dans l'armoire

d'autres ailleurs

embruns de rock

échevelé, avide
au milieu des accords
Jeudi 16 mars 2006 4 16 /03 /Mars /2006 15:45

l’herbe défile et la carlingue s’ébroue,

l’œil alerte, horizon, cadrans et la main toute douce qui tire sur le manche, je tiens ignorant et fébrile la carte sur mes genoux, je suis fier, je m’envole, je quitte cette terre pour maîtriser l’apesanteur, et c’est toi qui pilote

l’ombre des héros qui t’ont nourri, Lindbergh et la traversée de l’Atlantique au travers le bruit et quelques centimètres carrés de vitre, Mermoz et l’Aéropostal, le début des longs courriers, faire parvenir des mots sur du papier, même ta petite amie fait ses albums pour ses rêves, les avions, ceux que tu vis tant de temps, longues traînées blanches de B 17 vers le front allemand,

gamin sous la guerre qui reproduit son désir par le métal et le bois, le papier et l’acétone, sous les ruines tout juste éteintes d’une Allemagne meurtrie, tu apprends l’ordre et choisis la mécanique de l’air,

te voilà à Rochefort, ta main glisse sur l’aile de l’animal, un Spitfire, certainement le plus bel appareil jamais conçu, beau et sensible, tu le démontes, le remontes, l’ombre des héros, toujours, Clostermann, Bader, Saint-Exupéry, drôle de prince, passion et cambouis

concentré mais heureux, tu amorces un virage serré et t’alignes sur l’axe des peupliers qui bordent ta demeure familiale, et là si près des cimes tu mets plein gaz, le bruit du moteur les fait sortir, le bleu azur comme cap, tu souris,

du passage de l’école au métier, tu perds l’aéronautique et découvres l’industriel et toujours pas pilote, Le Bourget, le cri rageur du Drakken, les bouquets d’escadrilles, te voilà muté de nouveau et soudain retraité, dans le sous-sol de la maison, des odeurs d’araldite, un fuselage de planeur comme un sous-marin blessé, tu le caresses, le soignes, tu sais le souffle de l’air saisir la moindre aspérité et c’est là enfin qu’après une vie dédiée à l’envol, brevet en main tu prends le tien

le vent harcèle la toile et la fait insoumise

je tire sur mes lignes, apprivoise l’appareil

je ne suis pas pilote

juste tes initiales sur mon cerf-volant

tu voles toujours, Pa…
Par daniel souhait - Publié dans : écriture - Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
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