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embruns de rock

échevelé, avide
au milieu des accords
Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /Oct /2009 00:10

je marchais ce soir là, voulais connaître ces quartiers chauds inscrits dans tous les guides, mais à Patpong pas d’exhibitionnisme, la pudeur n’empêche pas le trafic aux déchéances, le bouddhisme force à la discrétion et au caché, c’est certainement pas mieux,

au milieu de cette foule bigarrée, allemands, américains, français, pas d’arabe, les entrées leur sont interdites, en Asie la femme est sacrée, ces néons racoleurs, ces filles avenantes aux portes d’entrée, un gamin m’indique la meilleure adresse, que des thaïs, j’y vais,

une grande vitrine, un amphi et derrière la glace, des filles en maillot avec sur le sein gauche leur numéro, allez choisis, tu l’as pour deux heures et pour quelques baths tu choisis l’amour ou pas, je prends sans mais l’aurais quand même ayant choisis une « vieille », dans l’ascenseur du retour sous les moquettes mauves, elle m’a pris la main, sacrilège par là bas pour me remercier de ma timidité et de mon respect,

Monsieur, l’encravaté  imbu et fier, durant ces nuits d’errance je n’ai pas vu, certes je suis hétéro et n’ai pas fréquenté les mêmes lieux, je n’ai pas vu de garçon ou d’éphèbe de quarante ans, mais de cela je n’en tiens pas rigueur, d’ailleurs je ne le peux sinon j’ai les flics à la porte, et vous, vous aurez honte pour moi puisque vous avez honte pour tout le monde sauf pour vous,

juste vous dire que le président que vous servez avec un tel zèle condamnait il y a peu comme ministre de l’intérieur la prostitution et surtout les clients qui la pratiquaient,

Leda était chino-thaï, elle avait un petit ventre et d’énormes tétons (voyez monsieur le dandy au cigare qui doit regretter sa villa italienne, sauf pour la paye), je n’ai pas votre talent mais ai le mérite d’être franc,

alors je vais laisser votre prose :

« Il n'y a que pour ceux qui ne les désirent pas qu'ils se ressemblent tous. Il se tenait comme les autres sur la petite scène, les mains croisées en arrière pour bien marquer le corps dans la lumière… » (1)  

oui, c’est vrai, les accords saturés des gogo bars amènent l’indigent, l’égaré ou l’obsédé derrière le bar a repérer le numéro sur le soutien-gorge,

On rit un peu sans bien se comprendre, je lui refile les billets pour deux heures avec de quoi s'offrir une autre dent en or et il sort en chantonnant.

Le numéro est accroché à l'aine, en évidence. La plupart d'entre eux sont jeunes, beaux, apparemment épargnés par la dévastation qu'on pourrait attendre de leur activité.

Tous ces rituels de foire aux éphèbes, de marché aux esclaves m'excitent énormément.

Ces gosses ont largement l'habitude des hommes bien qu'ils ne les aiment pas vraiment,…

Je sors de ma stupeur, je pose sur ses habits quelques billets défroissés, nettement plus que la juste somme indiquée par le manager du club, mais il semble ne pas y prêter attention….

… salive salée de jeune mâle sans odeur de tabac ni d'alcool…. (1)

Leda me regarde, secoue les poches de mon pantalon, y entend le cliquet des pièces,

- regarde, c’est juste pour rentrer à l’hôtel, elle sourit et c’est un comble, me regarde avec compassion, européen gauche et peureux si loin des certitudes jouissantes des gens de son pays, aux plaines inondées de Chieng Maï et leurs cabanes de bambou sous le chant des crapauds, à cette couverture que t’as posée sur moi, clapotis comme symphonie, je mange l’autre moitié, tu me l’as offert, de cette banane avec laquelle tu as joué, devant ces ventrus friqués nimbés de nauséabonds désirs, tu savais que je savais au fond des rizières vendre l’enfant, oui, finir à tournoyer aux appétits puants de l’occident, mais nourrir le clan, ici les rues grouillent mais sont tranquilles aux portes des suggestions,

