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fr2008-07-06T22:35:16Z
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c’est l’heure des aubes tièdes
quand le cœur des villes s’ébroue de son mutisme nocturne pour retrouver le ronronnement piaillant que la clarté fait naître, les
étals se garnissent de viandes ou fruits frais, et les silhouettes de cires ou de plastique aux reflets des vitrines revêtent leurs nouveaux habits,
on éteint les projecteurs, tourne un peu l’immobile modèle pour mieux l’offrir au regard frileux et critique du
promeneur-consommateur,
l’heure du quotidien qu’on ne lira pas, du croissant avalé de travers, du dehors à la clim aseptisée du bureau et de ses rites
ils sont arrivés, discrets, juste visibles à ceux qui ont des yeux, sont restés quelques jours, ont crevé les devantures maquillées et
froides, ont fui par les toits
j’avais rien vu, je vous jure, je n’avais pas remarqué doucement au fil des deux premiers jours ses pieds et ses jambes se fondrent,
si las de ces silhouettes vendeuses et stéréotypées,
ce matin comme un autre, peut-être les yeux plus ouverts, le cœur béat
il est là, impudique nous montrant sa fin à venir, silencieux et ailleurs
flaque de poussières
et j’ai crains le pire
et le pire est arrivé,
naufrage lent et agressif
un visage au fond du seau, non !
juste une serpillière
et notre gueule claquée au carreau
soudain plus d’échoppes, plus de marques, ils se réveillent ou squattent ces mètres carrés d’exhibition, égoïstes et impudiques, je me
souviens son ventre, je m’étais arrêté, étonné de ce pied indécent qui crève la peau et là, figé, je le vois, avide et démesuré, allez sors, sauves-toi de ce carcan liquide et aveugle, montre ta
tête, fragment d’humain boursouflé, impatient,
il la tire, l’attire et son âme avec, j’en suis sur,
emmènes-là aux crêtes des quartiers loin des vitres et de leurs illusoires passages
ton visage qui mange le sourire de ta mère
et puis, ceux de la rue qui nous font détourner la marche pour les éviter et les ignorer encore, leur caddie fourre-tout, juste le
ramassis de nos projections, pourquoi de l’autre coté,
y déployer son rêve peut-être, terrasser l’indécent au profit du juste, les voiles gonflées même draps, torchons ou plastiques amènent
au bonheur, grimpe, approches-toi du ciel, de la lumière, tu sais déjà l’illusion des valeurs, te reste l’évasion, à la bouche des ports, vaisseaux scintillants, ton envol au travers la ville,
va…
« L'Angélus est un tableau que j'ai fait en pensant comment, en travaillant autrefois
dans les champs, ma grand-mère ne manquait pas, en entendant sonner la cloche, de nous faire arrêter notre besogne pour dire l'angélus pour ces pauvres morts » disait
Millet.
nos aveuglements de rides aux berges des paupières, l’imaginaire nous tire vers le
dérangeant, des sillons de la glaise nos anus en récolte et ces visages de douceur tatoués au métronome des saisons, la buée qui s’estompe, sagesse des plaines, invisible,
piétinée
rêve écolo, épluchés champs et sous-bois, à l’affut comme le chien nourri juste pour ces
jours de traverses, de battues, la mort entre deux verres, plumes et poils battants au dernier souffle, l’œil rouge de l’animal au regard torve du chasseur, et derrière l’habillage guerrier, la
nature qui se venge, tentacule végétale patiente et sure, même le compagnon à quatre pattes mime l’indécence et le folklore meurtrier, c’est bien la terre qui te mangera et tu n’y pourras rien,
allez cherche un refuge, traqueur traqué
il était dans la vitrine opposée, bras tendus, il lui disait « je t’aime » au bout du papier puis il a traversé la rue,
s’est retrouvé prés d’elle, tout prés, à l’embrasser, à lui couper le bras de l’anneau, celui de l’alliance incertaine, à lui dire certainement « attends-moi » avec ces réveils étourdis
et lourds, ils s’étreignent, impudiques, parodies d’espérances, ce lien tranché, rattrapez-vous, oui fuyez, ne reste plus que cela, vous êtes beaux,
garder le lien,…
je marchais vite pour mieux profiter des retrouvailles, pouvais-je les retenir, le rêve et
la dérision n’ont pas de frontière, ils sont partis, la rue s’entrouvre et subit ses mornes apparats, le badaud se nourrit de ces froides illusions, l’aube, les stores qu’on relève, les dernières
laveuses d’un pavé bien scellé, bon je vais boire un café...
