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diaphane express

Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 23:38

écrire, toujours, pour le plaisir, l'occasion et le partage
ici la suite de quelques petits fragments déposés sur le site mil et une,
comme çà pour rêver se perdre avec les autres...

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63 


Big brother

Elle a pleuré encore ce soir, ces mots avortés, étouffés étaient à peine audibles, j’ai dû éteindre la télé. Il y avait ce voile de souffrance aux pupilles, cet éclat terni.
Laissez-moi vous conter ce chemin commun.
Grandir ensemble même bahut et sans jamais toucher nos peaux, cette complicité confiante et révoltée. Passer nos nuits à refaire le monde avant que le destin et nos ambitions l’emmènent vers ce qu’elle offrira aux autres.
- tu veux faire quoi après ?
- tu le sais bien, soit prof soit journaliste
Je hais ces odeurs et ces couloirs qui m’amènent à elle. Et puis cet écran bruyant perché au mur, sa main pendante qui serre le boitier.
Elle fit (j’en parle déjà comme au passé) la une des hebdos. Du sable des émeutes aux jungles policées, du fracas des bombes aux chambres de fin de vie, elle déposa comme reliques ces textes et images.
- regarde, ils m’écoutent et voient
- en es-tu sure ?
Elle s’absente quelque fois du fond des yeux, doit cacher sa douleur certainement. Soudain des draps comme barreaux et ce ciel fenêtré. Figée comme punie d’une faute d’incompréhension, elle semble veiller sur le vide.
Retrouver ces regards déguisés, ces fuites rampantes, le subjectif avide du vigile assermenté. Elle fut des magazines d’info, des caméras reportage et même d’un respect politique tous bords confondus.
J’exècre la vue de ce numéro de chambre, je voudrais sentir des vents et qui chasseraient ces ombres dansantes au fond de son écran désormais nourricier.
- il me reste une main et ce boitier qui me fait vivre

On m’a appelé, on m’a dit de venir en urgence.
Elle avait arraché ses liens de survie et avec fracas avait détruit la télévision en y jetant violemment sa télécommande.

 

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les vieux assis


Il (elle) reviendra

c’est le bruit de ses ailes, de lourds battements,
elles percent l’ombre, les bruines de glace,
il sent et sait,
Idyl, c’était son nom,
elle ouvrit de grands yeux quand il vint se poser,
au tréfonds de l’iris, elle se vit découverte,
main crispée, main tendue,
Nad, c’était son nom,
ce fut un son qui le fit découvrir,
cette ombre volage, massive et si frêle,
paupières closes, paupières blanches,
c’est l’onde d’invisibles, de destins susurrés,
il plonge, s’apprivoise d’elle
Idyl tâtonne, s’écharpe en silence d’un vécu bien trop lourd,
elle gratte au creux de l’étoffe cette nouvelle nourriture,
sous l’œil volatile aux ailes repliées,
s’abandonne à l’aimé
il sent et sait,
et c’est ce cri étouffé de silence,
l’incite doucement à s’entrouvrir,
Nad torture l’étoffe parfois, se perd en silence,
d’abyssales oublis, des manques à palper,
il gratte au creux de replis la peau nourricière,
c’est le bruit de ses ailes, de lourds battements,
elles percent l’ombre, les bruines de glace,
il tourne,
les voit tous deux sur ce banc de silence
qui piétinent le temps,
ils se sont aimés et l’attendent,
il sent et sait
et trace de grands cercles sans pouvoir se poser 

sculpture : Jean-Pierre Augier  

 

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hilda     Hilda

Hilda est lasse, le jour n’en finit pas.
Elle attend avec impatience que vienne le crépuscule. Retrouver enfin son alcôve, sa solitude feutrée, ses livres et son réfrigérateur. Elle a mis des rideaux devant ses miroirs, ne les entrouvre qu’à moitié.
Hilda peine à s’endormir. Tout au fond des souvenirs toujours les mêmes échos. Déjà en maternelle aux jungles naïves et cruelles du béton des récrées :
- Oh la grosse mémère !
Elle a grandi, et dans les parcs aseptisés des facs :
- t’as vu ta gueule et en plus t’es rousse !
Elle n’a pas vu peut-être les yeux de celui-ci.
Hilda ferme la porte comme elle l’a fait pour son cœur.
La pomme et ses gouttes d’argent se faufilent aux courbes embuées. Elle baisse les yeux, s’effleure de savon et s’essuie rapidement. Des murs boutonneux des cités aux sucettes urbaines qui squattent nos trottoirs, on les voit. Silhouettes fières, démarche chevaline si maigres comme décharnées parfois. Les médias s’en abreuvent et la gente féminine s’accommode et fait silence.
Hilda se glisse sous l’étoffe, sculpte la couette.
Elle n’a pas vu peut-être les yeux de celui-ci.
Elle va se perdre, sa peau en frissonne, c’est l’heure du fantasme et des spasmes, Sur d’autres murs d’autres affiches. On les nomme « burlesques », le cabaret les illumine. Et d’autres en une accrochées aux kiosques qui troublent le lambda. Elle se tend, cherche ses errances onaniques. Son souffle, ses mots susurrés, cet abandon soudain. Il viendra, il viendra c’est sûr. Hilda s’endort, elle délaissera le poème entrouvert, le retrouvera matin retenant en vain quelques bribes de sommeil.
Elle n’a pas vu peut-être les yeux de celui-ci.
Je le sais…


tableau : Duane Bryers

 

