Diaphane

viens petit

suis-moi, on va s’approcher de l’aube,

tu sais, quand le matin s’éveille,

s’étire sous les brumes des plaines fumantes,

toutes gorgées de nuit,

viens voir ce monde renaissant,

tu sais, je mange ton innocence

autant que tu croques mon vécu,

regarde la brume éparse,

nos méandres de troubles,

et toi, tout tremblant de savoir,

viens petit

pose ton baiser timide

je m’en fous du faux, heureusement,

tu sais, viennent le pourpre et l’ocre,

pions rivés au muet,

tout comme toi,

en attente d’humanisme,

oublié sous l’égo

juste les bientôt morts qui veillent au futur,

qu’importe

toi, soumis, ignorant,

et si la pluie attentait ton écran ?

t’as oublié les couleurs,

si tu savais les brumes éclatantes

et les rougeurs de révolte,

viens petit

te reste juste à éclairer ton chemin,

ton matin entre les mains,

trop tard pour prendre, furtives étincelles,

de marbre et de poussière,

les traces d’âmes génitrices,

un vent médiateur balaie les principes

et t’as rien vu

viendront les contraintes,

illettrés, experts en dérisoire numérique,

ta face sait même pas les larmes,

ah l’antalgique de l’ignorance,

bien-pensance du vide

et aveugle

docteur, je télécharge et mange bio

j’ai peur d’avoir bobo,

viens petit

penches-toi

vois ton ombre qui tremble,

essaie d’apprendre  l’autre,

d’autres images,

celles de ceux qui te ressemblent

et qui meurent,

il est des terres de brumes,

qu’un barreau de lumière

comme impudeur éphémère

voudrait l’universel

et toi, tout seul et imbu,

des sables de sang et de cris,

ces lianes de peur qui ligotent,

et encore ton moi comme témoin

viens petit,

t’inquiète, j’enlèverai pas

ton appendice connecté,

sauras-tu jamais

le frisson des jambes dans l’eau froide ?

imagine l’au-delà,

mais celui du présent,

antipode à tes artifices narcissiques,

ce bout d’horizon

que tellement baigné de paraître,

même pas entrevoir,

aveugle, tu chevauches,

doigts tendus et crève l’invisible,

oui viens,

c’est inscrit ainsi,

on est tous petits…

Ven 16 avr 2010 3 commentaires

On est tout petits, oui, mais nous avons perdu notre innocence, notre capacité d'émerveillement, nos bonheurs simples. On est tout petits, oui, mais nous ne sommes plus des enfants, juste des ados qui n'en finissent pas de sortir de leur crise, d'en vouloir toujours plus, de dire m... aux autres.

Je suis contente que tu aies repris la plume, car ton texte est très réussi et très émouvant. Bonne journée !

zebu32 - le 21/04/2010 à 11h34

oui zebu, on est des ados mais la crise c'est plus nous, c'est tous ces virages "idéologiques" et hymnes à l'individualisme au culte du mensonge et de l'intérêt,

à toi ma fidèle lectrice, moi qui te lit au quotidien et n'ose laisser de traces, en vouloir toujours plus, non, on en est à la préservation de l'identité, du service rendu et de la reconnaissance, toujours oeuvrer aux derniers soubresauts d'une morale chancelante,

quoi, juste être égaux, se pencher vers un avenir commun, il y a les cravates, les uniformes, les blouses blanches mais quand comprendont-ils ?

leurs voraces ambitions et nous ! juste l'amour et l'équité

reste nous, les "nombreux" , les muets mais pensant, si peu hélas

je t'embrasse zebu mais pour de vrai, loin encore pour l'instant de cette communauté mourante de blogueurs qui s'effacent avec pourtant même invisible tant de partage silencieux et sincère

daniel

On est tout petit c'est vrai

minable aussi (peut être pas tout les jours, pas toutes, les heures mais souvent)

sagahan - le 29/06/2010 à 18h39

j'ai toujours eu comme image celle de la transmission de l'adulte à l'enfant mais que reste t-il aux grands comme legs aux futurs qu'un monde incertain, égocentrique et irrigué d'argent ?

merci sagahan, j'attends votre retour

daniel

Il y a  tant  d'amour chez  toi , de désespérance mais aussi  toujours un brin d'espoir  quand  tu parles  d'enfants  ! Ton "viens  petit " m'émeut   et m'interpelle  , j'aimerais tant comme toi lui montrer un autre chemin , lui dire une autre vérité , lui transmettre un monde meilleur , être sûr  de son bonheur  futur, lui épargner  nos blessures, lui  transmettre des valeurs , lui apprendre  le bonheur ! Alors je puise  l'énergie  qui me manque parfois  dans tes  mots , sublimes  !

bises et amitié

chrystelyne 

chrystelyne - le 16/08/2010 à 21h51

il ya des textes et tu le sais qui sont cris, hoquettements naïfs, que ce fragment t'interpelle me touche, il est un bout d'intime c'est sur, déposé au blafard d'un écran, et aux yeux et coeurs qui savent encore l'autre

merci pour ça chrystelyne

je t'embrasse

daniel