diaphane 
bienvenue dans ce no man's land
ce transit de la vie vers le coeur
bon je vais ranger un peu le bureau avant de partir, les femmes de ménage ne peuvent savoir que mon désordre est « organisé » - drôle d’impression, j’en aurai presque un sentiment de culpabilité, qui a dit lobotomie du travail ?
allez je quitte ce sombre couloir et les sourires hypocrites qui le hantent, je pousse la porte, ah oui j’ai oublié de pointer, ça y est, Messieurs je suis absent désormais
dehors comme un air de liberté, me faudra quand même quelques jours pour savourer pleinement ce transitoire détachement
voilà l’escalier, cet étrange escargot nous mène ou j’habite en haut, au deuxième, venez, je vous laisse les clés, c’est mignon chez moi vous verrez, vous connaissez déjà les masques, ils sont vos amis – bon c’est petit mais les poutres apparentes donnent l’illusion d’une fermette ou d’un chalet montagnard, allez faut toujours rêver un peu
je vous ai laissé un peu de fromage, de la moutarde, de la confiture et une bouteille de rosé dans le frigo, ah oui il y a aussi du chocolat noir sur l’étagère et quelques carottes dans le bac à légumes
ici c’est une partie de la bibliothèque, c’est elle ma vrai nourriture, vous y trouverez certainement votre bonheur, de l’histoire, de la poésie, de l’ethnologie, du romanesque et un peu de géographie pour se repérer dans tous ces voyages – chaque livre a son signet, je n’aime pas que l’on plie les coins de page, ça laisse des cicatrices aux ouvrages – bon faites pas trop attention à la poussière, c’est juste un rideau de temps
la chambre est petite mais vous verrez, elle est calme et lumineuse et si d’aventure vous la transformiez en vaisseau de plaisir, le ciel est juste au dessus et la voisine du dessous est un peu sourde
alors ne vous gênez pas – prenez bien soin de mon petit compagnon, c’est ma fille qui me l’a offert et je n’ai pas encore réussi à lui trouver un nom, laissez-moi un petit mot si vous avez une idée – dans la table de chevet à droite, vous trouverez de l’encens et des bougies et un recueil de René Char
bon, ben je vais vous laisser, j’ai enlevé le mot de passe sur l’ordinateur vous pourrez toujours me déposer un comm, ça me fera vraiment plaisir au retour, on est jamais très en forme dans ces moments là quand les yeux sont encore tout emplis de nuits blanches, de promenades et de découvertes et que la pointeuse nous attend
je penserai à vous, c’est promis, je reviendrai le 20
allez je vous embrasse| Juin 2012 | ||||||||||
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