dans l'armoire

sommes-nous ?

si tu ne hurles pas

personne ne croira

que tu as mal

 

 

 

 

 


quelques images

doucement ouvrir...

...l'espace de ce lieu,
de l'amour :
viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs :
la louve, Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent :
tout seul, matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades :
une rencontre, un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique :
lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe :
montségur, enfants du pire, jungle de sang,

entrez, vous êtes ici chez vous...


-------------------- 

Samedi 15 mars 2008
chez moi, l’horizon porte des croix

elles sont comme érables et chênes, ponctuent le paysage, dessinent d’étranges silhouettes au ciel chargé qui se prépare à nourrir la terre

chez moi, le moindre hameau aux bâtisses en torchis porte son monument et ces noms inscrits sur la pierre

l’histoire et l’âme des hommes balayent l’argile et le calcaire

-----

il n’est pas parti la fleur au fusil, il avait lu, n’aimait pas les guerres, ils revenaient morts ou cassés, était-il encore boulanger ou déjà fermier, mon père ne me l’a pas dit,

undefinedil faisait froid ce jour là, la terre creusée s’effondrait en charpies de boue et de sang

et ce gradé qui gueulait, emmuré certainement dans ce cahot d’incohérence, de fracas

- vous trois, retournez à votre poste, ils ont des tireurs d’élite, descendez les ! allez !

blottis au fond de ce trou qui n’en finit pas avec juste le silence ponctuellement souillé de râles, ils reprirent la position et c’était chacun son tour, il avait été le dernier, juste relever la tête, chercher rapidement l’ombre qui dépasse et tirer,

peut-être se sont-ils regardés longuement, le premier a essuyé son fusil de la manche, l’a armé et s’est redressé à demi, l’œil collé au viseur, l’écho d’une balle meurtrière sur la plaine qui suinte, et son corps qui tombe lourdement sur celui du suivant

- merde, tuez-moi ce boche ou j’m’occupe de vous !

il lui a dit, n’y va pas, et l’autre de répondre, j’ai pas l’choix

comme un hommage à son compagnon, lui aussi a caressé le canon puis la crosse et s’est accroupi avant d’entrevoir l’horizon sans être aveuglé par la balle qui lui perce le front

puis ce fut le silence, il est resté muet à fixer bêtement les corps de ses deux potes

mon père ne m’a dit la suite, juste qu’il a survécu

-----

ça gueulait pour couvrir le fracas de la mitraille

éleveur puis vendeur de bestiaux il se retrouvait là, à ramper, à surveiller la progression de ses compagnons d’enfer, ma mère ne m’a pas tout dit, mais lui avait-il tout dit ?

des volcans de terre jaillissaient impromptus avec leurs éclats de chair et le sifflement des balles comme chant funèbre, puis le néant

undefinedquand il ouvrit les yeux, c’est la douleur qui le sauva, cette main bouillante et informe et sa bave de sang, il a rampé jusqu’à sortir péniblement de ce bourbier de mort, ramper, faire le mort, dissimuler sous une indicible douleur l’inerte pour mieux fuir cet apocalypse,

puis en titubant, ne sachant ou aller dans cette brume d’abandon, il a marché, hébété et absent

- monsieur, monsieur, viens, t’es blessé, je sais ou aller

doucement, dans ce coma d’impasse, il a tourné les yeux et cette petite fille qui le tire et le dirige soudain le régénère, son pas résiste et le redresse, sous le préau de l’école, l’enfant ouvre le robinet et lave cette main et ces peaux éclatées et pose sur son visage la fraîcheur d’une caresse humide et salvatrice

ma mère ne m’a dit la suite, juste qu’il a survécu

-----

il s’appelait Lazare

pas d’immigration en ces temps, pas besoin d’être français pour défendre la pays, vingt cinq ans et deux guerres pour obtenir la carte de la nation, lui qui voulait retrouver la dernière fosse dans l’anonymat aux usures diplomatique a dit oui au symbole mais seulement pour tous ces camarades d’horreur et pour la mémoire

laissons lui les derniers mots : « Nous avons fait une guerre sans savoir pourquoi nous la faisions. Pourquoi se tirer dessus alors qu'on ne se connaît pas ? Il y avait des gens qui avaient des familles à nourrir ». « Si vous faites un hommage, qu’il soit sans tapage important et sans défilé militaire ».

