doucement ouvrir...
...l'espace de ce lieu,
de l'amour : viens, deux coeurs, ta peau, tu n'es pas là,
des visages sur des coeurs : la louve,
Mira, Henri,
des mots qui tâtonnent : tout seul,
matin blême, humanomimes,
d'étranges promenades : une rencontre,
un parc, des larmes de pierre,
un peu de musique : lola, keny, mick,
des images qui bougent : une cathédrale, un éléphant, du vent,
et ce monde qui s'emballe : montségur,
enfants du pire, jungle de sang,
entrez, vous êtes ici chez vous...
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c’est l’heure des aubes tièdes
quand le cœur des villes s’ébroue de son mutisme nocturne pour retrouver le ronronnement piaillant que la clarté fait naître, les étals se garnissent de viandes ou fruits frais, et les silhouettes de cires ou de plastique aux reflets des vitrines revêtent leurs nouveaux habits,
on éteint les projecteurs, tourne un peu l’immobile modèle pour mieux l’offrir au regard frileux et critique du promeneur-consommateur,
l’heure du quotidien qu’on ne lira pas, du croissant avalé de travers, du dehors à la clim aseptisée du bureau et de ses rites
ils sont arrivés, discrets, juste visibles à ceux qui ont des yeux, sont restés quelques jours, ont crevé les devantures maquillées et froides, ont fui par les toits
j’avais rien vu, je vous jure, je n’avais pas remarqué doucement au fil des deux premiers jours ses pieds et ses jambes se fondrent, si las de ces silhouettes vendeuses et stéréotypées,
ce matin comme un autre, peut-être les yeux plus ouverts, le cœur béat
il est là, impudique nous montrant sa fin à venir, silencieux et ailleurs
flaque de poussières
et j’ai crains le pire
et le pire est arrivé,
naufrage lent et agressif
un visage au fond du seau, non !
juste une serpillière
et notre gueule claquée au carreau





soudain plus d’échoppes, plus de marques, ils se réveillent ou squattent ces mètres carrés d’exhibition, égoïstes et impudiques, je me souviens son ventre, je m’étais arrêté, étonné de ce pied indécent qui crève la peau et là, figé, je le vois, avide et démesuré, allez sors, sauves-toi de ce carcan liquide et aveugle, montre ta tête, fragment d’humain boursouflé, impatient,
il la tire, l’attire et son âme avec, j’en suis sur,
emmènes-là aux crêtes des quartiers loin des vitres et de leurs illusoires passages
ton visage qui mange le sourire de ta mère





et puis, ceux de la rue qui nous font détourner la marche pour les éviter et les ignorer encore, leur caddie fourre-tout, juste le ramassis de nos projections, pourquoi de l’autre coté,
y déployer son rêve peut-être, terrasser l’indécent au profit du juste, les voiles gonflées même draps, torchons ou plastiques amènent au bonheur, grimpe, approches-toi du ciel, de la lumière, tu sais déjà l’illusion des valeurs, te reste l’évasion, à la bouche des ports, vaisseaux scintillants, ton envol au travers la ville, va…




« L'Angélus est un tableau que j'ai fait en pensant comment, en travaillant autrefois dans les champs, ma grand-mère ne manquait pas, en entendant sonner la cloche, de nous faire arrêter notre besogne pour dire l'angélus pour ces pauvres morts » disait Millet.
nos aveuglements de rides aux berges des paupières, l’imaginaire nous tire vers le dérangeant, des sillons de la glaise nos anus en récolte et ces visages de douceur tatoués au métronome des saisons, la buée qui s’estompe, sagesse des plaines, invisible, piétinée






rêve écolo, épluchés champs et sous-bois, à l’affut comme le chien nourri juste pour ces jours de traverses, de battues, la mort entre deux verres, plumes et poils battants au dernier souffle, l’œil rouge de l’animal au regard torve du chasseur, et derrière l’habillage guerrier, la nature qui se venge, tentacule végétale patiente et sure, même le compagnon à quatre pattes mime l’indécence et le folklore meurtrier, c’est bien la terre qui te mangera et tu n’y pourras rien, allez cherche un refuge, traqueur traqué








il était dans la vitrine opposée, bras tendus, il lui disait « je t’aime » au bout du papier puis il a traversé la rue,
s’est retrouvé prés d’elle, tout prés, à l’embrasser, à lui couper le bras de l’anneau, celui de l’alliance incertaine, à lui dire certainement « attends-moi » avec ces réveils étourdis
et lourds, ils s’étreignent, impudiques, parodies d’espérances, ce lien tranché, rattrapez-vous, oui fuyez, ne reste plus que cela, vous êtes beaux,
garder le lien,…





je marchais vite pour mieux profiter des retrouvailles, pouvais-je les retenir, le rêve et
la dérision n’ont pas de frontière, ils sont partis, la rue s’entrouvre et subit ses mornes apparats, le badaud se nourrit de ces froides illusions, l’aube, les stores qu’on relève, les dernières
laveuses d’un pavé bien scellé, bon je vais boire un café...
