doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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s’asseoir, regarder le ciel
se laisser prendre d’une conscience universelle
se vouloir unité humaine nourrie de toutes diversités
élever le spirituel, individuel et communautaire
absoudre le lourd testament des politiques et des religions
devenir citoyen du monde
être libre, en mouvement avec la connaissance
ouvert à toute évolution qui serve l’homme
le 28 février 1968, quelque part en plein désert au sud-est de l’inde plus de 5000 personnes sont rassemblées autour d’une étrange urne de marbre en forme de lotus et là sous les yeux de la Mère, les représentants de 124 nations vont déposer un peu de terre rapportée de leurs pays
le ville de l’aurore vient de naître
la Mère en est l’essence première
Mira Alfassa qu’Auroville appellera la Mère est née à Paris, grande voyageuse elle s’établira en Inde et deviendra disciple de Sri Aurobindo philosophe et homme politique dont elle créa par la suite un ashram à son nom
Mira rêve, elle veut créer une ville laboratoire ouverte au progrès mais aussi à l’individu, une ville de paix, de concorde, d’expressions artistiques, de liberté au dessus de toutes croyances, de toutes politiques et de toutes nationalités
en 1963 elle fait appel à un architecte français, Roger Anger pour lui modéliser ce que sera la cité de l’aurore puis viendra la recherche d’aides et d’autorisations diverses
ce 28 février, la Mère est debout devant la foule et elle délivre le message et la charte d’Auroville :
Salut d’Auroville à tous les hommes de bonne volonté. Sont conviés ici ceux qui ont soif de progrès et aspirent à une vie plus haute et plus vraie.
Voici la charte de la ville :
1 – Auroville n’appartient à personne en particulier. Auroville appartient à toute l’humanité dans son ensemble. Mais pour séjourner à Auroville il faut être le serviteur volontaire de la conscience Divine.
2 – Auroville sera le lieu de l’éducation perpétuelle, du progrès constant et d’une jeunesse qui ne vieillit point.
3 – Auroville veut être le pont entre le passé et l’avenir. Profitant de toutes les découvertes extérieures et intérieures, elle veut hardiment s’élancer vers les réalisations futures.
4 – Auroville sera le lieu de recherches matérielles et spirituelles pour donner un corps vivant à une unité humaine concrète.
là dans ce désert rouge accablé de chaleur, la ville-cellule, la ville-galaxie va grandir
sur une idée première de cercles concentriques, l’urbanisme va la façonner en spirales
la Mère s'est inspirée, comme modèle, du symbole représentant la puissance créatrice du Divin à l’œuvre dans la matière
le noyau de la cité s’appelle le Matrimandir, énorme sphère couverte de pétales dorées ou se trouve la chambre de méditation, grande salle de marbre blanc avec en son centre un lotus d’ou émerge une flamme symbolisant le pouvoir illuminateur de la conscience de Vérité
une zone de silence assez vaste, appelée le Parc de l'Unité, composé de douze jardins prolonge l'emplacement du sanctuaire
et la ville s’étale, elle va se fondre en quatre zones :
- la zone industrielle, petites fabriques, artisanats divers, ateliers de recherche, complexe agricole, la production doit se faire selon les besoins de la collectivité, la concurrence est proscrite et aucun droit n’est accordé au profit et à la surproduction
- la zone résidentielle devenue un melting-pot architectural ou l’on croise toutes sortes de constructions, de la hutte de paille traditionnelle aux villas écologiques et à la pointe du recyclage, ici règne l’imagination tant sur la conception que sur le matériau
- la zone culturelle, qui se voudrait aux travers diverses académies, reflet de l’innovation scientifique et artistique complétée d’installations sportives
ici artistes et chercheurs ne doivent pas tendre aux avantages personnels ni subir de contraintes extérieures économiques ou politiques juste servir la communauté humaine
- la zone internationale, offrant via de nombreux pavillons la diversité de tous les pays, culturelle, linguistique, intellectuelle, traditionnelle
et puis comme pour ceinturer, protéger ce paradis utopique, cette vision sublime du genre humain, Auroville s’entoure d’une immense couronne de verdure, des milliers d’arbres ont été planté, la terre se verdit, la faune revient, l’écosystème renaît
Auroville traverse le temps
en 1966 la Mère obtient le soutien de l’UNESCO et l’aval du gouvernement indien sur son statut d’autonomie, l’Union Européenne y contribue depuis plusieurs années, en 1999 Auroville est encore un village avec environ 1600 habitants, plus de 35 nationalités y demeurent, de nos jours, spéculations foncières apparaissent, 3000 touristes par jour et puis ce besoin sous-jacent et peut-être obligatoire d’une unité centrale, d’un « gouvernement »,
Auroville fait venir chaque jour en son sein 5000 Tamouls, paysans pauvres et en guerre pour leur reconnaissance, Auroville se construit, se dévoile
- Mère, tu n’es plus là, as-tu réussi ton rêve échevelé d’un monde d’amour et d’éveil, de bienfaisance et de sagesse ?
Auroville, ses piscines éclairées, ses cantines, son business, ses bougies et son encens
ou est donc « l’Etre Supramental » de Sri Aurobindo, le serviteur volontaire de la conscience que Mère désirait ? Auroville n’est pas morte, elle tâtonne, elle doit veiller à qui veut la prendre, elle doit rester espoir

s’asseoir, regarder le ciel
devenir citoyen du monde
se laisser prendre d’une conscience universelle
se vouloir unité humaine nourrie de toutes diversités
je pense à Myra la femme
qu’ils ont voulu déifier
jusqu’à l’emmurer, l’empoisonner pour en faire leur symbole
Mère mourut en 1973.
Auroville lui réserva des funérailles de Déesse


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