undefinedvoir aussi et ici

illustrations : Franck Biancarelli, Adrien Floch, Juan Giménez - extraites du collectif : Paroles de Poilus / Librio / les plus belles lettres en BD

Jeudi 6 mars 2008
souvent

là devant ce clavier

la résultante du moment de solitude,

de réflexion,

et noyé d’isolement furtif,

le retour à soi même

avec des thèmes qui défilent

au gré des aberrations humaines,

je vous laisse le constant, le constat

blogs frileux, autocensurés,

commentaires épars et timides

toujours les souffles de liberté,

qui s’essoufflent

alors en deux, trois années

le fleuve est à l’étiage,

une chape aux relents d’oppression

nous mure et nous aphone,

je suis au bas du tremplin

juste avant la chute

j’ose plus me retourner

mes errances avides

n’ont même plus de miettes,

à conduire l’illusion

mais c’est l’espoir qui vainc,

c’est un baiser à la science

quand elle sert l’homme

avant que ces préceptes

n’aveuglent leurs pouvoirs,

c’est un hymne au cœur,

celui des écorchés offrants,

qui voient cette nouvelle liberté menacée,

juste revendiquer et défendre l’homme,

juste aimer…

alors, j’ai voulu remettre en ligne le texte qui a ouvert mon blog,

juste un p’tit poème

et merci à ceux qui me suivent

puissions-nous survivre décemment

nous,

les présents et à venir,

sherpas d’idées si modestes soient-elles,

les Nombreux…

 

"Jeudi 27 octobre 2005  

au moment du départ, je n'ai qu'une valise,

un lambeau de quai me conduit à ce train

issu de ma mémoire à jamais insoumise,

je fuis avec mes rêves incrustés de chagrin

toujours sur mon chemin, j'ai laissé ma détresse

tel une marque stérile, étrange maladresse

et fuyant mon destin comme délaissé des autres,

j'ai prêché l'incertain étant mon seul apôtre"

archives : blog, blog (2) , blog (3)
par daniel souhait publié dans : écriture
Mercredi 16 janvier 2008
 alors elle avance, toute frêle

ses mains comme des corolles, ténues et qui tremblent

qui palpent l’indicible

des baisers de brise dissipent l’opaque

laissent entrevoir

le bout des membranes,

de l’autre coté du pont ses ombres de semblables

qui l’attendent et offrent aussi leurs bras

des serpents aux tièdes laitances

sillonnent l’aride

encore un pas, encore

elle tâtonne, titube

alors elle crie, toute peureuse

ses mains crochées hurlant la paroi, désaccord du décor

qui pourfendent l’ignorance

des crachats de vent tourbillonnent et se perdent

délivrent doucement l’autre coté du pont

il y coule méandres rosés

de l’eau et de l’humain

et l’haleine fatiguée

du temps et de ses chiens

alors elle se fige, toute roche

ses mains qui brassent, pêcheuses d’étreintes, filets de peau

encore un pas, encore

elle les voit, synonymes, impatients,

tendues comme des ramures, voûtées et cristallines

ce pont à franchir et son autre coté

ces bienveillants de cire se disloquent

bébés d’argile aux rubis ébréchés

il y a des brassées de noir, des vipères de désordre

alors elle se couche, toute soumise

si certaine du demain,

ses mains inertes, souillées, posées au sable et argiles

toute cette terre, porteuse stérile,

de douces mélopées de voix et d’arpèges

c’est l’herbe et la pierre au creux de l’étiage

juste dépasser le pont,

il y s’éteint au dessous, des veines asphyxiées,

enfants de marbres déjà tout fissurés

obligé cette houle et ces gouttes figées,

alors elle…

encore un pas, encore
par daniel souhait publié dans : écriture
Samedi 29 décembre 2007

oui j’les connais les trottoirs
j’les arpente quand vos âmes dorment
que vos maris vous chevauchent
et vos certitudes de mâles à la femelle contentée
avec en murmure
la soupe diluée de l’écran bleu
ça grince sous le paddock
c’est la fête
le sapin clignote sous l’œil vide du chien
y’a le lampadaire de la rue du pont
qui marche plus
putain ça caille, une grappe de bourges échevelés
traverse la rue comme un ruisseau
la goutte à ma lèvre
c’est pas un reste de sauce, c’est le début de la gerbe
des cris traversent le crépi de ces façades de lèpre
quelques rires aussi
faut que j’lave ma couverture, elle pue trop
à l’aube les poubelles
distilleront encore chauds, la saint-jacques ou le chapon
j’ai marché toujours
sur l’asphalte
miroir humide et reflets de vos frasques
l’aube tarde
ce sera toujours pareil, t’es plus fort, je m’incline
j’ai froid

