dans l'armoire

d'autres ailleurs

embruns de rock

échevelé, avide
au milieu des accords
Samedi 18 mars 2006 6 18 /03 /Mars /2006 15:35

je la connais bien cette plaine picarde

terre de labour, de clochers et de bois

ici lorsque l’on ouvre le sillon c’est la mort qu’on y trouve

Beaumont-Hamel, Albert, Péronne et plus loin encore vers l’est

la charrue souvent bute ou fait ressurgir l’horreur du passé

obus d’ypérite encore tout chargés de leur venin, plaques militaires dernières traces du martyr subi, fusils rongés de rouille, grenades latentes

ici mes grands-pères ont donné de leur sang, les monuments aux morts sont patrimoine, anglais, sénégalais, chinois, canadiens viennent s’y recueillir

l’emblème de cet horizon si chargé d’absurde et d’histoire est le coquelicot, la seule plante ayant résisté au déluge de métal, de chair et de destruction

 

Sur le terrain vague, sale et malade, ou de l’herbe desséchée s’envase dans du cirage, s’alignent des morts. On les transporte là lorsqu’on en a vidé les tranchées ou la plaine, pendant la nuit. Ils attendent – quelques uns depuis longtemps – d’être nocturnement amenés aux cimetières de l’arrière. On s’approche d’eux doucement. Ils sont serrés les uns contre les autres ; chacun ébauche avec les bras ou  les jambes un geste pétrifié d’agonie différent. (*)

 

le vent fait se plier les blés et les maïs comme une métaphore du temps

ils ne sont plus que cinq, témoins vivants de ce déluge de mort

cinq survivants, les yeux, le corps et le cœur toujours tatoués de déchirure, de douleurs et d’images terrifiantes

que pouvons-nous entrevoir de ces victimes anonymes, de ces gueules cassées, de ceux tués sciemment par l’ordre établi pour refus de combattre ?

 

Nous sommes là, tous les deux, cet homme et moi, à nous rapprocher et nous heurter sans nous connaître, montrés puis interceptés l’un à l’autre, en brusques à-coups par le reflet du canon ; nous sommes là, pressés par l’obscurité, au centre d’un cycle immense d’incendies qui paraissent et disparaissent, dans ce paysage de sabbat.

- On est maudits, dit l’homme. (*)

 

9 381 551 tués au combat, 23 148 975 victimes du carnage, la guerre des guerres, la Der des Der comme ils dirent, plus de 20 pays en conflit,

Messieurs, vous êtes les derniers savoirs d’un passé qui façonnera l’ère nouvelle, dans la tourmente et le feu, limites humaines, pouvoirs exacerbés, vos mains qui tremblent sont symbole de la fragilité de l’être et des aberrations qu’il porte, vos yeux le miroir de nos erreurs, votre voix l’écho du bruit des canons

je vous retrouve et vous lis au travers ces photos, ces carnets, ces lettres, vestiges échoués, échappés de nouveau à l’enfer des flammes

vous n’êtes plus que cinq

non vous êtes tellement nombreux…

 

(*) extrait du livre : Le feu / Henri Barbusse - 1916 

Par daniel souhait - Publié dans : écriture - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Retour à l'accueil

le temps qui passe

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>

fouiller en ce lieu

des mots qui dénotent

des mots pour dire, rêver

des mots esquisse

des mots espoirs

des pages à tourner

Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés