres et porte-paroles politiques y vont de leur petits couplets telle la maison blanche : « les propos du président iranien montrent à quel point ce régime ne puisse pas avoir d’armes nucléaires »
mais messieurs les encravatés, ce n’est même pas le manque d’éthique des propos qui vous choquent, ce sont les rapports de force
et que dire de M. Poutine, qui extermine les musulmans Tchétchène, et alimente les intégristes iraniens en missiles à l’insu des décisions onusiennes ?
 
le drame dans cette sordide et scandaleuse affaire est que l’idée même de l’anéantissement d’un peuple n’émeuve personne, il ne s’agit pas de géopolitique, il s’agit de morale, d’humanisme, de respect
il s’agit de l’homme et du reflet de ce qu’il est !
Mercredi 7 décembre 2005
Vendredi 2 décembre 2005
il fait froid ce matin du 2 décembre 2005
il est 2h05, dehors, ils sont une centaine au milieu de cette nuit, ils tiennent tous une bougie toute tremblotante sous le souffle de cette brise nocturne, les murs gris du palais de justice ne reflètent pas ces éclats jaunâtres voués à l’oubli
derrière le mur, Kennet Lee Boyd, 57 ans, et des hommes visages de circonstance, costards gris, yeux sans âme
Mike Easley, gouverneur de Caroline du Nord, en a ras le bol, cette pression, tous ces échos, putain foutez-moi la paix, mais il fallait dire oui ou non, c’était la veille, et Mike Easley a dit oui, faisant fi des appels du monde entier, des quelques bougies et de sa conscience, s’il en a une…
il est 2h10, les hommes ont emmené Kennet, dehors même les bougies peinent à se consumer et les doigts se figent par l’émotion et cette température agressive
c’est une petite pièce, il y a même un mur en verre pour que l’on voit derrière, anonyme et complice
Kennet Lee Boyd a fait le Vietnam, il s’est battu pour son pays et il garde au fond de ses tripes le sang qu’il a vu et  puis, il y a 17 ans, Kennet a tué par deux fois et le doute subsiste et même s’il ne subsistait pas
il est assis maintenant, on lui lie les chevilles, les poignets, et on lui ceinture la hanche, la prison de Raleigh va ôter la vie au nom de la justice, la vie…
certains rallument la bougie, ces petites lueurs finissent par se confondre, et font un furtif halo de lumière sous ce ciel sombre
dans ce pays qui revendique la liberté et la démocratie, dans ce pays ou le Président prie avant ses réunions, dans ce pays ou le nom de Dieu porte un engagement aveugle, on ignore le premier commandement
il est 2h15, un homme en blouse blanche s’avance, Kennet a les yeux bandés, et l’aiguille injecte dans la veine tendue sa dose létale
tu ne tueras point

le temps

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