photos prises lors du spectacle de rue "la révolte des mannequins" de la Compagnie Royal de
Luxe
à venir, une autre balade avec d'autres mannequins, nous ne sommes pas seul
ils ont trouvé leur terre, de naissance ou de fuite, qu’importe, ils l’ont aimé et ont œuvré pour elle, pour le paysage au travers l’œil de l’autre, pour l’homme encore et tant mieux, c’est surement ceux du terroir qui fauchés de temps n’ont plus de frontières, mais palpent les racines tous comptes faits d’une même âme, l’humain
en 1990 je participe à un concours de vidéastes amateurs pour le conseil régional dont le but est « promouvoir la région » sous toutes les formes soient-elles, je choisis le mot et l’image
des rencontres avec la brume frileuse des prairies, ce souffle invisible d’identité qui laisse rêveur et songeur, un mot commun et unificateur : la passion, le reflet d’être investi d’un autre nous-mêmes, qui préserve, qui transmet, qui donne…
verrues d’écorce, bave de boue au travers le sillon, la terre, ses apparats de sable ou de roche et ceux qui l’aiment, au fond de l’humus, les âmes, et vivre au décor du derrière le rideau c’est passer les frontières, corrompre les lignes, les différences comme étendards, du sentier à l’horizon, leurs yeux scintillent, ils ont le souvenir, la passion, l’amour
ils ont la mémoire, celle du fracas des chars ou d’antiques bateaux délivrant épices et étoffes, celle de la plume aussi, de l’atelier au fond du fleuve jusqu’aux astres voilés,
alors je sais le voyage du visiteur sur le net trop furtif, et là, deux films de seize minutes
mais pourquoi pas ?
à la remise des prix, le président du conseil régional n’avait rien vu, il aurait même serrer la patte de mon chien, il reste la réaction des enfants dans les classes, ils ont rêvé, ont effleuré
l’histoire et rencontré des gens
ces gens là 1
- il s’appelle Jean Pierre, son atelier était au cœur de la vieille ville, avec patience et talent, il sculpte le bois et fait naître Lafleur, notre Guignol à nous Picard
- Nisso, il est des hommes que l’on écoute, l’horreur des camps et lui seul survivant, échoué à Amiens qui pour survivre va faire renaître ce que les gens de la cité avaient oublié : les hortillonnages, ce marais veiné de brume et rieux comme on dit chez nous
- et puis Michel, qui sorti de sa blouse blanche d’infirmier plonge au creux des fleuves pour y chercher nos traces
ces gens là 2
- elle a voulu rester anonyme, elle nous rappelle un siècle d’histoire avec les mots de la rue et du cœur et ce passé si récent tellement oublié, nos socles invisibles et pour elle toujours les mêmes façades
- il s’appelle Armel, et pour écouter la ruralité dramatique de son poème, sa voix, et ce patois tout porteur, bottes terreuses qu’on secoue, calvaire comme balise au ressac figé de la plaine, son établi, son étau, le narrateur se confond peut-être
- Cécile était gardienne de la maison d’un des plus grands écrivains de cette boule qu’il avait exploré, inventé et bien plus loin encore, on l’à viré quand on a décidé de rendre la maison du Maître rêveur, kitch et piège à touristes, oubliées des années de passion et de pédagogie
- et puis François-Xavier, l’architecte, dont le projet projeté dans le film a été réalisé et très bien perçu par l’entité urbaine, et ces mots testamentaires : « je crois en l’avenir »
j’espère que vous prendrez ou avez pris le temps de faire comme moi, rencontrer ces gens là et il y en a tellement d’autres, anonymes et portés, par delà le soi, saisir la terre, étreindre la peau, dénuder nos regards et y voir le reflet d’un monde unique, de pupilles siamoises et d’étreintes universelles
c’était l’instant des grillons, quand le crépuscule porte la brise brûlante du jour et des sueurs, les enfants sautillent, le pavé incandescent comme grève asséchée, ces moments d’août paresseux, soudain cette lenteur nourricière et on est bien
sur la placette de ce petit bourg de la côte aux murs ceinturés d’eau, nonchalant et souriant aux badauds, croquis de terrasses, il a rejoint ses potes, son jeu de boules à la main et nous on s’est assis à l’ombre des bougainvillées pour dîner en cette tiédeur naissante
et j’aimais l’homme alors j’ai chantonné doucement à l’oreille des enfants « petite souris, chanson douce, Zorro » et même « Syracuse » ils les connaissaient tous et puis on a rigolé encore quand son rire traversait la pierre jusqu’au fond de l’assiette,
doucement les draps de nuit, l’instant des murmures et d’accords étouffés aux travers les cours, le cri des enfants regards perdus aux brillances saumâtres des canaux, hébétés aux astres insolents, les mains des grands qui traînent sur la pierre et leurs yeux égarés
