diaphane

bienvenue dans ce no man's land
ce transit de la vie vers le coeur
50 ans
et ce petit cadeau
quand l'image appuie le mot
voyages, rêveries, musiques
ils mirent plus de deux siècles
sueurs écoulées, meurtrissures des paumes, le grincement des poulies, le souffle des bêtes,
les hommes et les voûtes arc-boutées soumis à la démesure du beau
la miche toute de poussière blanche que l’on coupe et partage, le saindoux sur la mie, nourriture terrestre au repas du dépassement
l’œuvre s’élève de patience et de sang, de visions et d’efforts, d’ambition et de morts
sur le pavé, le copeau, la foi et la souffrance
je suis gargouille, je suis née du tourment de vos âmes
pierre arrachée à la terre ou vous vous nourrissez
je suis témoin de roche figé à vos devenirs
je vois vos bougies, vos lanternes, vos ampoules
les chevaux qui meurent et deviennent mécaniques
et pour régler vos guerres, vos armes démoniaques
balafres à l’édifice, de l’épée à la bombe
j’ai vu tant de vos folies
soutanes de torture et confessions forcées
chariots contaminés et bûchés de tourments
bonnets phrygiens hurlants
éclats de ma peau à vos marteaux assassins
le bourg s’est agrandi
et sa misère, ses commerces, son armée
comme devenus vos images
aux fortes nuits de pluie, j'éructe et crache de sombres rictus à ma gueule éternellement béante et muette au spectacle de votre démesure si tendue vers le laid
laideur de fracas
j’ai vu vos bombes, brasiers de chairs et de cris,
échos des uniformes, visages inclinés maquillés de terreur
éclats de destructions et peuples déchirés
je vous ai vu bâtir l’impossible et puis brûler vos œuvres
vos mains tendues aux chimères d’idéaux
votre soif de l’unique et de l’instantané
vos affres illusoires
les hommes et les voûtes toujours arc-boutées soumis à leurs valeurs,
au monde qu’ils ont fait
un vent de fin de nuit vient mordre ma matière
je noircis, je m’écaille aux gifles de vos acides
ils n’ont mis que deux siècles pour salir ma lumière
et me laisser pantelante, abîmée et lucide
parfois,
mais vos yeux invisibles ne peuvent m’apercevoir
de granit je suis argile
je m’étire doucement, me relève
et je laisse entre mes lèvres de pierre
s’échapper l’appel de mon dépit
aux bras du temps
peintures : véronique groseil
(je dédie ce texte à ma mère)
pétrir les nuées,
ce jus d’humain
écarlate et bleu parfois
aux stries asséchées,
des paradoxes d’histoire
font les aubes béates,
se pencher au miroir tremblotant,
s’y voir et plonger la main
à tâtons y cueillir l’amour
viens,
il traine ici des relents de soufre,
ces nuits d’uniformes
de cagoules et de coups,
palper les vides,
filets d’égoïsme, d’ignorance,
gris et encore cramoisis,
villages bombardés,
vos crachats meurtriers font les différences,
aux arrières cours,
les limousines et costumes veillent,
cravates au fond des banques,
transis mais toujours à l’affut,
retrouver la rue,
le droit de dire, de se préserver…
viens,
on va se faire des baisers,
se toucher et frémir,
se plonger en iris,
dire caresses et mots,
faut surmonter comme excrément peut-être,
leur héritage,
leurs protocoles et tabous,
et si les gestes sont mêmes,
les échéances dévoreuses et lénifiantes,
ne laissent en germes
que déserts et murs,
sur la vitre,
méandres de pluie,
ta peau aux confins d’étoffe,
survivance éphémère et fragile,
faire avec l’instant…
viens
ne pas se perdre au fond des jungles,
aux chauds effrois du désert,
aux spasmes du fleuve, tourmenté et haletant,
chercher le parasite au tréfonds du poil,
ces sourires édentés,
de sagesse, d’aride et de moussons,
les peaux se touchent, se mêlent,
engluées,
débris de marécages, forêts tatouées au bitume,
filets qui suintent, dépouillés de frémissements,
glaces orphelines et mourantes,
on tend même plus la main
pour dire au secours, pour connaître l’autre,
des bruits de sirène et de moteurs,
si loin de l’ocre cloaque des eaux nourricières,
et ces marbrures vérolées qui veinent l’argile,
viens
traversons ensemble
la courbe de brume et ces vagues d’illusions,
dans leur coupe, le sang du sacrifice
tout comme la bombe dans l’autobus,
l’âme a perdu son âme,
à l’ombre de l’édifice, pèlerins affamés d’ailleurs,
englués de certitudes,
croix, croissant, étoile,
la mitraillette aux portes du temple,
et des voiles de drapeaux et d’armures,
derniers battements de cœur,
mais restent les légiférants,
et nous courbés, boucliers d’égoïsme,
muets et tremblotants,
voila quelquefois des mains qui se serrent,
les bouches fumantes des sillons chuchotent,
aux reflets aveugles des cités,
je suis à genou ?
peut-être avec toi,
juste au nom de l’humain…
...
votre présence