diaphane 
bienvenue dans ce no man's land
ce transit de la vie vers le coeur
les dettes aux pauvres,
les bénéfices aux riches,
et ma morve sur ta pisse
mon dédain à tes canons
et tes billets
mon crachat à ton sang,
élite mourante,
et traine tes méandres de mort
ce monde légué,
infesté,
bruissements immoraux,
palper toujours,
les grands encravatés bouffis d’orgueil
peureux mais toujours imbus,
soudain mendiants
l’état démon, l’état obstacle
désormais salvateur
le boy d’or costard, lécher le communisme,
les erreurs aux pauvres,
les certitudes aux riches,
et ma gerbe sur ta bave
mon refus à tes spéculations,
et tes idéaux
de mensonges et d’intérêts,
suceurs d’égoïsme, prêcheurs narcissiques,
ce monde condamné,
contaminé,
des brassées d’oubli
balayent la masse,
j’fais pipi, après j’m’efface,
ici gronde le souffle maudit
des bouches affamées,
des espèces en perdition,
et toute cette eau souillée,
boursoufflés aux aguets de pouvoir,
les voila amnésiques
et toujours donneurs,
… de leçons !
fuir vers la rocaille des sommets
de la racaille des buffets,
au souffle manquant,
si loin des écrans cannibales
qui assèchent vies
aux intérêts notables,
les miettes aux moyens,
d’abord le palais et les guerres,
je marche, enjambe le peuple du rejet,
prends appui à des membres mourants,
balbutie sous messages et mensonges,
et ris parfois
comme un hoquet,
bulle de refus,
les pansements au peuple
les onguents aux requins
de telles mâchoires
qu’ils se mangent entre eux
et se craignent,
vous chier dessus,
non, pas gaspiller ma merde
je la préfère humus
à dévorer vos cadavres enrichis,
le pressing n’ôtera pas
vos sueurs prétentieuses,
vos reniements,
gonflés d’orgueil,
vous œuvrez pour les murs,
l’autre m’emmerde s’il ne me sert pas,
sourire, éloquence comédienne,
hypocrite et certaine,
des bannières et feuillets,
digérer le vous-même votre capitalisme !
vos poches trop gonflées,
ne vous alourdissent même pas,
las de tous ces constats,
une main sur la pierre,
l’autre au sein du fleuve,
vous subir,
garder l’âme et l’essentiel de l’humain,
si loin de vos salons et mains serrées,
l’angle est bon, le micro sature pas,
clap,
comme une claque,
surtout tais-toi,
les illusions aux incultes,
les trahisons aux pensants,
tant pis pour eux,
tant pis pour nous,
ils courent et tendent le bras
non pour l’étreinte mais pour le titre,
les valeurs du cœur ne se spéculent pas,
mais vous êtes jusqu’à les ignorer,
les dernières grimaces à vos remparts
s’éteignent ou se lassent
empereurs déchus sur de mornes plaines,
une tache à vos costumes,
une brèche à votre prétention,
vous titubez, piétinez
votre holocauste d’appauvris
et les sucez encore,
vous rappelez-vous de vous-même,
l’acajou du bureau,
ce sourire colonial
à l’ignorance béate de votre clientèle,
vous restez les forts
du moins le pensez-vous,
la masse se rétracte,
attend peut-être l’excès avant de se déployer,
la propagande aux muets,
les valises aux invisibles,
la bouche au robinet
si loin des sources,
et ma couette
comme dernier bouclier
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utopia / B. Lavilliers / live en mars 1978
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