diaphane 
bienvenue dans ce no man's land
ce transit de la vie vers le coeur
debout, les mains dans le vide
regarder les ruines, les lambeaux, les fragments que les flammes et fumées dévoreuses ont bien voulu nous laisser,
emmenés les traces, les œuvres créées, les images et le toucher, enlevés une nuit d’apocalypse de feu et d’eau, dans les halots des projecteurs et lances, l’âme et le bâti en volutes insoutenables
deux êtres partis déjà et leurs laissés non récoltés à temps maintenant en boue grise et puante
toutes ces déchirures agonisantes qui jonchent le sol
ces actes d’amour et de patience, de tourmentes et de rires
une neige fondue s’invite à ce banquet du diable, trop tard pour cacher ces débris éventrés vomissant de vapeur, peut-être les larmes du ciel, édredon sur destruction
et le lendemain, crachin verglacé
morceaux de papier qui volettent
meubles épars, fracassés
alors dans ce désert de souffrances, morcelé, anéanti
les pieds dans l’eau
j’erre, larmes figées de froid
ou êtes-vous mes aimés, mes créateurs ?
toi, ouvrier inventeur, cadre marginal qui ne joue pas le jeu
qui vole dans les airs, qui construit
et toi, écrivaine tellement imprégnée d’utopie
que le réel t’es trop dur, le cœur à fleur de peau
je porte, je ramasse, je sauve
de ce cloaque morne et accablant
à ce moment les idéaux, les théories, les concepts sont bien loin
il ne reste que l’être
face à lui même
ces relents nauséabonds de feu mouillé
ces pas qui piétinent les existences
des souvenirs naissants
et le froid de l’absence
c’est quand les yeux terrassés de sommeil peinent à se fermer quand les mains serrent l’oreiller faute de peau que la nuit est la nuit, c’est là que le poids du manque, du vécu prend sa valeur, ces dîners sous le feuillage, ces noëls émerveillés, ces blessures soignées
debout, les mains qui suintent de noir
les yeux tellement rouges si loin du bleu offert
vous comme jamais
même si ce jour toutes traces de votre présence se sont estompées
murs béants, poutres de suie, squelette rongé
les âmes déjà se faufilent au travers ces vestiges désormais éteints
envie de se coucher sur ce sol détrempé
au milieu des gravats
faire corps avec la terre, l’eau, le feu
admettre le tout
admettre que désormais
ne reste que la part du cœur, du souvenir
au milieu du magma quelques cahiers parcheminés, quelques outils
cendres et neiges qui se confondent
aube noire
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