diaphane 
bienvenue dans ce no man's land
ce transit de la vie vers le coeur
- entrez, asseyez-vous, oui, parlez-moi d’elle, comment l’avez-vous rencontré ?
- je ne l’ai pas rencontré, elle a toujours été là, avant que d’être envie et découverte elle était comme cocon, toile qui palpite, d’amour et de possession, elle était source, bouclier et habitat, main qui caresse et apaise, souffle susurré, matrice de cœur, étouffements de tendre, c’est de ce reflet là que soudain est née une autre image, c’est là qu’elle m’est apparue de nouveau, autre et nécessaire
- bien, vous transcendez la mère, ensuite ?
- j’ai toujours eu peur d’aller vers elle, je la trouvais toujours belle, mes mains aveugles effleurent comme un vent cette laitance tendue, serpents coquins au versant de la cuisse, je rougis, je baisse les yeux et me laisse apprendre, oui je crois que c’est toujours elle qui m’a appris, le meilleur comme le pire, tiens je me souviens, le meilleur, on va jouer, allez celui qui gagne sera heureux, j’ai perdu et je la vois qui me regarde, on va partager le gain, aussi je me souviens encore, descente et tourbillons, meubles éventrés, elle était penchée, petit blazer gris, jupe droite et mon trouble destructeur qu’elle déchire en silence, l’air de rien et ma main dans la sienne
- vous parlez d’elle avec beaucoup de véhémence…
- attendez, je me souviens toujours, elle court sous l’orage, la pluie nous perce, l’herbe glacée pénètre nos émois et les confond en plaisir, je la vois encore, elle ramasse une feuille égarée, espiègle au manuscrit et se met à la lire, sa détresse lovée à mes mots et nos manteaux de solitude
- mais elle justement, comment vous percevait-elle ?
- je la pense, je la sais quelquefois se nourrir d’un fragment de moi, je la voudrais avide mais vite repue, je la panse parfois, l’infuse de mon fluide si tiède soit-il, osmose qui palpite, émotions parasites, j’entrevois, je désire, je survole et cherche à me poser, je tremble et je pleure aussi mais toujours avec elle, je la suppose se terrer parfois aux creux de mes ignorances et balbutiements, je ne puis être c’est sur que par elle
- et après, elle, jusqu’ou ?
- elle, toujours, elle, tatouée, organe dans l’organe, elle qui me porte, le pire aussi, elle qui me regarde, acide, qui s’emporte des fois dans d’étranges orages, et puis qui me donne son crin et prolonge mon souffle aux fibres hérissées, je me souviens tellement, il en est de mon socle, de la brise qui efface, de ma main qui tâtonne et la cherche aux abyssales errances de ces nuits qui traînent et veulent en découdre, je l’aspire, lui mendie, l’écoute et lui cache parfois, je sais qu’elle sait, elle est là, tout prés, petite veilleuse si frêle et si ancrée
- mais qui est-elle vraiment ?
- elle est la veine hoquetante au tissu de ma peau, le ventre qui s’entrouvre aux larmes de la vie, le battement sourd d’un cœur qui mène à l’autre pas, l’abandon moite et suspendu des âmes apaisées,
elle est,…….l’amour
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