par daniel souhait publié dans : écriture
Vendredi 28 décembre 2007
porté par un vent qui l’éloigne des côtes,
l’esquif s’enfonce aux confins
des paquets gluants et glacés s’agrippent aux rafales
embruns incandescents
l’acier gémit et résiste
il s’est amarré de cordes au bastingage
ce pénis de pierre accouché de la roche
son œil jaunâtre qui balaie le déchaînement
comme une main de tempête
farouche et avide
les planches se déchirent
et voilà la terre
et ce crayon de granit à la mine balbutiante
le flot est prétentieux
il gravit de l’intérieur ce pieu comme un défi
et le vent qui s’acharne, fait trembler l’édifice
le phare est vide
undefinedcertainement les fantômes
qui veillent sur le verre et l’état de l’éclat
cette peau liquide n’en finit pas de remuer
l’orage qui scintille aux frontières des paupières
il observe, il scrute
les mois qui passent
dessinent à ses joues d’autres chemins
cette nuit là était autre
fragments de roulis
écailles mouvantes qui se dessinent
la mer accouche
les yeux rongés de sel, rouges comme la veine
juste guetter la brillance ponctuelle
du faisceau aveugle
figé d’errances projetées
il l’espère s’approcher, crever l’ombre, dévoiler la silhouette
écorce tremblante qui balbutie aux jugements
parfois aux replis de l’étoffe
la vague qui suinte, relents de poissons oubliés
écrasés sous la botte d’éphémères voyageurs
elle s’esquisse si fragile esquif
transparente aux tourmentes
et lui qui tend les mains
encore la nuit à cogner la roche
à rêver d’impossibles courbes
si lentes et sereines
elle va venir, c’est sur
cette bave d’écume au repli d’une lèvre
des souvenirs balancés, ressac d’amertume
il descend titubant, ce lancinement de marches
elle a gravi le derme
une main habillée de terre et d’eau
cette boue qui le dévore et le ronge
il chancelle sous le déferlement
il l’attend depuis si longtemps, viens
un amas d’ombres
comme sous le trait d’un peintre halluciné,
se dessine habillé de brume et d’embruns
elle est là, c’est sur
toute trempée et déjà ses cheveux qui volent
derrière lui ce trait de roc
la houle gueule, le froid en guenilles
sa peau rêvée jusqu’aux frissons
bave de vents, coraux cristallins et salés
l’écume tâtonne, les éléments forniquent
c’est elle c’est sur,

dessin : Hugo Victor Marie / 1866
par daniel souhait publié dans : écriture
Mercredi 26 décembre 2007

il cogne un peu au fond du crâne
les abus de la veille ou les vides qui martèlent
on efface les traces
on essuie les assiettes, les verres et les plats
et au  travers la porcelaine
d’autres recettes, celles des aimés
de sapin démesuré, de gui sous le lustre
allez, pose tes mains sur ton ventre
n’affecte pas les autres
retiens ton cri aux absents
fais semblant
l’enfance est là et d’autres utopies…

 