au cocon de nuit dans ces temps figés, il est passé devant nous, seul, on a rien dit, on l’a salué et il nous a gratifié d’un grand sourire, petite silhouette blanche balancée de musiques intérieures,
de cette nuit, on se souvient encore
son : le rire - Henri Salvador - en publicà consommer sans modération
la flamme chancelle
les mots tremblent sur le pupitre, peureux et qui se jouent à l’ombre de ma main
l’encre rougit parfois
est-ce la source froide et figée du nid de porcelaine tout taché de sombre ou l’éclat écarlate des épées dans la plaine, le vent du combat traverse la cuirasse de pierre et fait danser les corps
sur les tentures, l’encrier se vide, les boucliers s’abaissent
les chants des couvents n’y pourront rien ni la terre chaude et encore fumante ni le regard du ménestrel face aux hagards attablés aux bribes de rots et de rires gras
les places et les façades chancelantes sous les torches essoufflées, les robes qui tournoient, des bouches qui s’effleurent et des enfants envoûtés aux lèvres des anciens, tellement loin des
remparts,
des traits de lumière
elle est le visage de la forêt
lui celui du vieux loup
l’encre étincelle, s’échappe et brûle mes doigts
est-ce cette foule comme un balancement moite, le réconfort dans la multitude, les cordes distordues lancent leurs cris de métal et savent se faire caresses, l’armure en étoffe transpirante et
offerte, iris ternes, d’accords en échos, le lieu est clos mais l’ivresse de l’oubli demeure sous les riffs saturés,
la flamme chancelle
les mots veulent danser, s’abreuver encore de rires et d’innocence, se perdrent vers la nuit…
merci à Ritchie Blackmore et Candice Night
c’est avec tellement de délice
que le rock m’a amené à remonter le temps
vidéos : Minstrel hall, Child in time / Blackmore’s night
s’il vous plaît
allez, prenez quatre minutes
ne tendez pas le bras pour effleurer la ramure
ne cherchez pas l’impensable
aux pupilles de l’autre,
humez l’haleine du voyageur
potion de continents
touillée aux ébullitions
d’un monde sans âme
la voix se fait cristal
et l’instrument soutien et trace
bon, vous êtes derrière le clavier
et l’écran,
fermez les yeux
s’il vous plait
juste pour être ensemble…
et rêver…
le site
Loreena Mc Kennitt / the mystic dream / Nights from the Alhambra / 2006
le samedi 8 septembre de cette année 2007, Jean François Bizot est mort
à l’heure ou le média tend la gueule pour qu’on le muselle,
ou le politiquement correct bave de toutes les bouches
le défricheur de l’underground et de la contre culture s’en va pour une autre route
je me souviens d’Actuel première mouture, ses récits déjantés, le cours de la barrette de shit et ses dessins à la Crumb, il s’agissait alors de n’être que soi même, libre et créatif, freaks, hippies, techno et prémices du rap pouvaient s’y exprimer et puis en pleine gloire, Actuel se saborde pour renaître d’une façon plus glacée mais toujours aussi libre et puis les almanachs, véritables voyages aux confins d'autres pensées
pas envie d’en écrire plus, les habitués de cet espace savent que l’ombre de l’homme revient souvent au travers mes mots…
la révolte lucide s’éteint doucement dans le silence tapageur d’un monde castré
t’as certainement rejoint Baudelaire, Hendrix, Kérouac…
merci Jean François, pour le rêve et l'autre culture
souvent d’autres Non, ne dis rien…
font naître les mots comme on ne sait,
là devant l’illusoire câblé,
des survivances humaines qui caressent ou cognent,
juste des notes de tendre et d’intime
qui nous font tous affamés peut-être
et ce poème
Le silence du matin
Est si doux
Ne dis rien…
Faisons comme si demain
C’était nous
Non, rêve encore…
Les voleurs, les casse-cous
Sont partout
Rêve encore…
Oublions que le monde est fou
Au dehors
Laissons le temps passer
Sans s’en préoccuper,
Le monde tournera quand même
Autour de lui-même
Toujours…
Non, ne dis rien…
L’inconscience du matin
Est sur nous
Ne dis rien…
Restons là loin des destins
Qui se jouent
Non, dors encore…
Les ailleurs, les « gâche-tout »
Sont si forts
Dors encore…
Oublions les châteaux-forts
Et les loups
Laissons le temps passer
Sans s’en préoccuper,
Le monde tournera quand même
Autour de lui-même
Toujours…
merci floryane
laissez-vous emmener aux chuchotements de son espace
aux balbutiements de l’ombre
quand l’obscur se revêt de silence
alors le cœur s’entrouvre
pétales d’écoute et de tendre
et posés là, juste au creux de l’émoi
un piano, une voix
tes yeux brillent tant
es-tu heureux ?
