diaphane 
bienvenue dans ce no man's land
ce transit de la vie vers le coeur
dans ce dédale de sites ou se perdent tant d’écrivaillons, il en est un ou le souffle qui l’habite emporte le lecteur vers le plaisir réel de lire et découvrir mille et une histoires comme autant d’éclats imaginés, de ressentis porteurs qui vous prennent la main et l’esprit et vous mènent somme toute vers le chemin du cœur
ici quelques modestes fragments de mes participations
-----
golems
il attendait la nuit,
ses mains incertaines d’avoir trop cherché, trop pétri se préparaient au rite,
ses jambes trop maigres, héritage d’errance allaient tourner sans fin,
voilà la nuit et ce n’est que rarement qu’il marquait sur un front de glaise figé, le mot magique,
Moshe le kabbaliste lui avait sur quelques pages inscrit les formules,
doucement il commence ses rondes,
litanies de psaumes à la voix éraillée,
non, non ne pas revivre la fuite,
les hurlements d’angoisse aux piqués des stukas et de leurs sirènes,
et ces points de poussière qui font s’écrouler les hommes en jets cramoisis,
Sarah, sa grande silhouette, Shirel, ses cheveux d’encre,
ça grondait comme la rage dans la plaine,
même jaune l’étoile reste une étoile,
il a vu l’avion et son crachat meurtrier,
il y avait aussi Samuel, Alain, David,
et soudain tout ce vide, l’était de côté, l’a survécu,
cette nuit va porter l’irrationnel, le défi au dogme,
il marche, arpente ce cercle invisible en psalmodiant l’écriture,
se souvient encore, on libéra les camps,
avait-il trop mordu le sol et ce goût de sang et de terre,
alors il s’était mis à façonner l’argile,
modeler l’humain à l’usage du créateur,
des heures au doigt à la spatule à faire naître le visuel,
restait l’âme,
la nuit s’offre, qui réveillera-t-il aux abysses du rituel,
Moshe lui a donné les signes et les mots,
c’est la peur qui l’empêche de les retrouver trop souvent,
cette peau qu’on laboure, qu’on malaxe soudain se tend,
la voilà qui se meut,
il savait cette nuit de retrouvailles au-delà des horreurs,
il savait l’infortune des esprits abandonnés,
ce cortège poursuit qu’il avait fait revivre,
il trace lentement le symbole de la vie…
* sculptures : Fanny Ferre
-----
p'tit
aigle
c’était comment dire, une sorte de père Noël, de magicien, de chevalier,
souvent j’me disais si seulement c’était mon père,
lui au moins y m’écoute, porte les images dans ses mots,
berce mes pleurs d’étreintes tremblantes,
j’pouvais chez lui, toucher le bois et la fleur,
chez lui des fragrances en écharpes d’ambre et de papier,
et puis ces étagères d’ouvrages habillés de poussière,
traces de doigts sur l’encyclopédie et l’atlas,
tu les caressais ces couvertures de cuir ou de carton,
tiens , prend-le p’tit aigle, ouvre une page au hasard,
sens le poids physique de ce livre et imagine le poids des idées ou des rêves,
il ne pèse rien,
haletant aux cimes de pierre converties en bastion
ou frissonnant aux embruns givrés d’une mer du nord,
mais pourquoi tu m’appelles comme ça ?