à toi, maman, papa
à zebu, à laudith, à tous ceux qui vivent à plusieurs…

tout au fond du coeur

et à eux

par daniel souhait publié dans : écriture
Vendredi 9 novembre 2007

ils vont arriver, c'est l'heure, la marée a été gentille et les a ramenés dans l'après midi, les caisses de multitudes tortillées, débarquées sur le quai, les derniers crieurs, l'odeur du sel et de l'écaille fraîche,
je les sais avides, certains qui portent encore les embruns du vivant d'écume et d'autres parfumés à l'asphyxie, je grime les paupières, caresse doucement les hanches, ce sont les miennes, cette courbe comme frontière, je tends la jambe et fait glisser  comme timide, le nylon suggestif, au miroir de pupilles si lasses,
déjà les tumultes vocaux, ces voix qui s'élèvent , lavabo, je m'éclabousse avant d'entrer, je regarde mon ventre,
ça pue dans le bar, on s'entend pas, des hommes soudain volcans qui gerbent, éructent et se perdent comme moi si souvent mais sans les flots rongeurs, c'est pour ça que je les aime, je sais leurs regards, de mes yeux à la pointe de mes seins, la vague du bassin et la jambe ondule comme un bras tâtonnant, je suis leur rêve, belle et inaccessible, j'agrandis lentement l'arc de leurs éphémères refuges, tous ces yeux égarés, perdus de solitude,
ça gueule fort ce soir, les temps sont durs, les filets qui se vident et le moteur à nourrir
et rideau traversé, ils me découvrent, m'entrevoient, ils m'aiment brune, mes seins déjà fatigués si naturels, ils m'aiment comme eux, égarés au large si loin de l'inutile bruyant du présent, juste le langage du vent qui nettoie la terre et fait danser l'océan,
 - Apsara ! Apsara ! Apsara ! Apsara !
les voiles de crêpes  et de soie chutent, je danse et me dévoile pour eux, ne vois que de l'ombre en face et m'offre à l'inconnu, je frissonne de narcissisme et de peur, je suis belle, je le sais, je me venge en courant, trop tard
- eh ! viens là ma belle, j'vais t'montrer l'homme !
l'estrade chancelle, ils le saisissent, ses potes de tempêtes et de filets à trier, et je ferme les yeux, je tangue encore à leurs fantasmes éternels, j'existe, ils m'observent et m'envoûtent de leurs silences et obscurités,  ils savent mon téton raidir de par leurs regards, je danse, je m'évade, du bout de mes doigts au profond de mes cuisses, je m'envole ne vous vois même plus, regardez, je suis dépouillée, je n'ai plus rien, je vous offre déjà ça, nos errances et nos quêtes, allez baissez le projo,
ce soir c'était chaud mais pas de bagarre, l'envie engendre la querelle, ils sont c'est sur repus, ils savent l'inaccessible, ne vivent que de ça,
- eh ! pourquoi on t'appelle Apsara ?
- Apsara ? je sais pas, peut-être parce que l'on m'a gravée sur la pierre devenue végétal, que l'on m'a façonnée au fil de tant de peurs et d'aspirations, que l'on m'a faite déesse, c'est dur d'être dérive pour l'homme, gouffre à ses faiblesses, peut-être aussi pour danser et t'emmener vers d'autres rives
toujours pareil, la magie éteinte, juste un désir, je les vois autres, je veux mes draps même froids, lasse, et ces filaments rampants de remords qui rongent  mes restes de pudeur, une autre fille a pris le relais sur cette scène de bastringue, mon éphémère illusion qui tremble, qui soudain se cache aux autres
- ils m'appellent Apsara...

par daniel souhait publié dans : écriture
Jeudi 1 novembre 2007


- quatrième ok ! au sol le mécano fait un grand signe
le métal vibre et s'ébroue doucement, le vrombissement des hélices et du souffle des cylindres emballés, la nuit est claire, propice au vol, Paul salue pour la photo, l'avion glisse sur la piste, trente quatre tonnes d'acier et quarante trois mètres d'envergure, ses ailes démesurées et son nez de verre se prépare à l'élan et après la pause vérificatrice, l'envol,
la nuit est claire, il s'appelle Paul Tibbets, il est  trois du matin, les prémices d'une aube grise et rougeâtre, on est en plein océan, Paul tire doucement sur le manche, direction Hiroshima
l'équipage n'est pas causant, les heures de vol si lourdes, tous cobayes, ceux des airs, du bout de la radio et ceux innocents,
Paul n'imagine même pas ce dont il est le dernier instrument, il est huit heures quinze, le B 29 stabilisé à neuf mille mètres, Paul déclanche l'ouverture de la soute, on est le six août 1945, Little boy fend les airs, quarante trois secondes de chute libre, et l'explosion à 580 mètres au dessus du sol dans l'axe de l'hôpital au coeur de la ville, Paul doit maintenir le cap
- eh les gars on fait un demi-tour et on regarde