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emil-nolde-les-masques

 

 

 

 

 

 

 

 

Tsantsa  

 


tu te souviens,

les suées, cette moiteur lourde, ce silence de tentacule, 
tu te penches sur le cordage, essuies ton front, 
hamac de torture à guetter le moindre bruissement, 
et puis soudain le bruit sourd des tambours,
ce n’est plus le frisson peureux de la bête venimeuse 
plutôt celui de la flèche et ces corps aux armes de couleurs, 
enfants du feuillage, quêteurs d’âmes, 
tu n’as plus de souvenir, 
des bribes brumeuses et cramoisies,
tu ne te souviens plus, 
si encore un peu, ce visage dépossédé, qui se vide, 
peau réfractaire et rabougrie… 
… comme le mobile aux yeux de l’enfant, 
paupières entrouvertes, ils sont là, 
tournent et torturent nos fièvres partagées, 
n’ont gardé que l’admissible et l’âme rampante, 
tu les attends qui viennent, 
ils ou elles se penchent, sucent ta bouillance, 
ces morceaux de tête, grimaçants et vides, 
et l’aube qui vient t’habillera du tien, 
ce masque de survie…

 

Tableau : Emil Nolde

Par daniel - Publié dans : écriture - Communauté : écrire c'est hurler en silence
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chercher en ce lieu

voyages immobiles

pétrir les nuées,

ce jus d’humain

écarlate et bleu parfois

aux stries asséchées,

des paradoxes d’histoire

font les aubes béates,

se pencher au miroir tremblotant,

s’y voir et plonger la main

à tâtons y cueillir l’amour

city.jpg

viens,

il traine ici des relents de soufre,

ces nuits d’uniformes

de cagoules et de coups,

palper les vides,

filets d’égoïsme, d’ignorance,

gris et encore cramoisis,

villages bombardés,

vos crachats meurtriers font les différences,

aux arrières cours,

les limousines et costumes veillent,

cravates au fond des banques,

transis mais toujours à l’affut,

retrouver la rue,

le droit de dire, de se préserver…

 

viens,

on va se faire des baisers,

se toucher et frémir,

se plonger en iris,

dire caresses et mots,

faut surmonter comme excrément peut-être,

leur héritage,

leurs protocoles et tabous,

et si les gestes sont mêmes,

les échéances dévoreuses et lénifiantes,

ne laissent en germes

que déserts et murs,

sur la vitre,

méandres de pluie,

ta peau aux confins d’étoffe,

survivance éphémère et fragile,

faire avec l’instant…

thailande.jpg

viens

ne pas se perdre au fond des jungles,

aux chauds effrois du désert,

aux spasmes du fleuve, tourmenté et haletant,

chercher le parasite au tréfonds du poil,

ces sourires édentés,

de sagesse, d’aride et de moussons,

les peaux se touchent, se mêlent,

engluées,

débris de marécages, forêts tatouées au bitume,

filets qui suintent, dépouillés de frémissements,

glaces orphelines et mourantes,

on tend même plus la main

pour dire au secours, pour connaître l’autre,

des bruits de sirène et de moteurs,

si loin de l’ocre cloaque des eaux nourricières,

et ces marbrures vérolées qui veinent l’argile,

sagesse.jpg

viens

traversons ensemble

la courbe de brume et ces vagues d’illusions,

dans leur coupe, le sang du sacrifice

tout comme la bombe dans l’autobus,

l’âme a perdu son âme,

à l’ombre de l’édifice, pèlerins affamés d’ailleurs,

englués de certitudes,

croix, croissant, étoile,

la mitraillette aux portes du temple,

et des voiles de drapeaux et d’armures,

derniers battements de cœur,

mais restent les légiférants,

et nous courbés, boucliers d’égoïsme,

muets et tremblotants,

voila quelquefois des mains qui se serrent,

les bouches fumantes des sillons chuchotent,

aux reflets aveugles des cités,

je suis à genou ?

peut-être avec toi,

juste au nom de l’humain…

auroville.jpg

...

une présence

...un peu de douceur,
dans un monde de brutes...
 
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