qu’as-tu fait de tes rêves ?
as-tu tiré le trait sur eux ?
du noir dans tes yeux,
la nuit t’a volé ton ciel bleu
ou irons-nous danser
ce soir mon âme s’ennuie
ou irons-nous danser ce soir
emmène-moi je t’en prie
la vie est-elle ailleurs ?
le monde est-il plus beau perché
derrière des masques poudrés
ici et là se meurt chaque seconde emportée
par les horloges en pleurs de te voir les gâcher
es-tu heureux ?
ou irons-nous danser
ce soir mon âme s’ennuie
ou irons-nous danser ce soir
emmène-moi je t’en prie
danser / paroles et musique : Loane
site : Loane
j’avais tout froid, ce soir
engoncé sous l’étoffe
les draps suintent cette rage lasse
et les nuits perlées à se tordre
frissonnant, titubant
dans ces rêves crevés
j’ai eu encore besoin de t’entendre
merci Lola
C’est solitaire
Un petit peu la guerre
On grandit mal mal mal
Et si on grandit
C’est qu’il fallait le faire
Pour avoir l’air normal mal mal
On passe des tas d’heures banales
A tutoyer le désert
Le ciel a l’air malade
De l’atmosphère
C’est solitaire
Un petit peu la guerre...
Et c’est même pas l’enfer
C’est juste les jours qui manquent d’air
Ca donne envie de faire taire
Cette personne quelle conne
Qui grandit mal mal
Mal anesthésiée locale
Ce matin comme hier
Ca y est
Tu obtempères
Et c’est l’emploi du temps
Accès à l’espace client
Des mots qui rendent sale sale sale
Et tomber sous le sens
S’allonger dans le silence
Grandir à l’envers de rien
C’est solitaire
Comme un plaisir délétère
J’finirai mal mal mal...
J’m’en tape pas mal mal mal...
Lola Lafon / Le bilan de compétence
elle est inclinée, un léger balancement fait craquer la chaise
elle écrit à son fils
des écharpes de brume engluent ses yeux, trop de liquide ou de prises peut-être dans cet hôtel perdu au néon qui balance sous les coups du vent, c’est une vie qui défile, là au tout début, les couvertures de Jardins des Modes, Jours de France, Elle,
il est le temps du cordon, de la succession aux année soixante, et pourtant, elle sait l’image accrochée à chaque mouvement de l’aiguille, elle s’appelle Christa Päffgen, née en Allemagne en 1938 aux premières eaux de cette guerre qui allait accoucher l’horreur, elle va grandir sous les glorieuses, ces temps d’espoir et d’imagination, sa frimousse enjôleuse prélude au visage scarifié de l’âme d’une société qui se perd, Christa, poupée glacée, Chanel et tant d’autres lui laissent une poudre de succès, avant d’inspirer Andy elle était déjà star
elle écrit à son fils
elle lui dit ses larmes, ce destin comme un tourbillon,
Alain, quelqu’un que j’avais rencontré deux ans auparavant à l’île de Ischia ou il jouait son premier rôle principal dans Plein Soleil et ou moi même m’étais montrée deux ou trois semaines trop tard pour tenir le rôle principal féminin. Toujours est-il qu’à cette occasion nous nous étions rencontrés pour la première fois. Alors je l’ai appelé au téléphone et nous avons passé cette soirée à nous balader en Masérati et on s’est fait arrêter par les flics trois fois cette nuit là pour excès de vitesse, peut-être avait-on bu un peu beaucoup ce soir là au Blue Angel Club. Avant que la nuit ne finisse, nous sommes allés chez moi et Alain est resté jusqu’à ce que les heures du matin soient finies et nous nous sommes dit au revoir. C’est peut-être bref comme description et bref ce le fut, ensuite nous ne nous sommes jamais revus…
tu as changé de nom, je ne le savais pas et même pas celui de ton père, qu’elle est loin cette année 62 et les premiers balbutiements d’Ari, déjà le destin les sépare, Nico transporte sa solitude, ses amours passagères et son envie créatrice, de Paris à New York, de Londres à Bourg
elle se balance et la chaise agonise
elle écrit à son fils
ce non père, Alain, et l’ombre de sa mère qui te recueille, ah oui le nom du non père, Delon,