Paul ne repassera pas au dessus de ce  désert d'horreur accouché et qui enfle, tout l'équipage de la Superfortress mettra ses lunettes de protection et reprendra, hébété le cap du retour, plus de cinq cents kilomètres avec cette emprise monstrueuse qui s'étale et monte et détruit, en deux minutes le monstre atteint dix mille mètres d'altitude,  encore six heures de vol, le premier sommeil de Paul, cette vision et cette médaille au sortir de l'appareil,
Paul Tibbets est mort ce jour, ce jour de mort, de cimetières retrouvés, il fit sa carrière au service de l'armée, fut rejeté de certains et soutenu par d'autres et même s'il se taisait pour d'obscurs arguments, puisse-t-il s'apercevoir aujourd'hui qu'il ne fût que l'articulation ténue du bout du fil aux grimaces empiriques des gouvernants,
un homme, juste un instrument de l'histoire...
'
photo 2 : Mémorial / merci Edith
par daniel souhait publié dans : écriture
Mardi 30 octobre 2007

au bout du quai, je voyais le fanal onduler doucement, une araignée de brume tissait sa toile aux réverbères et aux façades dépecées, d’étranges fantômes grisâtres déambulaient en silence ne me voyaient même pas, oui c’était la nuit ou le jour transformé, entaché d’éclaboussures, de rouge et de couleur d’invisible, en marchant je me laissais hypnotiser au chant répétitif des traverses de la voie et ces deux lignes d’acier fuyant vers l’horizon, juste le halot trouble et incertain du fanal comme guide, les caméras ne voient pas au noir, les gyrophares traînent aux quartiers riches, les égouts canalisent nos écoeurements, je vous sentais, vous mes hantises, mes vides, mon ombre alanguie, porteuse de ces amours muets et pieuvre, si rapides et avides toujours, silhouettes de rats, du labo au fond de l’homme, le candélabre comme un gros œil triste, échos mourants de révolte et papiers gras voletant aux caprices d’un reflet d’âmes, soudain l’obscur, à tâtons, sans repères et ficelles, tremblotant, peureux, le fanal se rebelle, le quai n’en finit pas et pour quel train ? j’avance un peu à l’écart du cœur torturé de la rue gavée de racoles et d’hymnes à l’individu, les masques ont pris le dessus, des lits comme cercueils, l’égoïsme qui se perd le temps d’un orgasme ou d’un simili, des ados comme cocons écrasés aux ailes naissantes déjà amputées, des adultes bêtifiés nourris aux baves nauséabondes des médias et du jeu, mes pas résonnent sur ce quai silencieux, le fanal titube comme las, donne-moi l’éther du silence et de l’amnésie, les hordes désespérées descendront tôt ou tard vers l’hyper centre, les pastels au bitume ne seront pas ceux attendus, chacun se meuble comme il veut, et la haine suintant de misère, un jour c’est sur crèvera la rue en cicatrices cramoisies aux échos renvoyés du seuil aux fenêtres des façades de morne et d’identiques, j’ai soif, de souffles, d’haleines aux relents de gerbe, celle écarlate du fond du cri et celle du corps convulsé, fragmentaire, des brumes en paravents pour cacher la goutte blanche en méandres sur l’émail, du bois craque quelque part, le fanal si proche mais qui le tient et pour quel train ? au bout du quai sûrement l’attente, des lentilles voyeuses et délatrices, dérisoire, tu veux ma photo, t’as déjà tout, ce froid ne suffit pas à l’étouffement des flammes, des une en surnombre et tous ces sourires narquois, derrière les monuments, des billets cachés, des protocoles primitifs qui s’étendent en gouvernance et manipulations, plus loin des ombres qui scrutent les poubelles et des veines ouvertes sur des canapés de velours, reste encore une peau, une pupille tremblotante et le froid de cœurs figés et aveugles, dis, reste encore un peu, j’entrevois le fanal timide et chancelant, les limites du quai, des nervures de métal qui trouent la ville, issues fragiles et débordantes, là bas, des ruisseaux hoquetants, l’araignée de brume façonnait un mur, j’étais là, immobile, les yeux rivés sur cette entaille de graviers et de fer,
un train allait venir…

