doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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juste le petit claquement du balancier qui passe, gros cercle d’or qui hache le regard qui marque le rythme de la vie, de la mort, du temps qui s’écoule
et là, lumière bleutée de l’écran, lettres en blanc sur clavier noir, pénombre,
je n’ose ouvrir un album de photos, regarder une vidéo, revoir
moi j’ai grandi
non je n’en ai pas le besoin, des flots d’images, de mots, d’émotions qui reviennent, jaillissent, aveuglent le cœur dans un tourment nourricier mais si douloureux
toi, une fin d’été 44 avec ton père
la plaine fertile et calme, cette petite route qui serpente et ce camion aux couleurs de l’occupant, tu les as vu arriver, préparer dans leur courbe l’assaut meurtrier et le crachat sanglant des armes qui fait s’éclater la matière
ton père est descendu vers le camion immobile, la phrase qu’il a dite à son retour résonne aussi dans ma tête mais qu’as-tu pu penser au travers cette tôle éventrée, ces jets cramoisis comme tatouages d’existences
et puis toi, toujours la guerre, fuir sous les bombardements, évacuer comme ils dirent, sur la banquette arrière dans les rues de cette ville transpercées de flammes et d’explosions
soudain des corps, là sur la route à peine éclairée, ton père qui descend, avance, regarde sous ce silence transpercé de fracas et reviens à demi apaisé en vous montrant les pans délabrés encore fumants d’un magasin d’habillement et ses mannequins éparpillés
moi j’ai grandi et j’ai vu
je me souviens quand ils t’ont viré de la boite ou tu travaillais parce que tu avais refusé de témoigner contre un collègue, le soir je te voyais dévorer les livres et repartir, de la mécanique tu passais à l'électronique
métro, boulot, dodo t’as connu ça mais t’as gravi l’escalier avec ténacité et philosophie
et puis toi qui veillait qui gérait, cette patience à nous écouter et ce désir de transmettre, ces pulsions un peu vives et ce cœur dévorant, ma première lectrice toute d’excès et de raffinement, tous tes rêves à fleur de peau
ce soir le balancier fait un drôle de bruit ce n’est plus la lune ou le soleil que l’on aperçoit au travers la meurtrière de verre de l’horloge mais comme un cœur qui bat si fragile dans son mouvement si prompt à s’arrêter
moi j’ai grandi et j’ai vu avec vous
les livres ouverts, les voyages, comme des nomades la tente à monter et démonter,
le goût de la pierre et de son histoire, l’envie de savoir, de découvrir, la caresse sur la peau, l’immobilisme patient et sage, le courage oui, puis les yeux levés à distinguer les satellites des étoiles, les livres d’école et la fessée, une aile d’avion en ombre sur l’horizon, la tribune de l’histoire et le veau marengo et puis les larmes aussi qui torturent et façonnent
ce soir vous n’êtes plus de corps, on nous a arraché et ce doit être ainsi c’est ce qu’on nous apprend, vous êtes partis, encore tant à donner
ce soir je suis orphelin
la pendule est là qui me rappelle
moi j’ai grandi et je suis fier d’être de vous
tu marchesdéluge de néonstous ces gens qui s’affairent,visages teintés, couleurs troublesflamboyances illusoires, artifices passagersdébauches pécuniairesla rue débordetroupeau triste, fièvre et envieon appelle ça fêtetu traînes dans la mouvancepapier cadeau, ruban dorépalettes qui gerbentl’indécence nourricièreenfants perdusles yeux gavés, trop plein de désirscomme un peupleaveugle et muetqui s’abreuve de furtif, d’illusoiredélices éphémèrestu marchescomme tant d’autresloin des arrières sallesloin des impasses, des poubelles fouilléesdes cartons comme literiedes soupes tièdes en offrandeles pupilles écarlatesdes témoins étrangersle froid qui gercel’ivresse molle des affaméset la pisse sur les murstu marchesavec l’ombre des absentsmots susurréeséchos tamisés, paroles invisiblesgens de mémoirefragments de cœur aux aléas du tempsbribes d’amour qui coulentet sèchentau fil des caniveauxpiétinement de la masseflux incessant, aveugletu marchesvois-tu vraimentce qui t’entoure ?


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