photos prises lors du spectacle de rue "la révolte des mannequins" de la Compagnie Royal de
Luxe
à venir, une autre balade avec d'autres mannequins, nous ne sommes pas seul
]]>fr2008-07-03T08:35:10Z
http://www.diaphane.info/article-20571770.html
fr2008-06-19T21:35:17Z
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fr2008-06-08T18:50:17Z
http://www.diaphane.info/article-20052944.html
ils marchent, derrière la vitrine du magasin les badauds accrochés à la télévision, ma main dans celle de ma mère qui regardons figés
cette marée de drapeaux, les tremblants de l’acquis qui osent à peine baisser les yeux devant ces tas de pavés et traces fumantes
la peur et la répression ont vaincu, libération triste et Pompidou qui sourit
c’était l’époque ou les médias dénonçaient la censure (impensable aujourd’hui), l’ORTF muselée et le 25 mai, les journalistes engagés ignorent leurs lettres de licenciement, les
français sont des veaux puis le 29, pouvoir invisible et l’asphalte fondue au creux des rues dépavées, le grand homme fugue et son retour annihile la vague hurlante et utopiste
mais que s’est-il passé ?
les rues ont toujours porté les vagues à l’âme humain, les murs aussi, soudain tableaux aux gorges des amphis, signes et symboles sur
d’autres grottes, des mots assemblées comme des cris, des espoirs, des larmes, des feuillets épars, et si on s’aimait, un mot désormais absous qui fut pourtant étendard, libre, affranchi,
alors on dit liquider un soubresaut de conscience mais hélas c’est pourtant le dernier avant que le peuple tente de téter jusqu’à plus le biberon bien pensant et nourricier des faiseurs
encravatés d’illusions, dernier boitement des trente glorieuses
c’était l’époque ou la musique et la plume sentaient la sueur et le dire (impensable aujourd’hui), câbles, fibres et autres connexions
achèvent la lobotomie et rongent du même coup la pensée initiative, si loin des pavés, désormais une pseudo élite nombriliste se croit porte-parole du devenir et de la conscience et tous ces
silencieux de classe moyenne qui la ferment toujours et encore,
il traînait au cœur des révoltes une utopie de brume, le frisson incertain d’une conscience humaniste, des fibres de poésie au tissu
de bouches qui craignent le gavage, ils vont s’en repaître tous ces intellos dont l’élan reste au tâtonnement mais avec tellement de suffisance, l’art saignait de lumière, plus fort que
transmettre : préserver,
des fleurs plus tard, des mots crachés à la brique et au béton, interdit d’interdire, la vague s’élance, indécise, exacerbée,
juste retenir en cette année, la prise éphémère d’une conscience avant le no futur, les peuples exacerbés ne peuvent qu’engendrer l’éveil, ironie grave de l’histoire, tellement moins de raisons
qu’en ces temps, la guerre, ce ronronnement lénifiant qui entre et inhibe,
ça c’est maintenant, avant l’individualisme, ils disaient : « ce n’est qu’un début », ils disaient
aussi : « continuons le combat ! », y a t-il un survivant pour la lutte, la sauvegarde de la conscience et désormais le refus du chacun sa gueule, soumis mais tellement imbu,
Janis, Jimmy, vous avez pas vu la suite, tant mieux, ces jours comme derniers sursauts avant l’ultime conditionnement, rappelons-nous, la rue avant les syndicats et les politiques, qui achevèrent
l’idée au fond des cabinets , le général défaille, celui là seul qui saura par l’avis du peuple, se retirer (impensable aujourd’hui),
c’était l’époque après le mahatma, et soudain le dernier pacifisme, des tumultes de jungle au fond des radios, comme une prémonition
sombre aux dédales d’avenir, des images, les lendemains déchantent, vivez encore !
