diaphane 
bienvenue dans ce no man's land
ce transit de la vie vers le coeur
là tout seul
cette table vide, juste mon assiette,
salut Léo
tu viens voir ma gamelle, tu viens me voir, sous les pavés y’a plus rien, ma révolte se meurt, suis-je encore, des enfants qui vendent leur âme pour se modéliser, se fondre à l’anonyme, je regarde le ciel et ses traces qui enflent, tatouages furtifs de ceux qui s’envolent vers d’autres horizons et ma bouffe froide que je me force à ingurgiter, on dit que c’est pour survivre, comment t’es là haut ?
là tout seul
cette maison, juste une escale
salut Jacques
toi tu sais peut-être , ce pays tout plat ou le ciel est si grand, ces clochers de fortune ce mesquin habillé d’alibis et ces castes d’occident que personne n’entache, plus ça devient vieux, plus je me sens seul, t’as pris les îles, les bateaux ne voguent pas sur l’asphalte, le cri des gamins aux pieds des tours et mon assiette figée, festin d’insectes, on dit bien qu’il faut vivre même si on sait pas pourquoi, tu vas bien là haut ?
là tout seul
ce lit froid, juste une passerelle
salut Daniel
tes cris se sont fondus aux miens mais la bouteille s’est cassée, même incompréhension même solitude, les vagues nous balancent leur écume d’égoïsme et l’on fend le flot sans savoir ou l’on va, oui la vie ne nous apprend rien, juste à s’y faire, planter là et s’adapter avec patience et aveuglement, mutisme et lucidité, ou sont les bons et les méchants ? dans l’assiette, restants d’excès, miettes larvées d’écoeurement, c’est supportable là haut ?
là tout seul
cet encrier tari, juste un manque
salut Claude
tes mots m’agrippent, ma ville n’est pas de pierres roses mais sa banlieue embrasse les favelas, sans la fête, sans les couleurs, et c’est bien un ring qui nous encercle, la brique redessine l’horizon si loin du bleu lavande et du chant des grillons, juste une plume d’ange qui cherche à se poser, un sax qui traîne et mon assiette soudain blanche, dis, on s’y fait là haut ?
là tout seul
avant que les doigts ne se figent, juste un sursaut
salut Edith
les mots n’osent venir, tu as tout dit, au fond de ton timbre, tout l’humain qui s’abreuve, méat avide, saignements d’amour piétinés sous la foule, l’hymne à l’ego s’enfle et se répand aux dédales de consciences asséchées, les amants se consument sous une lune souillée et les notes dépourvues se brisent aux matins froids, ils te laissent chanter là haut ?
là tout seul
l’assiette posée au sol, juste un chien qui s’approche…
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