doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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oui j'imagine, cette lueur vacillante qui fait se tordre les cuivres dans de furtifs embrasements mordorés, les yeux de l'enfant perçoivent et intègrent l'espace, l'atelier de chaudronnerie recèle de mille courbes et énigmes, serpentins de métal qui viendront terminer l'alambic
comme la spirale anthracite de l'escargot, comme le cercle tremblant à l'onde figée du lac, ce liseron colon ou ces pépins épars
ces formes, ces couleurs
Antoni n'était pas brillant à l'école, il préférait dessiner et observer les gestes de son père et puis Antoni n'avait pas de chance, sa grande soeur était fragile et deux de ses frères étaient morts, ils n'étaient plus que trois pour ne devenir plus qu'un
élève laborieux avec la complicité de deux amis d'internat, ils entreprirent de reprendre les plans d'un monastère abandonné du XIIème siècle, il avait dix sept ans
romantique, éclairé déjà de cette logique et du talent novateur qui l'habite
oui j'imagine, ce désir grandissant qui fait le jour venir de quitter sa terre d'éveil, terre de vignes, de cyprès, d'usines à briques ou de tissus, et soudain ces dédales de ruelles sales, de gens agglutinés et bruyants, linges pendants aux grilles des balcons, misères et cérémonial urbain
Antoni commence ses études d'architecte à vingt et un ans tout en travaillant comme dessinateur dans un atelier et puis ce maudit été 1876, son frère puis sa mère et trois ans plus tard sa soeur lui laissant du coup une petite nièce s'en iront de ce monde
l'Europe tremble, cette fin de siècle marque l'avènement de la science et le dénie de la religion. Lamartine n'avait-il pas écrit, prémices à ce mouvement : « l'utopie est la réalité anticipée ».
c'est à ce moment là que l'idée d'un prêtre Josep Manyanet aidé de l'appui d'un promoteur Josep Bocabella prit forme avec l'appui d'une population pauvre mais animée d'espoir, construire une cathédrale universelle au nom de la sainte famille
oui j'imagine, les commandes affluaient, de riches industriels barcelonais avaient remarqué le talent de l'architecte, Antoni commença par la création de maisons ouvrières pour un riche industriel mais son projet ne pût aboutir, on ne loge pas un tâcheron dans une maison cossue, puis ce furent des demeures de riches bourgeois de la ville et de quelques édifices religieux
Antoni avait suivi les courants anarchistes de 1900 puis opté pour une libre pensée loin des doctrines et mensonges politiciens, fragile de santé, bourru dans ces gestes il était remarquable orateur lorsque sa passion l'animait, il tomba amoureux de la belle Josepha, fille de son premier client mais celle-ci bien qu'appréciant son érudition et son audace le refusa pour son coté rustre et trop sincère peut-être
mais le message de l'homme était autre
à coups de crayons, de mortier et de pierres il façonnait son imaginaire, matérialisait ces visions nocturnes et esquissées sur papier et cette folie humble, impensable aux biens pensantsmaisons d'elfes, dragons et gargouilles de serpent, et puis l'épuration des formes, courbes originelles, spirales encore, calice de couleurs, cheminées clown
le 3 novembre 1883, reprenant l'embryon du projet de Bocabella, Antoni s'engage alors dans ce qui, comme transcendé, motivera son oeuvre, créer et bâtir le temple de
oui j'imagine, les echecs aussi, l'un des projets d'Antoni était la création d'un parc habité ou la nature aurait fait corps à l'urbain dans une harmonie paysagère et construite, il n'y eu que trois maisons, celle de son client, de l'avocat du client et la sienne, personne n'y vînt
combien furent-ils d'architectes, d'hommes d'état, d'artistes à dénigrer ce jaillissement d'inventions et d'audace, visionnaire, fou, le temps a transformé ce rejet en contemplation et l'ignorance en admiration
en octobre 1906 le père d'Antoni disparaît, celui-ci s'enferme doucement dans un mutisme observateur et reculé, l'oeuvre telle une toile en rosace se tisse patiemment, l'édifice est vivant, les travaux balbutient et le souffle de cette utopie n'est financé que par les pauvres de la ville et quelques rares cabots endimanchés, il en est toujours ainsi les pauvres étant désormais touristes
Antoni va honorer encore quelques commandes mais le temps, les nuits, cette humilité attentive vont l'amener à n'être plus que foi et bâtisseur
non je n'imaginais pas au travers ces couloirs inclinés, ces plafonds en vague, ces fenêtres de poupées, ces toitures de dinosaures sentir une telle sérénité, comme transporté hors du temps et des normes, des acquis régressants, des lignes droites imposées
non je n'imaginais pas, les yeux levés vers l'ailleurs, cette joie transcendante, là, muet, cette nef béante, colonnes tubulaires comme poumons, échos de marteaux et de scie sous un transept écorché, je suis petit, je suis universel, je touche la pierre
je suis dans le ventre du temple, je me sens être, l'utopie nourricière, agnostique ou porté de foi, soudain humain
dans cette après-midi du 7 juin 1926, personne ne reconnût l'homme renversé par un tramway et que la vétusté des vêtements envoya à l'hôpital des pauvres, dans ses poches, des graines de tournesol, une bible et le dessin d'une façade du temple, celle de la passion
Antoni Gaudi mourut le 10 juin et sa tombe est dans la crypte de
plus sur l'homme et son oeuvre : Gaudi
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alors si le survol de la vie de Gaudi vous a plu, venez, entrez dans le ventre de l'édifice,
venez voir bâtir un temple...


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