doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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la ville suintait, des coulées de lumière ocre serpentaient sur les façades, les pétunias, corolles flétries ne flirtaient plus avec les géraniums, un tapis prématuré de feuilles desséchées nappait les trottoirs ou tourbillonnait follement aux passages des véhicules
le temps paressait, des paquets de silhouettes silencieuses se dissolvaient mollement aux arcs des bâtis et toujours ces effluves d’égout et de pollen
je marchais, observateur et absent, je savais ce poids aux épaules et au ventre autre que celui de cette moiteur estivale
avais-je un but, un désir blotti au creux de mon errance ?
une mouette rieuse perchée sur le gris brûlant d’une gouttière me guettait, observatrice et absente, je la sentais complice presque compassionnelle, j’ai souri, j’ai chuchoté
aux pavés de la ruelle qui menait au parc, de gros scarabées bleus filaient aux entrelacs de pierre, de lourds papiers gras frissonnaient comme d’étranges draps au caniveau, un fruit éventré s’offrait, agonisant aux essaims affamés
je marchais sans même l’écho de mes pas, je sentais ce temps comme figé ne jamais desserrer son étreinte dansante, observateur et absent
j’ai trouvé un banc et m’y suis assis que pouvais-je faire d’autre ?
j’inventais une bruine, un crépuscule clairet, le jus éclaté d’une framboise aux hérissements papillaires, la marque d’un baiser en taches luisantes sur l’onde de chair
- fiches le camp, bonne à rien, tu nous fais honte
les stridences hystériques et possessives d’une mère par erreur, l’approbation béate et soumise d’un père par erreur, une petite fille sortie de derrière le bouquet de spirées et de tamaris est allée s’asseoir, visage baissé et poings serrés sur un autre banc
les ramures se refusaient à transmettre ce ressac d’affligeante violence, une libellule ou une fée a traversé mes yeux de son vol éthylique et s’est posée discrète face à l’enfant, observatrice et absente , complice presque compassionnelle
une mèche furibonde s’est collée à sa joue, engluée de sueur et de larmes et puis de refus et de promesses, celles enfantines à ne jamais être identique au géniteur
je me suis levé, me suis approché, me suis assis au bout du banc, au bout d’une vie, au bout de cette détresse que j’aurais voulu arracher aux épaules trop jeunes et fragiles de ce cocon si mal ouvert aux dérisions mauvaises des semblants d’hommes
moi aussi le sel sous les cils, libellule, mouette rieuse ou êtes-vous ?
des frissons de banquise comme oripeaux dermiques, j’ai senti l’aura de son regard me traverser, se poser, chercher mon âme, crier en souffles muets, croire encore, complice presque compassionnelle
une brise peureuse arrache la mèche au chagrin et à la peur et nous ôte à tous deux un peu de lourd et de subi, un crapaud brise en ondulations alanguies l’éclat lisse du lac
là, sur ce banc de silence, portés, transcendants aux spirales cramoisies
nous deux, observateurs et absents

visiteurs se sont posés ici, merci