p’tit parce que t’es petit,
l’aigle parce que je veux que tu prennes ton envol,
plus haut tu es mieux, tu vois tout,
l’oiseau mange surtout ce que la nature laisse,
il nettoie tout les rejets d’hommes,
et la page tournée, d’autres rayons d’azur crépusculaire,
c’était, oui j’vais le dire, une sorte de sage égaré, penseur hystérique ou nonchalant
qui sortait comme totem, bâtons de sorts,
sentiers induits en méandres d’encre,
il mettait plein des signets parfois surlignait la phrase maitresse,
puis rangeait l’ouvrage par ordre alphabétique,
p’tit aigle, lire c’est lisser ses ailes,
c’est voir le dedans des âmes et des contrastes,
tiens ce roman, il conte l’amour impossible,
ce combat d’humains contre l’éternelle solitude,
et vois cet essai, il traite des folies guerrières,
des plaines ravagées et des sangs confondus,
tu tenais le livre comme on protège l’enfant,
avais-je vraiment déployé mes ailes,
ce fragment de dentelle encore parfumé,
il venait de partir, avait laissé à mon intention une vieille clé,
et me voila ouvrir ce petit étagère,
découvrir les pages falsifiées ou son écriture avait remplacé le texte initial
pour y laisser et offrir le témoignage de sa vie
certainement ce jour là, suis devenu oiseau
* photo : Eric Belin
-----
Lune
- t’inquiète ma douce, j’serai toujours là
tous les soirs elle arpentait la grève, maudissait cette écume baveuse et puante qui lui prenait son homme, des récits de marins elle en avait plein sa tête, avis de tempête, mer déchainée, quais
de port comme agence funéraire, ce maudit phare qui ne balayait qu’absence et attente et ceux revenus, blottis et troubles au fond des bars qui gerbaient leurs récits, lames suceuses qui les
aspirait hors du bastingage, navires voués aux abysses des vents méchants,
- ma belle, regarde le ciel, ce rond jaune qui fait lumière au noir, s’il se voile, c’est marée mauvaise, et quand il brille c’est calme plat, c’est notre messager, tu veux, mon aimée, ma lune,
ma lumière, balloté de peur et de misère je saurais que nos yeux se retrouveront au-dedans de cet astre ténu et capricieux,
ce soir le ciel est lourd, maquillé de peurs et de drames, la mousse marine claque sur la roche, une brume lourde masque les candélabres de la jetée, elle sait déjà comme un présage mordant qu’il
n’y aura pas de chalut, pas de criée demain matin alors elle foule le sable comme toujours, longe cette baie de poussière qui charrie si souvent son lot d’inertes vomis d’océan, l’œil jaune a
baissé sa paupière, reste juste la pénombre et là aux caresses du ressac, balloté d’embruns salés, elle voit le corps, s’approche, se penche, soulève doucement le visage puis au fond de la poche
du pantalon trouve ce petit mot déjà dilué par l’onde tueuse
- je t’aime ma Lune
en silence doucement s’allonge à ses cotés, regard tendu vers un ciel muet
* tableau : David
Alfaro Siqueiros
| Juin 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | ||||||||
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | ||||
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | ||||
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | ||||
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | |||||
|
||||||||||
des mots pour dire, rêver
des mots esquisse
des mots espoirs
Hormis le terme " écrivaillons " que je trouve un "tantinet" tant subjectif que péjoratif , j'adhère tout à fait à ce réel plaisir de la découverte du site mille et une histoires ; quel bonheur cette concentration d'ouvertures vers tant de mondes , tant d'imaginaire et d'imagination , cette multitude de sonorités donnée à un même mot ,...lbref , l'essence de ce site . ( ou pas.. pour les pauvres écrivaillons dont je dois faire partie aux yeux d'une certaine ( ??) "élite" )
non dysis, "écrivaillons" n'est pas un terme péjoratif, je me classe moi même dans cette catégorie, qu'importe comment nous sommes jugés et compris, l'essentiel reste de poser des mots et de les offrir
Les sites d'écriture sont toujours stimulants. Les trois personnes qui ont créé Milletunes sont des anciennes de l'anneau des ateliers d'écriture du web, très dynamiques, adorables, pleines de bonnes idées! Contente de t'"y lire et retrouver, pour l'heure pas trop le temps ni l'énergie, niotre fils au chômage et je garde son petit garçon pendant qu'il cherche du travail... Dur la vie mais vive l'écriture!
le bonheur est pour moi Viviane, chacun traine le poids de ses contraintes, les miennes sont celles d'une solitude dévorante qui me ronge et que je combats par de modestes tentatives d'écriture
merci de ta visite, je t'embrasse