et ces retrouvailles furtives, mimétisme naissant
égérie que Warhol ne dupliquera pas, l’usine a ses équivoques, comme elle, et puis, elle rencontre Philippe Garrel, derrière son objectif de fortune et dans ses affres lyriques, il la transcende, la fait déesse mais Nico sent déjà son chemin, un harmonium, des mots, un fixe, Cale lui tient la main, son compagnon Garrel signe le film de sa vie, univers onirique, la nudité du désert et la bave volcanique bref les rivages de l’âme humaine et il faut bien parler de cette voix monocorde, de ces accords répétitifs aux relents nostalgiques et lancinants
il est le temps du cordon, de la succession aux année soixante dix, elle ne voit plus l’image
il y a l’héroïne de Lou Reed et puis Nico,
ils veulent ton visage pour un magazine
ils veulent ma voix pour leurs craintes
je veux que les nouvelles du monde soient
une vérité autre en d’autres larmes
quelle blague un beau cadre
consumé en une simple flamme
elle écrit à son fils
la route, des palaces aux chambres de fortune, dans son sillage, un univers de rencontres et de souvenirs, Jim le lézard, Iggy l’iguane, et Gainsbourg épris d’amitié pour le petit Ari, et puis tant d’autres, la poudre lui dresse le frisson, l’entraîne encore vers la blessure et le carnet de poèmes sous la veste de cuir et si petites ses pupilles, Christa arpente les rues, des brumes blafardes londoniennes aux cafés parisiens, elle sillonne l’Europe, investie et marginale, des cathédrales aux MJC, toujours son harmonium, une basse, une batterie, oui, la cicatrice intérieure comme le film de Philippe, l’enfant grandit, des genoux de Warhol il est errant désormais, toujours pas de père, Nico squatte les rares amis au fil de ses tournées, le mot, le chant et puis l’après, il est le temps du cordon, et des années quatre vingt
elle sursaute, la chaise se fendille
elle écrit à son fils
ces moments arrachés, va chercher s’il te plait, il faut survivre, tous les deux réunis, réfugiés de cœur et puis octobre 87, dans les veines du fils les aguilles de la survie, partir,
Aujourd’hui est mon troisième jour ici et dans quelque instants je pars voir mon petit Ari à l’hôpital. Les soirs quand je rentre à l’appartement je me sens très optimiste mais triste de ne pas être avec toi, dans deux semaines tu pourras marcher à nouveau comme une personne vivante. Pour l’instant tu marches comme un robot somnambule, combinaison insolite. Mais ta mémoire est en grande forme car tu me dis que je ne cesse de me répéter, ce qui, à la vérité n’arrive pas souvent. Mon intention, mes bonnes intentions d’aller voir Alain sont quelques peu difficiles à réaliser, tenter d’entrer dans le mode de vie d’un étranger…
la mère et le fils se retrouvent encore, et cette voix gutturale presque, aux confins des tourments et de l’apaisement, Nico laisse ses écharpes de rêve au tissu des façades et des peaux, c’est en Allemagne ou elle gît désormais qu’elle donnera son dernier concert, Ari l’attend sous ce soleil si loin des limbes underground et des spasmes existentiels, un juillet 88 et puis, elle, chancelante sous ce chemin de soleil…
Mon esprit s’appelle Christa. Ma vie est Nico. Christa a fait Nico et maintenant elle est lasse d’elle même. Nico est allée au sommet de la vie et au fond. Ces deux lieux sont vides. Mais Nico ne veut pas non plus se trouver au milieu ou les gens se tournent le dos. Pour éviter ces lieux de malheur mieux vaut être nulle part et dériver. Telle est la conclusion à laquelle je suis arrivée.
musique :
- afraid / desertshore / Nico / 1970
photos :
- chelsea girl / Warhol – Morrissey / 1966
- chelsea girl / Nico / 1968
textes en gras :
- Nico / Cible mouvante / Pauvert
à lire :
- Nico / Cible mouvante / Pauvert
- Ari / L'amour n'oublie jamais / Pauvert
site : Nico


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