d’autres écrivent aussi de ces nuits moites et sensuelles,

Il aurait peut-être mieux valu ce soir-là, que je ne traine pas le long de cette grève. Bien sur, j’avais eu ces multitudes de haut-le-cœur dans des chambres de plus en plus tristes et lugubres avec des filles de plus en plus jeunes et de plus en plus insondables dans leurs douleurs et leurs problèmes. Mais tout cela je l’avais cherché.

Il fallait s’arracher au sortilège. Il fallait encore gouter de ces regards et boire de ces visages jusqu’à la lie.

J’étais donc ressorti et je trainais involontairement les pieds, comme voulant retenir un peu de cet itinéraire qui tendait à sa fin, de ces mètres qui se raréfient. Tout à l’heure l’avion m’enlèverait définitivement à tout ça. Je pourrais me laver et perdre des peaux  qui m’avaient ici recouvert jusqu’à l’étouffement. (2)

l’est retournée derrière sa vitre, elle est si peu choisie, Leda, je sais, le visage est sacré, pas de bises, j’ai senti ta main cachée derrière l’étoffe, et ce couloir feutré avant nos vides…

et là dans ce taxi de brumes pétaradantes, collier de fleur qui balance aux reflets du rétro, ce boulevard d’aube prématurée me ramène à la honte mais juste la mienne, nous nous sommes aidés à vivre, certainement, sur le matelas, les billets…

- Monsieur, quand votre président, celui pour qui vous avez fait allégeance, condamne non seulement celles et ceux qui se donnent mais aussi et surtout ceux qui les fréquentent comment pouvez-vous être ministre ?

 

(1) La Mauvaise vie / Frédéric Mitterrand / Robert Laffont

(2) Royaume de Siam / Gérard Manset / Aubier

 

Par daniel - Publié dans : politique - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
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Commentaires

Tu as raison Daniel et comme tu le dis bien. Et comme on les accroche aux piedestals ces soi disants intellectuels aux belles mains blanches qui ne sont que des hommes comme les autres, 80 kilos à nourir de bouffe, de fric, de mensonge  et de jouissance et la vie n'est pas bonne même pour eux, puisqu'ils l'ont mauvaise, enfin c'est ce qu'ils prétendent.
Commentaire n°1 posté par Semeuse le 06/11/2009 à 17h42
oui Semeuse, c'est tout juste cela, merci de ta réaction, t'as vu, personne ne laisse de comms, aurions-nous quitté la bienpensance, alors que rien n'est dit du silence des soumis,.. la misère fait les nantis nauséeux se croirent maîtres, l'éthique n'a désormais de sens que comme on voudrait qu'elle fût... hélas plus ce qu'elle devrait être...
Réponse de daniel le 07/11/2009 à 00h24
Ah ben non, toujours pas de com......
Commentaire n°2 posté par Semeuse le 26/12/2009 à 14h03
pardon Semeuse d'autant plus que je vais te lire tous les jours et que ça me rentre au-dedans, comme une peur conne et timide... et pourtant j'aime tant les empreintes qu'on me laisse comme la tienne,...
Réponse de daniel le 27/12/2009 à 23h47
Je viens de lire l'histoire de Michael à Bali...Moi qui rêve d'y aller. Pffffffffiou.

Quelle horreur.
Commentaire n°3 posté par semeuse le 27/01/2010 à 22h12
toi qui conte si bien l'imaginaire, l'express de minuit présent pour tous
pardon pour ce retard à répondre
la cote indonésienne compte tellement d'autres "paradis" moins pollués
merci semeuse pour le passage moi qui n'ose quotidiennement te laisser un com peut-être parce qu'il n'y a rien à ajouter
Réponse de daniel le 18/02/2010 à 23h03

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