j’étais petit, je crevais le derme et découvrais l’ailleurs, cette année comme accouchement, mes yeux et ma vision de gamin de treize
ans, ma prof de français nous encadre au grondement de la rue, aux infos, des chars à l’Est, j’entrevois un souffle de sueur et de cœur, plus d’étendard simplement des bras qui se tendent, pas
d’hélico et leur projo au dessus des cités, l’imagination au pouvoir, les boucliers sont restés les mêmes
j’suis fils d’après mai, les tuniques et les Stones, le pouvoir frileux s’est engouffré sous la couette du populisme, et l’héritier de
garder ses biens, sur les murs « la forêt précède l’homme, le désert le suit », si loin des gueules affamées du vingt heure, des une aux incestes pour cacher la vague qui va les
dévorer,
au bout de la rue, l’utopie, les enfants d’Israël ou de Gaza et leurs dédicaces aux bombes, d’autres horreurs devenues indifférentes,
ses peaux ouvertes et noires d’un continent hésitant à quitter ses tribus, tous ces assujettis qui manipulent et tirent les ficelles, ceux qu’on dit démocrates,
ils étaient conscients (impensable aujourd’hui), ils rêvaient d’un monde meilleur, pas écrit sur un badge, encore moins sur une pub,
ils disaient « la nouveauté est révolutionnaire, la vérité aussi », ils vivaient bien, Coluche n’aurait pas raison d’être, la lucidité dissoute les transcendait aux rêves, derrière le
frigo des caresses et du sable, je vous avale plus, je baise, mes mains, mes mots et mes idées ou je veux, derniers spasmes communautaires avant le communautarisme, des bouts d’humain piétinés
aux barricades, fragments d’illusions à la gueule de la dévoreuse temporelle, un pavé pour faire quoi ? ni jeter, ni construire, ni même hurler, les temps changent et l’âme s’y égare, il
disait « j’ai eu un rêve » et le bruit des chenilles aux pavés gris et soumis, sur les murs de Nanterre « camarades vous enculez les mouches », au bout du mois, les chaussures
cirées ont remplacé les clarks, la bonne conscience défile sans fête sur les ruines d’une utopie mort-née, le général prépare son départ
presque plus de pavés désormais, des voies noires et lisses, cet hoquettement planétaire s’éteindra quelques années plus tard, avant
que l’individualisme n’opère, et déjà les prémices sur le hall de sciences Po. « un bon maître, nous en aurons dès que chacun sera le
sien »,
mais ce bébé prématuré , discordant, vivra une décennie, y fleuriront les jupes, des acquis sociétaires, des
luttes partagées au-delà des frontières bien avant l’indifférence et le repus (impensable aujourd’hui), les mots en fanzine, aux grilles d’entrée puis en notes au cœur gonflé des festivals,
j’avais vingt ans, les pieds dans la boue devant le robinet, ces villages furtifs et utopiques être bien dans la masse nos mains et partages aux accords insolents d’une guitare mourante et tous
ces mondes rêvés,
il y eu : sous les pavés la plage, faites l’amour pas la guerre, no futur et do it yourself,
et tellement d’autres naissances et de guerres, depuis
et de révolutions avortées…
Lennon l’avait prédit : « dream is
over »
« Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus,
Nous y trouverons leur
poussière
Et la trace de leurs vertus. »
La Marseillaise
photos : Télérama hors série / Mai 68, l'héritage / avril 2008
]]>fr2008-06-01T00:08:16Z
http://www.diaphane.info/article-19566620.html
fr2008-05-15T09:06:26Z
http://www.diaphane.info/article-18543444.html
fr2008-04-15T14:03:30Z
http://www.diaphane.info/article-18250748.html
il est des villes
aux âmes chargées d’humains et d’histoiresaux porches de pénombres ou les mains tâtonnent et
s’étreignent,
les pavés emportent le pas des êtres et leurs traces sur la pierre,
des larmes en dentelles, du granit à l’étoffe, au clapotis du canal,
reflets d’épées et puis derrière les murs, des yeux de pinceaux habillent les édifices,
une ville valise qui porte et se nourrit de ces noirs clochers, urbain veiné de bleus,
battements de messages à ceux qui veulent y voir,
Brugge, lumière des Flandres,
les toiles frémissent aux regards qui se posent et les voûtes s’abreuvent de nos émerveillements, anonymes caresses au noir des hôtels,
ici tout appelle à l’amour,
une mouette s’est posée qui scrute la cité, et nous voit si petit aux normes édictées,
allez, juste un petit voyage ensemble, nos pas et nos yeux confondus,
et la ville qui s’offre,
on y va…
]]>fr2008-03-30T17:45:17Z
http://www.diaphane.info/article-18054572.html
fr2008-03-24T17:45:21Z
http://www.diaphane.info/article-17722636.html
chez moi, l’horizon porte des croix
elles sont comme érables et chênes, ponctuent le paysage, dessinent d’étranges silhouettes au ciel chargé qui se prépare à nourrir la
terre
chez moi, le moindre hameau aux bâtisses en torchis porte son monument et ces noms inscrits sur la pierre
l’histoire et l’âme des hommes balayent l’argile et le calcaire
-----
il n’est pas parti la fleur au fusil, il avait lu, n’aimait pas les guerres, ils revenaient morts ou cassés, était-il encore boulanger ou déjà fermier, mon
père ne me l’a pas dit,
il faisait froid ce jour là, la terre creusée s’effondrait en charpies de boue et de
sang
et ce gradé qui gueulait, emmuré certainement dans ce cahot d’incohérence, de fracas
- vous trois, retournez à votre poste, ils ont des tireurs d’élite, descendez les ! allez !
