dans l'armoire

d'autres ailleurs

embruns de rock

échevelé, avide
au milieu des accords
Jeudi 2 février 2006 4 02 /02 /Fév /2006 13:55

c’était de ces nuits de brume, le temps de la lucidité tendre, oui parfois désespérée mais tellement cognitive, les idées étaient ressacs , éternels questionnements et l’utopie et la révolte nourrissaient nos partages

million de visages se croisent et s’entrecroisent

nous marchons côte à côte, ne faisons que passer

quelqu’un à la mêlée de temps en temps se lève

fait signe de la main ou se met à crier

nous ne l’entendons pas et s’il tombe parfois

nous marcherons sur lui innocents et tranquilles

nous sommes d’étranges frères

d’étranges frères étrangers(1)

sur la platine : Mama Béa,

soudain terrassé, mais qui ose pénétrer ainsi notre intimité, ces refus muets, tout ce morne et cet inadmissible soudain transcrit, ces mots comme des coups de boutoir

cette lucidité dégueulante d’amour et de rejet

l’enfant, toujours

dès qu’on aura beau temps,

je ferais un enfant

et vous l’abîmerez aux barbelés

d’un moule de votre collection

et vous mettrez son pas

pour toujours dans vos pas

et vous le casserez et vous effacerez

tant et si bien

que je ne pourrais plus

jamais le reconnaître (1)

les enfants ont des yeux brûlés par les affiches

dans la cité adulte, il n’y a pas de rescapés

faire éclater cette ville et sauter avec elle (2)

dis-moi pourquoi tu cries ?(2)

et ce noir tableau de vrai et de tristement hélas,

s’éclaire, scintille et nous vient au cœur

comme deux mains offertes

je pèse le poids de la peur

qui me tient éveillée la nuit

les membres raidis sous les draps

comme une dalle de béton

les yeux tournés vers l’intérieur

à me demander qui je suis ? (3)

c’était de ces nuits de couple, d’amour rongé au quotidien de pulsions avortées et d’abrutissement professionnel, le retour au foyer, la lumière des yeux d’enfants, le regard sombre de l’épouse et ce petit jardin secret qui grandit et puis retrouver Béatrice

ta vie t’emmerde tu la supportes

et tu ne trouves pas le moyen

le moyen de claquer la porte

d’aller te mettre un peu au vert

sans te retrouver nu comme un ver

et tu dis que oui tu dis que

tu t’en iras tu t’en iras (2)

et la nuit t’a dit salut

comment ça va, je viens pour te prendre

désormais je serais ta maison

nous irons partout ensemble (3)

mais Mama Béa c’est l’engagement surtout, l’espoir d’un monde meilleur, l’homme au service de l’homme, le cri écorché comme écho contre l’hypocrisie et l’égoïsme

je suis l’oiseau du premier chant

ton cœur battant je l’ai posé sur tes lèvres

de ton étonnement quand le soleil se couche

j’ai forgé la question que j’ai mis sur ta bouche…

aimer c’est le secret qu’à jamais je te laisse

ainsi parla le verbe être

et puis laisse sa place au verbe paraître (4)

 

il faut écouter les premiers articles de la déclaration des droits de l’homme qu’elle déclame avec au fond de sa voix ce dédain angoissé aux limites du désespoir et ses mots qui finissent par se tordre se confondre dans une rage résonnante

« les distinctions sociales

ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » !?

et me voici chevalier à la triste figure

bâtissant détruisant avec la même armure (4)

c’était de ces nuits de solitude avec un cœur asséché, vide et avide de l’autre, des larmes comme d’inutiles cadeaux et qui chutent sans être ramassées, ce gâchis d’amour ruisselant au fil de l’age et des faux sourires esquissés au fond des couloirs

et puis une voix, Béatrice, toujours, cette voix si forte de fragilités, Piaf et Joplin réunis

j’ai comme une impression que le temps tourne court

alors, alors, on se fait en silence un café bien tassé

et on s’le boit et on s’le boit

à la table des morts ou je lis notre devenir (4)

va dire aux marchands du monde

que tout ce bleu et ce vert qui est à nous

et si dieu n’est pas qu’une ombre

il jettera leurs prières

au fond d’un trou

Hannah va leur dire ça ! (5)

quand Béatrice signe, elle écrit « soleils » à coté de son nom, ceux d’un monde meilleur certainement mais aussi pour moi ceux des mots et de la poésie qu’elle nous offre

la guitare égrène des perles de mélancolie, elle est là, petit bout de femme au milieu de ses poupées posées sur scène, silencieuses et fragiles compagnes et le cœur d’un public aux tripes grandes ouvertes…

pourtant le temps me manque

qu’aurais-je à te donner

hormis ces fleurs d’angoisse

que tu connais déjà

et la peur qui m’habite

cadeau empoisonné

qu’avons-nous à nous dire

qui ne nous fasse mal…   

(1) visage, l’enfant / la folle / 1976

(2) faire éclater cette ville, pourquoi tu cries / pour un bébé robot / 1978

(3) 48 kilos / faudrait rallumer la lumière dans ce foutu compartiment / 1977

(4) le chaos / le chaos / 1979

(5) Hannah / no woman’s land / 1991

site : http://www.mamabea.fr/

Par daniel souhait - Publié dans : cris de coeur - Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
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