par daniel souhait publié dans : écriture
Lundi 15 octobre 2007

c’était une rue normale
une rue quoi, avec ses échoppes, ses couleurs,
ce grouillements d’ethnies pacifistes
je m’y sentais bien, ma peau et mes cheveux
enfin confondus
et ces effluves rebelles
qui font le sourire aux visages,
l’ailleurs on ne l’aime qu’aux étals
- tes papiers !
je me retourne, surpris et innocent
ils sont deux, un grand un petit
comme au cinéma
non, pas comme au cinéma
la suite ne se dit pas, la suite se tait
- alors ! ça vient ! t’es pas dans la jungle ici,
on a d’autres choses à foutre !
je lui tend ma carte en attente de confirmation,
juste une signature,
- ouais, tu nous suis et tu fermes ta gueule, négro !
il m’agrippe, me bouscule, me donne une frappe sur la nuque,
et d’un coup de pied au genou me fait choir
je me recroqueville sur cet asphalte puant la pisse,
relents de parfum et d’échappement
le bateau tremble, secoué d’ondes maléfiques
- écoutez-moi, vous avez vu, ici on prend pas les fardeaux
un corps de trop c’est une charge à exclure,
vous la voulez la côte ? alors fermer vos gueules !
parfois les mots sont bien vains
la mer s’est occupée de nous, la vague a fait le juge
et  l’orgueil du passeur si désuet soudainement
son regard me déchire
il est hautain et de haine
c’est ma couleur qui lui déplait
je dois le penser si fort qu’il m’assène son poing au visage
- bon, donne tes papiers et baisse les yeux !
c’est pas un black qui va faire la loi !
on a chaviré, j’entends encore les cris
que l’océan veut faire taire, le remous comme une gomme,
plus de capitaine, d’autres esclavagistes m’attendent
et que je ne soupçonne pas
ils sont démocrates et porteurs d’uniformes
et puis ceux de l’écran avec leurs belles cravates
ma terre tu me manques, c’est pas le paradis ici
- alors tu fais quoi ?
- je travaille dans le bâtiment, monsieur, je suis maçon
- arrête de me regarder, t’entends p’tit branleur !
- ben c’est juste pour vous répondre, m’sieur
j’ai pas fini ma phrase, j’ai juste entrevu
le pied botté se projeter vers moi
…………….       ………….
on a marché, des jours et des jours
parfois accrochés au toit d’un bus
souvent terrés à mendier l’essentiel,
une route de peur et de corruption,
de mort et de peur encore
- allez, tires-toi, c’est bon pour cette fois
je vais vers la sortie, doucement
- eh, négro, tu comptes ramener la famille ? !
au fond de ses yeux toute la puissance
de l’analphabète glorifié et soumis
j’ai retrouvé la rue
dans l’ombre et la nuit
pas de différence de peau
et ceux de ces heures si loin de l’intolérance
égarés sans pays non plus
même pas celui de l’âme
comme d’étranges fantômes
au front des refusés ils avancent, naïfs
leurs cris comme des pétales
flétris aux trottoirs et aux matraques
allez je vrille le texte, les mots
je suis français désormais
j’ai ma carte dûment signé
je suis toujours noir
et j’observe et subis
délit de couleur, mes proches plus jeunes
toujours suspects
mes amis du maghreb, tuméfiés et hostiles
à l’ignominie
et ces relents perpétuels
de racisme et de différences
les biens blancs du pays et ceux d’ailleurs
forcément agresseurs
je sui français ben j’aurai pas dû
j’ai honte,
des patrons propriétaires de presses, d’industries
qui jouent avec l’équivalent du budget de mon pays,,
le maniement sournois d’une icône omniprésente
et dangereuse
ma terre d’origine toujours en suspend
et des rues policées aux faciès comme passeport
comme droit de vivre,
le vent tiède et chargé serpents et gazelles
vous tomberez
il leur faut sonder le sang, ils n’en ont pas assez versé !
ils fonts des grenelle et des commissions
et les cris étouffés
sont loin d’aveugler une presse ronronnante
même leurs syndicats s’abreuvent au patronat
pour compenser le manque d’engagés,
l’argent, celui de l’ombre
et de la trahison
là, j’étais à vélo quand ils m’ont arrêté
j’ai rien grillé, je suis pas sorcier ni cannibale
je suis noir
gentil, lucide et fier
- j’ai rien fait de mal m’sieur !
encore la même peur, regrets zébrés
aux affres des présents
j’ai couru, mon cœur en souffles demandeurs
ce soir c’était mon jour
certainement
au filet du caniveau ma bave et mon sang
et le reflet des badauds
j’ai senti l’haleine de la terre
et le pouvoir des hommes,
le long du canal
des tentes alignées…

par daniel souhait publié dans : écriture

le temps

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