blottis au fond de ce trou qui n’en finit pas avec juste le silence ponctuellement souillé de râles, ils reprirent la position et c’était chacun son tour, il
avait été le dernier, juste relever la tête, chercher rapidement l’ombre qui dépasse et tirer,
peut-être se sont-ils regardés longuement, le premier a essuyé son fusil de la manche, l’a armé et s’est redressé à demi, l’œil collé au viseur, l’écho d’une
balle meurtrière sur la plaine qui suinte, et son corps qui tombe lourdement sur celui du suivant
- merde, tuez-moi ce boche ou j’m’occupe de vous !
il lui a dit, n’y va pas, et l’autre de répondre, j’ai pas l’choix
comme un hommage à son compagnon, lui aussi a caressé le canon puis la crosse et s’est accroupi avant d’entrevoir l’horizon sans être aveuglé par la balle
qui lui perce le front
puis ce fut le silence, il est resté muet à fixer bêtement les corps de ses deux potes
mon père ne m’a dit la suite, juste qu’il a survécu
-----
ça gueulait pour couvrir le fracas de la mitraille
éleveur puis vendeur de bestiaux il se retrouvait là, à ramper, à surveiller la progression de ses compagnons d’enfer, ma mère ne m’a pas
tout dit, mais lui avait-il tout dit ?
des volcans de terre jaillissaient impromptus avec leurs éclats de chair et le sifflement des balles comme chant funèbre, puis le
néant
quand il ouvrit les yeux, c’est la douleur qui le sauva, cette main bouillante et informe et
sa bave de sang, il a rampé jusqu’à sortir péniblement de ce bourbier de mort, ramper, faire le mort, dissimuler sous une indicible douleur l’inerte pour mieux fuir cet apocalypse,
puis en titubant, ne sachant ou aller dans cette brume d’abandon, il a marché, hébété et absent
- monsieur, monsieur, viens, t’es blessé, je sais ou aller
doucement, dans ce coma d’impasse, il a tourné les yeux et cette petite fille qui le tire et le dirige soudain le régénère, son pas résiste
et le redresse, sous le préau de l’école, l’enfant ouvre le robinet et lave cette main et ces peaux éclatées et pose sur son visage la fraîcheur d’une caresse humide et salvatrice
ma mère ne m’a dit la suite, juste qu’il a survécu
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il s’appelait Lazare
pas d’immigration en ces temps, pas besoin d’être français pour défendre la pays, vingt cinq ans et deux guerres pour obtenir la carte de la nation, lui qui
voulait retrouver la dernière fosse dans l’anonymat aux usures diplomatique a dit oui au symbole mais seulement pour tous ces camarades d’horreur et pour la mémoire
laissons lui les
derniers mots : « Nous avons fait une guerre sans savoir pourquoi nous la faisions. Pourquoi se tirer dessus alors qu'on ne se connaît pas ? Il y avait des gens qui avaient des familles
à nourrir ». « Si vous faites un hommage, qu’il soit sans tapage important et sans défilé militaire ».
voir aussi
là et ici
illustrations : Franck Biancarelli, Adrien Floch, Juan Giménez - extraites du
collectif : Paroles de Poilus / Librio / les plus belles lettres en BD
]]>fr2008-03-15T14:10:13Z