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échevelé, avide
au milieu des accords
Lundi 21 août 2006 1 21 /08 /Août /2006 16:35

c’était un 18 mars, il y a vingt six ans

c’était un 23 septembre, il y a vingt trois ans

toi mon fils, toi ma fille

un lézard se fige sur l’ocre du crépi, je regarde le café en volutes dessiner dans la tiédeur matinale d’étranges fantômes bleutés, j’étale doucement le beurre sur la tartine, cette table posée entre route et rivière, ce jour naissant, toi mon grand, parti travailler, toi ma puce, encore lovée dans les bras de ton cher, je voudrais le temps s’arrêter, faire fi soudain des drames et même des bonheurs, là maintenant, en ce matin clairet d’août, sortir avec vous, nous fuir à trois, mais nous sommes déjà tellement osmose

je suis animal, narines à l’affût, oreilles tendues, juste après le pont, ronronnement du flot qui chute et s’amenuise sur la pierre, vos regards comme tatouages aux brumes de mes iris brouillés, je suis tremplin, sas, écluse et témoin

plus tard la nuit transgressée, nos mots pudeurs comme des cailloux d’amour posés discrètement au cœur de l’autre, nos vies à échanger, partager, l’ombre des disparus qui nous resserrent encore, pour toujours, un verre renversé, un peu de semoule sur le tapis et l’aube coquine qui nous rappelle

le lézard, disparu, une sauterelle au vert esquissé s’interroge aux affres d’une nervure confluente, je laisse la brûlance  noirâtre creuser mes intérieurs, je vous sais prés de moi, si peu de temps, je nous vis, m’abreuve de vos délires, de vos musiques, de vos histoires,

je suce le présent, n’en voulant rien perdre, ce jus d’amour, anonyme, incandescent, nourricier, façonner ces instants comme l’embryon d’édifice aux moments du déclin

toi mon grand

avec cette démarche un peu gauche, ce regard tendre même sous l’apparence, nos bagages de souffrance, les révisions d’histoire, Iggy comme premier concert, ta solitude d’errant las qui voudrait se poser, tes doigts sur les platines et le son comme fuite, le chien qui te regarde, confiant et complice

toi ma puce

toute de beauté frémissante, ce cœur écorché et béant sans apparence, nos bagages de souffrance, les cahiers de français, Camille et ses mots comme partage, ta voracité de vie qui veut se construire et être, ton sourire et tes mains vers l’enfant comme passion, le chien qui te regarde, confiant et complice

je verse à nouveau le café tiède et observe hébété cette coulée de nuit au fond de la tasse se répandre et attendre immobile le fracas cerclé du sucre en offrande, une guêpe, exploratrice insolente se rapproche, prudente, du cristal envoûtant

je suis miette de temps, en sursis, égaré, je jouis de l’instant, voudrais le retenir, l’enfermer pour le faire renaître aux moments de déclin

je sais les rires au creux du crépuscule, ces pétillements d’amour, ces mots, ces mains offertes, ces étreintes trop brèves aux balbutiements de l’aube, je laisse mon égoïsme happer l’instant, s’abreuver à n’en être jamais assouvi, mes deux sangs, vous êtes là, ensemble et je ne veux pas me retenir de vous aimer, laissez-moi encore un peu d’artisanat à votre devenir

c’était un 18 mars, il y a vingt six ans

c’était un 23 septembre, il y a vingt trois ans

 c’était hier aussi…
Par daniel souhait - Publié dans : cris de coeur - Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires
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