doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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c'était il y a un an ou presque que j'ai écrit ce texte, l'abbé Pierre défendait une énième fois le droit au logement devant une assemblée nationale inerte et indifférente
aujourd'hui l'abbé Pierre est mort, et c'est une partie de l'humanité qui disparait...
t’écrire ?
vous écrire ?
tant de vivre et de luttes dans ce destin hors du commun
le tu pour commencer
celui du gamin de 19 ans, issu d’une famille aisée et qui devant notaire donne la totalité de son héritage à des œuvres de charité
c’est la même année que tu entreras chez les Capucin, toi qui disait à cette époque : on me disait beau gosse, peut-être même un peu mondain, pourtant demain je serai moine
le 14 août 1938 tu deviens prêtre et pars prêcher à Grenoble
et puis la guerre, le fracas des bombes, l’oppression de l’occupant et te voilà mobilisé comme sous-officier, l’homme de cœur devient guerrier, résistant actif

1941, le lendemain de la rafle du Vel’ d’Hiv, tu accueilles des juifs et les emmènes en zone libre, puis tu apprendras à faire de faux papiers pour eux et pour ceux qui refusent le STO, et tu les feras passer en Suisse avant de rejoindre le maquis
devenu clandestin, ta lutte devient celle de l’espoir et c’est là que tu va changer de nom
le Christ disait : tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église
tu deviens Pierre, l’abbé Pierre
en mai 43, dans les Pyrénées, le claquement des bottes gammées s’arrête devant toi, mais il ne te faudra que quelques jours pour t’évader et rejoindre en juin le général de Gaulle à Alger
résister, toujours mais ta vie n’est peut-être faite que de cela
la guerre finie, tu deviens député jusqu’en 1951
parlons-en, car nombre d’élus d’aujourd’hui pourraient prendre exemple
après t’être battu, tu déposes en 1949 un projet de loi visant à reconnaître l’objection de conscience et surtout tu commences ton combat pour les sans logement par la construction souvent illégale d’habitats pour les errants
c’est peut-être Georges, ce malheureux déshérité et sans abri que tu héberges qui va déclencher chez toi la création du plus grand mouvement de solidarité jamais entrepris
le principe est simple : récupérer des objets et matériaux et les revendre pour construire
Emmaüs (du nom du village ou l’on revît le Christ après sa mort) c’est à dire un toit aux pauvres, l’essentiel avec la nourriture
et puis je dis vous,
hiver 54, ce bébé mort, votre appel comme celui du général, mais pas de guerre, juste des corps qui se figent dans son propre pays, c’est de ce jour qu’est né Coluche, le seul hélas avec vous l’abbé
j’ai peur pour l’avenir
en 81 ils vous ont donné la légion d’honneur au titre des droits de l’homme, Emmaüs n’a plus de frontières, votre combat ne pouvait que grandir et toujours chez vous ce sens de l’homme qui fait fi des adversaires et assènent un droit tellement élémentaire
même sans foi on a envie de dire, mon père
vous participez à la création de la banque alimentaire de France, vous créez la fondation abbé Pierre pour le logement des Défavorisés, vous jeûnez au cœur de la capitale pour sauver les déboutés du droit d’asile, vous dites dans vos livres l’espoir de tellement d’autres, sans dogme, sans tabou, l’homme et l’application de sa différence
aujourd’hui vous êtes allé à l’assemblée nationale, vous défendiez une loi (SRU) qu’on voulait transformer, celle de l’obligation à toutes villes d’avoir 20% de « logements sociaux »,
quelle honte d’en arriver à se battre pour que des hommes vivent le minimum face au paraître et à l’économie,
quelqu'un pousse votre fauteuil et vous tend le micro
la honte aussi d’une assemblée nationale vide, les caméras télé étant parties, la honte de voir un homme fatigué au destin marqué et personne ni politique ni peuple alors qu’il œuvre certainement pour une éthique si fragile, essentielle et tellement menacée,
l’homme,
l’homme…
vivre c'est apprendre à aimer
ce texte est dédié à Henri Grouès dit l'abbé Pierre


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